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Hêche Claude · Ständerat · 2017-03-13

Hêche Claude · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2017-03-13

Wortprotokoll

Tout le monde se souvient ici du parcours, pour le moins chaotique, du dernier rapport sur la politique de sécurité, de ses lacunes dans l'analyse et de son manque de vision. Aujourd'hui, il faut le dire, le rapport sur la politique de sécurité 2016 du Conseil fédéral tient mieux compte de la réalité et des risques.

Comme le rapporteur de la commission l'a indiqué, les réponses du département figurant dans le rapport complémentaire demandé par la commission apportent des précisions utiles à notre examen politique. Les relations entre la Russie et l'Occident se sont détériorées, notamment en raison de la crise ukrainienne. Le terrorisme a pris de nouvelles dimensions avec l'émergence de l'Etat islamique. La cybercriminalité, sous les formes de cyberattaques ou de cyberingérence, a dépassé ce qui pouvait être prévisible. Le Brexit a provoqué une nouvelle instabilité, de même que la politique musclée de Moscou ou encore l'interrogation sur le désengagement des Etats-Unis au sein de l'OTAN.

Monsieur le conseiller fédéral, vous l'avez dit et répété en commission, les conclusions du rapport de politique de sécurité deviendront les lignes directrices de notre stratégie de sécurité et celles-ci sont explicites.

Premièrement, notre pays doit faire face à de nouvelles menaces et à des formes de conflits inédits.

Deuxièmement, les cyberattaques et les attentats sont aujourd'hui les plus grands défis auxquels la défense du territoire est soumise.

Troisièmement, un hypothétique conflit territorial sur le sol de notre pays est, en revanche, difficilement pensable.

Quatrièmement, au besoin, il faudra rapidement s'adapter et prendre des mesures face à l'évolution de la situation.

Pourtant, si l'analyse en matière de politique de sécurité va dans ce sens, je dois rappeler que le concept de développement de l'armée, récemment adopté par notre Parlement, et les programmes d'armement de ces dernières années incarnent encore un état d'esprit ne prenant pas suffisamment en compte les menaces actuelles. Concrètement, nous dépensons des millions de francs, voire parfois des milliards, pour des menaces qualifiées de faibles par le Conseil fédéral, alors que les moyens manquent dans des domaines où les risques sont élevés: cybercriminalité, criminalité transfrontalière, terrorisme, et j'en passe.

On le ressent fortement à la lecture du nouveau rapport: l'ordre de priorité dans les investissements et les ressources humaines doit, à l'avenir, mieux correspondre aux priorités des menaces. Nous avons besoin d'une politique de sécurité en mesure de réagir aux véritables dangers d'un XXIe siècle mondialisé. Ainsi, nous devons devenir plus efficaces et surtout renforcer de manière plus conséquente le premier pilier stratégique du rapport 2016: la coopération dans notre pays et à l'étranger.

Dans notre pays, tout d'abord, la gestion de menaces transnationales et complexes implique, en effet, un renforcement de la coopération de métiers et d'acteurs divers répartis à tous les niveaux de notre fédéralisme, voire en dehors de nos frontières. Militaires, policiers fédéraux, cantonaux et municipaux, agents du service de renseignement, gardes-frontière, diplomates, spécialistes des migrations, membres de la protection civile et même civilistes constituent des acteurs importants qui partagent des savoir-faire complémentaires pour faire face aux menaces et/ou gérer des crises. A cet égard, le Réseau national de sécurité est une structure clé à renforcer.

A l'étranger, ensuite, la paix et la justice ne peuvent être obtenues qu'à l'échelle mondiale. Notre pays doit donc assumer une plus grande responsabilité sur le plan international et contribuer à l'édification d'un monde plus juste. La meilleure protection contre des risques toujours plus nombreux passe par un développement social et économique plus équitable, par la lutte contre le chômage des jeunes, la pauvreté et la famine, ainsi que par des mesures préventives comme la promotion civile et militaire de la paix, le renforcement des droits fondamentaux, la protection du climat, l'abandon de technologies dangereuses, le désarmement ainsi que des lois plus strictes concernant la détention d'armes.

Enfin, j'aimerais relever que l'instabilité en Europe et dans le monde s'est renforcée ces derniers mois et que le changement d'autorités politiques accroît encore le niveau d'incertitude. C'est justement dans ce genre de situation que notre pays, connu pour sa stabilité et sa tradition de bons offices, doit renforcer son action dans les relations avec les autres pays et consolider les structures internationales existantes ou auxquelles il participe.

Par conséquent, vous l'aurez compris, il faut donner la priorité, dans notre politique de sécurité, à la coopération en Suisse et à l'étranger ainsi qu'au renforcement de la démocratie et à la prévention des conflits, et, partant, devenir encore plus actif au niveau international.

Il faut sans cesse le rappeler: la sécurité intérieure est toujours plus étroitement liée à la sécurité extérieure.