Lexipedia

Derder Fathi · Nationalrat · 2016-09-21

Derder Fathi · Nationalrat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2016-09-21

Wortprotokoll

Pourquoi encourager l'innovation dans les médias? Pour plusieurs raisons. On pourrait en énumérer un certain nombre, mais j'en citerai deux principales.

La première, c'est que ce n'est pas un secteur économique comme un autre dans une démocratie, mais c'est un pilier de la démocratie, donc un secteur économique auquel il faut veiller, bien entendu, plus particulièrement. La deuxième raison, c'est qu'il s'agit d'un secteur économique qui a été frappé avant tout autre par la révolution digitale en cours. On parle beaucoup, actuellement, de la révolution numérique: le secteur des médias, l'industrie musicale ont été touchés il y a près de vingt ans et il faut bien avouer que, pour les médias, cela fait vingt ans que l'on va de crise en crise et que la crise actuelle ne semble pas arriver à son terme. Encore hier, on apprenait des licenciements dans un groupe de presse zurichois, notamment en Suisse romande. On le voit, on n'est pas sorti de cette crise aujourd'hui et l'avenir semble sombre.

Pourtant, on peut mettre l'accent sur l'innovation, parce que cet avenir est radieux, j'en suis absolument convaincu et je ne suis pas le seul à l'être. Des titres de presse arrivent à gagner de l'argent avec de la qualité. On peut en citer deux: l'un à Londres, "The Economist", que l'on connaît et qui marche très bien; l'autre, plus proche de nous, à Zurich, la "NZZ" qui, au prix d'un gros travail de restructuration et de réorganisations, a réussi à regagner des lecteurs et à retrouver le chiffres noirs. Elle a pu le faire en misant sur ces seules choses: l'innovation et la qualité de l'information, deux points qui me paraissent absolument essentiels.

En innovant et en misant sur des rédactions compétentes, de bons journalistes et la qualité de l'information, un titre comme la "NZZ" - une vieille dame vénérable - a réussi à traverser cette révolution numérique. Or je pense que c'est un exemple à suivre, parce que la qualité de l'information est une valeur ajoutée et constitue le produit d'un journal et des médias. J'insiste là-dessus, parce que les titres qui procèdent à des licenciements aujourd'hui sont aussi ceux qui sont en train de chercher à faire des bénéfices dans le commerce électronique tout en réduisant dans leur coeur de métier qui est l'information. C'est extrêmement dangereux, et je pense que nous devons y veiller et lancer un appel à nos éditeurs pour qu'ils se concentrent sur leur coeur de métier et qu'ils investissent dans les rédactions et la qualité de l'information. Il y a encore trois ans, un célèbre investisseur en capital-risque de la Silicon Valley - Marc Andreessen pour ne pas le nommer - disait que, pour lui, l'information et les médias constituaient un secteur d'avenir. Or il n'y a pas de raison qu'un investisseur californien y croie et pas des éditeurs zurichois!

Comment innover? C'est une des questions que je pose dans cette motion parce que j'ai été interpellé par un constat assez surprenant, à savoir qu'il existe au sein de la Commission pour la technologie et l'innovation (CTI) des fonds pour les médias, mais que ces derniers ne sont pas utilisés. Cela m'a un peu interpellé et je pense que, là aussi, nous devrions attirer l'attention d'un certain nombre d'acteurs médiatiques. Nous devrions leur dire que, s'ils veulent investir sur le long terme, alors il faut investir dans l'innovation et utiliser, en l'occurrence, les fonds de la CTI qui sont à disposition, même si cela renvoie peut-être à un nouveau modèle économique, que cela est peut-être déstabilisant et passera peut-être par des pertes publicitaires à court terme.

Cela dit, je rejoins le Conseil fédéral sur le fait que conditionner l'aide à la presse actuelle est peut-être un tout petit peu excessif. Il reste qu'on doit avoir un autre débat sur l'aide à la presse. Aujourd'hui, l'aide à la distribution postale, à mon avis, est une sorte d'assistance au suicide. On est en train d'encourager les médias, en les subventionnant, à ne pas se réinventer, à continuer à distribuer de l'information par la poste, pire, à distribuer des journaux par la poste. Et je pense que, demain, ce qui va se vendre avec beaucoup de valeur ajoutée, ce ne sont pas des journaux, des radios ou des télévisions, mais l'information qui s'y trouve - de la même manière que dans l'industrie musicale on achète des titres musicaux et pas des albums entiers.

Je pense qu'entre le débat sur l'aide à la presse et celui sur l'utilisation des fonds de la CTI, il y a un grand débat à mener sur la manière d'encourager l'innovation dans les médias. Je sens qu'au sein du département concerné et du Conseil fédéral, il y a cette volonté. On a pu le voir dans le rapport du Conseil fédéral sur le service public dans le domaine des médias. Il y a une vraie volonté de mettre à plat les éléments concrets sur comment innover dans les médias. La réflexion sur une loi sur les médias me paraît un excellent contexte pour remettre à plat toutes ces questions, et les aborder sans tabou, en sortant - je vous en conjure! - de la guerre sempiternelle entre éditeurs privés et services publics, enfin en se posant la question unique qu'on doit se poser: comment assurer des médias suisses forts et permettre de faire de l'information de qualité, sur le modèle de la "NZZ", de "The Economist" ou autre, même si elle se paie cher? Car on est prêt à payer cher pour avoir une bonne information.

Pour toutes ces raisons je retire ma motion et je vous appelle à avoir un débat serein sur l'avenir des médias. Je pense que c'est important pour notre pays.