Lexipedia

Mazzone Lisa · Nationalrat · 2017-05-02

Mazzone Lisa · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2017-05-02

Wortprotokoll

Selon les estimations, quelque 6000 femmes développent un cancer du sein chaque année. Il s'agirait de la première cause de mortalité chez les femmes entre 40 et 50 ans. Il y a un point sur lequel la communauté scientifique s'accorde, c'est le rôle crucial que joue l'environnement dans le développement ou la chronologie de l'apparition de nombreux cancers du sein.

Depuis une vingtaine d'années, on assiste à une épidémie et, depuis lors, on recherche un ou plusieurs agents qui peuvent être corrélés à cette évolution. Le professeur Sappino, qui a passé vingt ans à la direction du service de cancérologie des Hôpitaux universitaires de Genève, a mené aux côtés du docteur en biochimie, Stefano Mandriota, deux études majeures relatives à l'impact des déodorants contenant des sels d'aluminium dans le développement des cancers du sein.

La première expérience, conduite entre 2008 et 2012, a exposé des cellules mammaires humaines à de faibles concentrations d'aluminium in vitro, en culture. Des mutations cancéreuses ont alors été observées. Cette expérience a été répétée avec différents types de cellules et d'aluminium, afin de prendre le maximum de précautions dans les recherches.

Par la suite, entre 2012 et 2016, ces mêmes chercheurs ont mis en culture des cellules de glandes mammaires de souris en présence de concentrations d'aluminium comparables à celles que l'on trouve dans le sein humain. Ces cellules ont été injectées sous la peau de la souris. Résultat: des métastases et des tumeurs malignes ont été observées sur les trois lignées de souris soumises à l'expérience. Ce travail a fait grand bruit dans la presse internationale à l'automne dernier et doit nous alerter.

Une nouvelle étude entraînant de nouvelles suspicions nous oblige à prendre la mesure des risques courus. Cela n'explique certes pas tous les cancers du sein, mais mérite notre attention la plus rigoureuse. Dans le doute, le principe de précaution doit primer pour garantir la sécurité sanitaire de la population, et c'est bien le rôle de l'Etat que de veiller à le faire respecter au moment opportun. C'est l'objet du postulat que je vous soumets.

D'ailleurs, bien que nos autorités sanitaires abordent cette problématique avec retenue, elles déconseillent l'application de cette substance sur une peau irritée et le Conseil fédéral vous propose aujourd'hui, il le dira lui-même, d'accepter ce postulat pour évaluer au mieux la situation et les éventuelles mesures à prendre.

La particularité des sels d'aluminium est qu'ils traversent la peau, ceci d'autant mieux que la peau des aisselles est la plus perméable. En outre, l'aluminium n'a aucune fonction biologique et notre organisme ne devrait pas en contenir.

On s'étonne parfois des effets néfastes d'éléments qui se trouvent naturellement dans notre organisme lorsqu'ils y sont concentrés en trop grande quantité; on doit donc faire preuve d'une circonspection évidente à l'égard d'une substance qui ne s'y trouve pas du tout. Si elle n'est pas présente dans notre organisme, cette substance est en revanche présente en grande quantité dans la nature et l'on peut s'en procurer à moindres frais. C'est pour cela que quelque 90 pour cent des déodorants présents sur le marché contiennent des sels d'aluminium. Il s'agit donc de poursuivre l'examen méticuleux en analysant sérieusement les mesures qu'il conviendrait de prendre. C'est le but de ce postulat.

Ces mesures spécifiques pourraient être un avertissement à l'intention des consommateurs inscrit sur les emballages contenant les produits ou, en dernier recours et en concertation européenne, une interdiction. A ce stade, le postulat charge le Conseil fédéral d'étudier l'opportunité de prendre ces mesures. Rappelons-nous qu'il a fallu cinquante ans et de nombreuses victimes avant une intervention dans le sens d'une interdiction de l'amiante. Ne répétons pas les erreurs du passé et agissons désormais avec la plus grande précaution.

Pour démontrer de manière implacable le lien entre les sels d'aluminium contenus dans les déodorants et le développement de cancers du sein, il faudrait des essais in vivo sur un échantillon conséquent de femmes, et ce pendant une vingtaine d'années. Ces études doivent être menées et il faut trouver un financement.

Cela étant, on ne peut pas se permettre d'attendre en regardant cela de loin. Nous devons donc nous engager pour que le principe de précaution soit respecté. C'est pourquoi je vous invite à adopter ce postulat. Vous suivrez ainsi non seulement la position du Conseil fédéral - importante évidemment -, mais aussi celle de la Fédération romande des consommateurs, car il s'agit aussi de cela: informer la consommatrice, l'orienter, pour qu'elle puisse faire ses choix en connaissance de cause. C'est, enfin, une opportunité pour l'industrie de développer des solutions de rechange efficaces pour limiter les sécrétions sudorales. Ces tendances s'observent d'ailleurs d'ores et déjà sur les étals des magasins où l'étiquette "sans sels d'aluminium" commence à s'afficher et à devenir un argument de marketing.

Pour toutes ces raisons, je vous remercie de soutenir ce postulat tout à fait raisonnable.