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Savary Géraldine · Ständerat · 2017-03-13

Savary Géraldine · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2017-03-13

Wortprotokoll

A l'instar de mes préopinants, je salue l'existence de ce rapport. L'exercice n'est pas si évident, et je crois que le rapport est complet et détaillé. Il est structuré en chapitres, qui présentent l'état des menaces, en se fondant sur une ligne directrice que je pourrai résumer ainsi: penser globalement et agir localement. Il est utile aussi, dans le sens où nous pouvons nous rendre compte à quel point la situation, le monde, les menaces changent d'un rapport à l'autre et que les instruments, les pratiques et les certitudes, bien évidemment, doivent changer.

Entre le rapport 2010 et aujourd'hui, des tendances se sont confirmées, voire brutalement renforcées, en particulier en ce qui concerne les migrations de populations, qui fuient soit les conséquences terribles des changements climatiques, soit la brutalité des conflits nouveaux qui se sont développés. Autre tendance qui ressort du rapport: la multiplicité des conflits, des acteurs, des facteurs de conflit, ce qui rend évidemment les réponses politiques et collectives d'autant plus difficiles à donner.

Ce qui, à mes yeux, est très évident dans le rapport, ce qui est très déstabilisant pour nous, c'est que l'on se rend bien compte que le crime ne connaît pas de frontières et que les dangers n'ont plus de territoire géographique. Si un conflit éclate à Palmyre, une bombe peut exploser au Bataclan. Cela rend - je le répète - les réponses politiques très difficiles à donner, qu'elles soient préventives ou sécuritaires.

Dans ce monde où ces foyers d'embrasement sont multiples et imprévisibles, eh bien, la réponse, je le répète, est difficile à donner. Ce rapport dresse un tableau très complet des interventions sécuritaires, politiques, diplomatiques, sociales, comme l'a rappelé Monsieur Hêche. Je crois que, de ce point de vue, on ne peut que se féliciter d'avoir un instrument de cette nature à notre disposition.

Reste à mes yeux un certain nombre de questions auxquelles le rapport ne répond pas suffisamment. En particulier, quel est le rôle de la Suisse? Doit-il se renforcer dans ce monde complexe? Quel rôle joue notre neutralité alors que renaissent des logiques de blocs Est-Ouest, en particulier dans le cadre de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe? C'est expliqué dans le rapport, mais je plaide pour que le rôle de la Suisse soit plus important encore et que la neutralité de la Suisse soit un élément encore plus déterminant. Quelle est l'implication de la Suisse dans les opérations de promotion de la paix? Le rapport prévoit, je le rappelle, l'engagement d'environ 500 hommes et femmes, mais - et la question a été posée en commission - on ne sait pas encore aujourd'hui de quelle manière nous pourrons assumer cet engagement. Et surtout, comment la Suisse fait-elle face aux menaces modernes que sont les cyberattaques, les guerres de l'information ou la protection des installations critiques?

Et c'est là que se situe une problématique tout à fait fondamentale, qui a aussi été soulevée par mes préopinants: on a l'impression qu'il y a un hiatus assez important entre les conclusions de ce rapport ainsi que ses chapitres sur les menaces sécuritaires, et la politique d'investissements militaires du département. C'est comme s'il y avait deux départements qui se prononçaient sur ces questions. L'un, qui fait le rapport sur la sécurité et l'autre, qui propose des crédits d'investissements dans le cadre du programme d'armement. C'est particulièrement frappant aujourd'hui, à mon avis, puisqu'on va prochainement se prononcer sur un programme d'armement qui comprend, par exemple, un investissement de près de 400 millions de francs pour des munitions, alors que le rapport indique de façon extrêmement [PAGE 193] détaillée les dangers liés aux cyberattaques. A mes yeux, il serait plus utile, plutôt que de provisionner des munitions, d'engager des informaticiens ou des spécialistes qui traiteraient de ces questions.

Je me demande, Monsieur le conseiller fédéral, si nous ne devrions pas réfléchir à une approche différente pour les prochaines années, laquelle consisterait à publier de manière plus régulière un rapport sur la politique de sécurité de la Suisse et à prévoir des programmes d'armement portant sur une période plus longue. Cela permettrait d'établir un lien direct entre, d'une part, les menaces répertoriées et détaillées dans le rapport sur la politique de sécurité de la Suisse et, d'autre part, les programmes d'investissements de l'armée, qui devraient correspondre aux menaces figurant dans le rapport. Aussi, plutôt que de disposer d'un rapport sur la politique de sécurité de la Suisse portant sur une période de six, sept ou dix ans et de programmes d'armement portant sur une année, nous ferions mieux de prévoir des rapports portant sur quatre ans et des programmes d'investissements définis en fonction des priorités portant sur trois ou quatre ans. Peut-être que nous disposerions alors d'instruments plus utiles, plus transparents et plus efficaces. Faire coïncider les conclusions du rapport sur la politique de sécurité de la Suisse et les investissements, non seulement en matériel, mais aussi en personnel, permettrait ainsi de tordre le cou aux critiques formulées aujourd'hui tant par Monsieur Eder que par Monsieur Kuprecht.

Voilà pour les quelques interrogations que je souhaitais partager sur le rapport de politique de sécurité de la Suisse. Je me réjouis évidemment des réponses de Monsieur le conseiller fédéral Parmelin.