Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 2000-03-09
Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2000-03-09
Wortprotokoll
J'aimerais brièvement revenir sur l'OMC et Seattle, faire quelques réflexions plus générales sur la mondialisation et, enfin, dire quelques mots des rapports économiques entre la Suisse et l'Union européenne.
Je ne vais pas m'étendre sur ce qui s'est passé à Seattle: il ne faut pas exagérer, dans cet échec, le poids des manifestations qui ont eu lieu à cette occasion, mais ne pas les sous-estimer non plus. De mon point de vue, l'un des plus grands mérites de ce rassemblement, c'est qu'il a contribué à rassembler des mondes qui, jusque-là, étaient souvent divisés, c'est-à-dire le monde des travailleurs, le monde paysan et celui d'autres mouvements. Sans exagérer le poids des mots ni le choc des photos, je crois qu'on a assisté en quelque sorte au début de l'apparition d'une citoyenneté planétaire. Le sociologue Alain Touraine a même parlé d'un mai 1968 à l'échelle planétaire. La principale leçon qu'il faut retenir de ces évènements, c'est que la mondialisation suscite un certain nombre de peurs, et il m'apparaît que le pouvoir politique a pour mission de répondre concrètement à ces peurs, notamment en soumettant les échanges économiques à certaines règles de nature sociale et écologique.
Je n'ai jamais défendu le protectionnisme, parce qu'il a très souvent conduit dans l'histoire aux pires catastrophes. Il n'en demeure pas moins qu'à certaines occasions, la mondialisation a des effets négatifs sur les salaires et sur l'emploi et conduit aussi à des délocalisations. C'est vrai que, par rapport à cela, la Suisse n'est pas le pays le plus touché, mais elle n'est tout de même pas épargnée. Deux exemples: disparition d'Intermedics au Locle, 250 emplois supprimés; affaire Adtranz, plus de 700 emplois menacés.
Dans ces deux cas comme dans d'autres, je crois qu'on ne peut pas tout expliquer par la fatalité. Encore une fois, il importe de réagir en menant à mes yeux, d'une part, une politique industrielle plus agressive et plus offensive et aussi en renforçant les droits de participation et de consultation des travailleurs.
Je termine avec l'Europe. Vous rappelez dans votre rapport, et vous avez raison, l'importance des accords bilatéraux. J'ai quand même été étonné de constater qu'il n'y a pas une seule ligne dans ce chapitre sur les mesures d'accompagnement. Ce n'est peut-être pas vital à ce stade, mais j'aimerais quand même dire que ces mesures sont une garantie pour les travailleurs de ce pays, et que cette garantie est aussi un facteur de vitalité économique.
Une dernière remarque: l'isolement de notre pays a posé passablement de problèmes aux entreprises, on le sait. Il y a un chiffre qui montre bien cela. Durant les années nonante, le PIB suisse a eu une croissance de 7 pour cent, alors que la moyenne de l'Union européenne a été de 19 pour cent. Et qu'ont fait les employeurs de ce pays? Ils ont, pour l'essentiel, reporté le problème sur les travailleurs. Je vous en fais la démonstration: dans les années nonante, les salaires réels sur 10 ans ont augmenté de 1,3 pour cent en Suisse, mais de 14 pour cent au niveau de l'Union européenne. Ce qui ne veut pas dire encore que tous les gens de ces pays gagnent autant qu'ici.
Enfin, sur l'ensemble de ces années nonante, l'augmentation des salaires réels a été de 1,3 pour cent en Suisse, alors que celle du produit intérieur brut a été de 7 pour cent. Cela signifie clairement que le travail n'a de loin pas obtenu sa part à la richesse nationale et que, évidemment, ce que le travail n'a pas obtenu, c'est le capital qui se l'est octroyé.