Schwaab Jean Christophe · Nationalrat · 2017-05-03
Schwaab Jean Christophe · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2017-05-03
Wortprotokoll
Je déclare mes intérêts. Je suis conseiller municipal en charge des services industriels dans ma commune et, à ce titre, administrateur d'un câblo-opérateur qui appartient à 80 pour cent à UPC.
Je vais commencer par un exemple de fracture numérique. Pas plus tard que jeudi passé, un entrepreneur de ma commune, qui n'est pourtant pas dans une région dite périphérique, m'aborde. Il me dit qu'il est graphiste et a donc besoin d'une connexion Internet performante, ce qu'il n'a pas là où il a ses locaux, dans un des bourgs de la merveilleuse région de Lavaux. Pour lui, l'alternative est de quitter ma commune et de s'installer dans un centre urbain. Ma commune verrait partir impôts, emplois et activités économiques. Et je peux vous assurer que dans mon canton, de très nombreuses communes se trouvent dans une situation bien pire que la mienne. Sans accès à la fibre optique, leur population et leurs entreprises n'ont pas accès, ou qu'un accès restreint, aux nouvelles technologies.
J'ai récemment discuté avec un collègue d'une région de montagne frappée par le manque de neige récurrent, qui tente - c'est louable et c'est son rôle - de renouveler le tissu économique de sa commune, dans le but de créer de nouveaux emplois. Mais, pour attirer certaines entreprises, il faut une bonne connexion à l'Internet. Or aucun opérateur n'est prêt à investir, car la rentabilité n'est pas assurée. Sans logique de service public, personne n'investira. Je le répète, ce n'est pas qu'un problème des bourgs de Lavaux, ni même un problème vaudois; c'est aussi le cas dans la totalité des cantons.
Autre exemple de fracture numérique: en raison de leur âge, de leur faible niveau de formation ou de leur handicap, de plus en plus de personnes sont exclues de prestations publiques et privées qui n'existent qu'en ligne ou qui sont surfacturées si on choisit l'option "papier" - par exemple pour une facture -, ou l'option "monde réel" - par exemple en passant à un guichet. Si nous n'entreprenons rien pour former ces personnes et pour qu'elles aient le même accès que toutes et tous aux prestations, biens et services du monde actuel, nous exclurons de fait des milliers de personnes de la société. Dans un pays qui porte haut les couleurs de l'égalité des chances, c'est tout simplement intolérable!
Qu'on me comprenne bien, je suis favorable à l'essor des nouvelles technologies. J'en suis même un utilisateur fréquent si ce n'est même un utilisateur au comportement addictif. Si certaines prestations coûtent moins cher parce qu'elles n'existent qu'en ligne ou coûtent moins cher en ligne que dans le monde dit réel, tant l'économie que les collectivités publiques s'en porteront mieux. Les nouvelles technologies permettent un essor économique important et, le plus souvent, elles améliorent le bien-être de la population. Mais, pour cela, il faut que toute la population et que toutes les régions y aient accès.
J'aimerais faire quelques commentaires sur l'avis du Conseil fédéral, qui parle comme toujours lorsque l'on aborde les questions relatives au numérique de ses dadas que sont la protection des données et les cyberrisques. Non, le problème de la fracture numérique n'est pas une question de protection des données ni non plus de cyberrisques. C'est une question d'égalité des chances, c'est une question de liberté économique, c'est une question de promotion économique dans tout le pays, y compris dans les régions dites périphériques.
Quant à parler de lier l'extension du réseau aux lois du marché, auxquelles le Conseil fédéral semble faire une confiance aveugle, je reviens à mon exemple initial. Sans intervention des pouvoirs publics, le marché ne fournira pas la connexion dont l'entrepreneur, dont j'évoquais le cas au début de mon intervention, a besoin pour poursuivre son activité économique dans la commune où j'habite. Si on fait confiance au marché, il suivra les lois du marché, votera avec ses pieds et ira s'installer dans un centre urbain. A nouveau, sans mesure de service public, les régions excentrées s'appauvriront, ce qui menacera à terme la cohésion nationale.
Je vous remercie de soutenir ma motion.