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Amarelle Cesla · Nationalrat · 2016-11-28

Amarelle Cesla · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2016-11-28

Wortprotokoll

La position du groupe socialiste est relativement simple: il veut investir et dépenser là où cela crée du pouvoir d'achat et limiter les dépenses qui ne créent pas de pouvoir d'achat.

Permettez-moi de faire un rappel historique. Depuis la grande crise des années 1930, notre pays dispose d'une des monnaies les plus fortes et solides du monde. Notre pays poursuit également de manière générale une politique financière dont l'orthodoxie fait l'admiration de tous les chantres néolibéraux à travers le monde. Notre histoire monétaire et financière nous enseigne une leçon dont nous avons intérêt à nous souvenir en ce moment où nous ouvrons le débat sur le programme de stabilisation des finances fédérales, car c'est une leçon qui n'a rien d'idéologique, qui n'a rien de dogmatique, qui est même constatée par des Prix Nobel d'économie: quand le renforcement du franc se conjugue avec un durcissement indu de notre politique financière, l'économie réelle dans son ensemble et les salariés, surtout ceux qui sont exposés aux aléas des fluctuations de nos exportations et les moins armés face aux pressions de rentabilité, en font les frais les premiers. En d'autres termes, c'est l'économie réelle et les salariés qui paient le prix fort d'une politique monétaire et financière inadéquate. C'est ce qui s'est passé dans les années 1930; c'est ce qui s'est reproduit dans les années 1970; c'est ce que nous avons connu de nouveau dans les années 1990 en raison d'une politique monétaire inadéquate, qui a coûté des centaines de milliers de places de travail, principalement dans l'industrie d'exportation.

A contrario, lors de la crise des crédits "subprimes" en 2008, nous avons su éviter la répétition des erreurs inexcusables du passé. En effet, nous avons connu une période pendant laquelle la Banque nationale suisse (BNS) a - enfin! - mené une politique qui tenait compte à la fois de la stabilité des prix et de l'indispensable soutien à la conjoncture, dans un contexte qui était pourtant marqué par des difficultés majeures quant au fait d'anticiper l'évolution de la conjoncture internationale. Le combat contre le renchérissement de notre monnaie s'est alors accompagné de mesures ciblées, telles que le chômage partiel, qui ont permis d'atténuer considérablement le choc économique extérieur sur notre pays.

Aujourd'hui, une année après la décision de la direction de la BNS d'abandonner sa politique de défense du taux plancher du franc suisse par rapport à l'euro, nous ne nous sommes heureusement pas encore engouffrés dans une véritable récession, et les prévisions économiques sont encore relativement optimistes. Toutefois, rien ne permet de penser que nous sommes sortis d'une situation qui peut rapidement se transformer en risque majeur pour notre croissance et pour nos emplois. J'en veux pour preuve la stagnation du pouvoir d'achat de la grande majorité des salariés de notre pays ainsi que les difficultés sectorielles importantes que connaissent des branches de notre économie, telles que l'horlogerie.

Encore la semaine dernière, une mobilisation sociale très forte a eu lieu à la suite de l'annonce de licenciements par le [PAGE 1866] groupe Richemont, à la Vallée de Joux, une région qui constitue un des hauts lieux de l'horlogerie, y compris de luxe, en Suisse. Au cours de ces quatre derniers mois, mon canton a été touché par une vague de délocalisations qui est préoccupante, puisqu'elle a concerné Galenica, Generali, Nissan, Bell, etc.

En analysant les réalités historique et actuelle, je ne peux pas comprendre que le Conseil fédéral et la majorité de la Commission des finances puissent envisager de se lancer sur la voie hasardeuse d'un plan d'économies drastique déployé sur plusieurs années. C'est un non-sens historique, économique et politique au moment où nous avons besoin de défendre et de renforcer le pouvoir d'achat des ménages suisses.

Je pense, par exemple, à la volonté de réduire les subsides de l'assurance-maladie ou à l'absurdité financière caractérisée par le fait que le fonds de réserve constitué par le mécanisme du frein à l'endettement regorge de disponibilités, à hauteur de 24,3 milliards de francs lors du bouclement des comptes 2015, alors que nous devrions justement l'actionner, parce que nous avons besoin d'une politique anticyclique et non pas procyclique, telle que prônée par la majorité bourgeoise de notre conseil.

Il me semble, à ce sujet, pour le moins ironique que la patronne du Fonds monétaire international, Madame Christine Lagarde, que l'on ne peut pas accuser de manquer de rigueur, considère qu'un pays comme la Suisse aurait largement les marges de manoeuvre nécessaires pour poursuivre une politique d'investissement ambitieuse. Au lieu de cela, nous nous entêtons à vouloir durcir davantage une politique financière suffisamment restrictive.

Cette politique voit également la majorité bourgeoise et le Conseil fédéral faire preuve de budgétisation téméraire. En effet, je vous rappelle que, depuis 2008 et à l'exception d'une seule année, les revenus inscrits dans nos budgets ont été systématiquement inférieurs aux résultats présentés dans les comptes.

Pour toutes ces raisons, et parce que nous voulons une politique financière différente, qui se concentre sur les recettes plus que sur les dépenses, je vous invite à accepter la proposition de la minorité Hadorn visant à ne pas entrer en matière et, subsidiairement, à adopter la proposition de la minorité Meyer Mattea prévoyant de renvoyer la copie au Conseil fédéral.