Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2016-09-20
Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2016-09-20
Wortprotokoll
L'objet le plus important du message sur l'armée 2016 concerne le plafond des dépenses de l'armée pour 2017-2020. Deux positions très idéologiques s'affrontent, l'une soutenue par le Conseil fédéral et la gauche, qui propose d'en rester à un plafond des dépenses de l'armée de 18,8 milliards de francs, l'autre déposée par la droite, qui reprend la décision de la majorité bourgeoise du Conseil des Etats, qui propose d'augmenter cette somme pour la faire passer à 20 milliards pour quatre ans.
Cette idée - qui consiste à réserver à l'armée 5 milliards de francs par année - est en fait un reste de la saga du Gripen, projet dont le financement impliquait d'augmenter de 300 millions de francs par année la somme allouée à l'armée. Avec l'achat d'un nouvel avion de combat, le budget de l'armée serait donc passé de 4,7 à 5 milliards de francs par an. Le peuple en a clairement décidé autrement en 2014, il n'a pas voulu de cet achat, de notre point de vue inutile et hasardeux, mais la majorité de droite du Parlement a décidé que cet argent, ces 300 millions supplémentaires, revenait de droit à l'armée. C'est pour nous, gens de gauche, toujours incompréhensible, inacceptable, avant tout parce que ce coup de force ne respecte pas la volonté populaire.
Nous suivons donc le Conseil fédéral qui veut maintenir la somme totale de 18,8 milliards de francs pour des raisons logiques, en particulier budgétaires, et cela à l'heure où le ménage fédéral doit se serrer la ceinture, à l'heure où des coupes budgétaires sont annoncées dans certains secteurs - je pense en particulier à la formation, à l'agriculture ou au domaine social. Dans un tel contexte, il serait inopportun de dépenser davantage pour l'armée, d'autant plus que, dans la prise en compte objective des défis sécuritaires auxquels notre pays est confronté, cet argent ne me paraît pas dépensé de manière optimale. En effet, au sein de la Commission de la politique de sécurité, il reste une majorité de gens qui ont une conception, disons-le, à l'ancienne, des risques et des menaces qui concernent notre pays. Certains pensent encore qu'il faut disposer d'une armée conventionnelle susceptible de s'opposer à l'invasion d'un ennemi qui pourrait menacer nos frontières. De quel ennemi s'agit-il?
Les pays qui nous entourent sont des pays amis. L'Europe est pacifiée. L'Europe est sous la protection objective de l'OTAN et le fait d'imaginer, à court, moyen ou long terme, une guerre conventionnelle qui impliquerait l'Europe centrale et la Suisse tient de la pure illusion. Même le Conseil fédéral en convient dans son rapport sur la politique de sécurité.
Les problèmes militaires qui pourraient concerner l'Europe se situent au niveau de ses frontières orientales, dans un espace bien défini, aux confins du continent et ils [PAGE 1436] correspondent à ces nouvelles républiques constituées au moment de l'éclatement de l'ex-Union soviétique. C'est loin de chez nous et le bouclier de l'OTAN nous protège clairement, car pour nous agresser un belligérant devrait, avant de s'en prendre à nous, s'attaquer à des membres de cette grande alliance. Nous sommes un peu dans cette histoire des passagers clandestins, à notre avantage, et à l'avenir cela devrait nous pousser à collaborer avec nos voisins, par exemple sur les questions relatives à la sécurité de l'espace aérien.
Par contre, chacun s'accorde à dire que d'autres risques menacent notre pays, notamment toute la problématique du terrorisme, ou la cybercriminalité. Dans ces domaines, en particulier dans celui du terrorisme, la force qui est la plus capable d'assurer la sécurité, ce n'est pas l'armée, mais la police.
Lors des travaux de la commission, nous avons eu des informations très claires nous disant que la Suisse manque actuellement de 3000 ou 4000 policiers. C'est dans ce secteur, c'est en aidant les cantons à financer cette sécurité supplémentaire, que l'on va véritablement contribuer à répondre au mieux à la menace terroriste, l'armée dans ce domaine ne devant intervenir qu'à titre subsidiaire.
Quant au problème de la cybercriminalité, c'est le serpent de mer: on nous dit toujours qu'on en fait beaucoup mais, dans la réalité, l'impression générale est que le dossier bouge peu. Pourtant cette problématique est d'une importance cruciale pour la sécurité du pays et la protection de ses infrastructures et de ses entreprises.
En résumé, 18,8 milliards de francs, oui; 20 milliards de francs, non, c'est trop. C'est un surplus d'argent mal investi et cela contribue à déséquilibrer les finances de la Confédération.
Le groupe socialiste vous demande donc de soutenir la minorité Galladé, qui propose de suivre le Conseil fédéral et d'en rester à 18,8 milliards de francs et, bien entendu, de soutenir également la minorité Amarelle.