Burkhalter Didier · Bundesrat · 2017-06-13
Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2017-06-13
Wortprotokoll
Je remercie Madame Fetz de me dire "klipp und klar", ce que je dois transmettre au Conseil fédéral. Je ne me manquerai pas de le faire, bien que je garde ma totale indépendance - je sais que cela énerve de temps à autre, mais c'est ainsi. Je transmettrai bien que je connaisse déjà la réponse: la Banque nationale suisse étant indépendante, l'influence du Conseil fédéral se limitera à un éventuel dialogue s'inscrivant dans le cadre de rencontres périodiques entre la Délégation du Conseil fédéral pour la politique économique et le directoire de la Banque nationale. Les discussions entre la délégation du Conseil fédéral et le directoire de la Banque nationale ont lieu à intervalles plus réguliers que les consultations politiques entre représentants de la Suisse et de l'Arabie saoudite; j'y reviendrai.
Plus sérieusement, si on résume votre interpellation, Madame Fetz, vous dites "klipp und klar" que la Suisse a, en Arabie saoudite, plus de succès dans la promotion économique que dans la promotion des droits humains. Franchement dit, vous avez raison: c'est vrai. Je crois que nous avons, depuis longtemps d'ailleurs, plus de succès dans la promotion économique que dans la promotion des droits humains. C'est valable non seulement dans la région du monde dont il est question dans votre interpellation, mais également dans beaucoup d'autres régions. Les progrès dans le domaine des droits humains, les avancées en matière de lutte contre la corruption et l'extension de l'Etat de droit, sont parfois décevants. Donc, actuellement, malgré tout ce que l'on peut faire, on constate parfois que la promotion économique se développe plus rapidement que la promotion des droits humains.
Ce que je voudrais ajouter, c'est que je ne crois pas qu'il faille opposer la promotion économique et la promotion des droits humains. Il est en effet assez souvent possible de faire des progrès dans les deux domaines en parallèle ou de faire en sorte que les progrès réalisés dans un domaine permettent des avancées dans l'autre. Les choses ne sont pas aussi simples que cela, ce n'est pas noir ou blanc. Mais il y a des possibilités, on le sait, d'aborder certains dossiers en utilisant les dossiers économiques comme leviers. Lorsqu'elles s'intensifient, les relations économiques offrent des marges de manoeuvre sur les questions sociétales.
Ces marges de manoeuvre sur les questions sociétales permettent d'initier de nouveaux dialogues. Avec certains pays, nous menons beaucoup de dialogues que nous n'aurions pas pu instaurer sans la porte d'entrée offerte par l'économie. Je crois vraiment qu'il faut considérer les progrès dans chaque domaine comme quelque chose qui nourrit l'autre domaine, en quelque sorte, même si, je le répète, ce n'est pas tout simple et cela ne fonctionne pas ainsi partout.
J'aimerais reprendre concrètement quelques points, notamment la question du Yémen, la problématique des droits humains en Arabie saoudite et en particulier le cas de Raif Badawi ainsi que, très brièvement, la situation actuelle dans cette région du Golfe.
S'agissant de la crise au Yémen, il faut dire qu'elle n'intéresse vraiment pas grand monde. C'est la première chose qu'il faut constater. Si elle n'intéresse pas grand monde, c'est vraisemblablement parce qu'il n'y a pas beaucoup de réfugiés yéménites en dehors de la région en proie au conflit. Il y a toutefois beaucoup de gens déplacés dans le pays et dans les régions toutes proches. Donc, le monde n'a pas les yeux rivés sur le Yémen, et pourtant le pays est touché par une des crises humanitaires les plus graves que le monde ait connues. L'équivalent de deux fois la population suisse est dans une situation humanitaire critique. Il y a en effet une épidémie de choléra en plus de tous les problèmes d'eau qui sont de toute manière très graves dans cette région. Le pays connaît depuis longtemps les pires problèmes en termes d'eau, auxquels s'ajoutent maintenant les conflits. Des problèmes sans fin auxquels le pays est confronté depuis assez longtemps et qui s'accentuent encore, alors que le conflit s'enlise.
Il devrait donc y avoir plus d'intérêt pour ce pays, et c'est pour cela que nous avons lancé une opération avec les Nations Unies qui souhaitaient qu'un Etat membre le fasse. Avec la Suède, la Suisse a lancé une opération de mobilisation de la communauté internationale sur la question du droit international humanitaire. Mais, surtout, une conférence a été organisée pour trouver de l'argent. Afin d'aider le Yémen sur le plan humanitaire, il faut 2,1 milliards de dollars, or, il n'y avait quasiment rien à disposition avant la conférence. Grâce à cette conférence, nous avons actuellement obtenu des promesses de dons pour un peu plus de 1,2 milliard de dollars, soit plus de la moitié du montant nécessaire, ce qui est un bon résultat, même un très bon résultat pour une première conférence de ce type sur un tel dossier. Ce qui était surtout important, c'était d'additionner les forces et les spécificités de ceux qui ont lancé cette conférence. Les Nations Unies avaient un message à faire passer, la Suisse en avait un aussi, lequel n'était pas différent mais un petit peu plus explicite sur les questions de droit international humanitaire, ce qui était évidemment voulu.
Je crois que cela a pu se faire sans froisser complètement ceux qui ne pensent pas forcément toujours comme nous. La Genève internationale a joué son rôle dans un dossier extrêmement délicat, du fait que les acteurs régionaux qui soutiennent l'humanitaire sont en même temps impliqués dans la difficile situation conflictuelle au Yémen.
J'aimerais ajouter que la Suisse est toujours à disposition pour offrir ses bons offices. Nous avons accueilli deux conférences sur le Yémen pour essayer de trouver une solution politique. La situation est un peu bloquée, c'est le moins que l'on puisse dire, mais nous sommes toujours à disposition et nous collaborons avec l'ONU, en premier lieu, mais aussi avec tous les acteurs régionaux favorables à une médiation.
Concernant les droits de l'homme et le cas de Monsieur Raif Badawi, je vais être très clair. Les consultations politiques avec des représentants de l'Arabie saoudite sont importantes parce que c'est dans ce cadre que sont abordées les questions liées aux droits humains vu que nous n'avons pas de dialogue direct sur les droits humains avec la diplomatie saoudienne. C'est donc important, même s'il y a aussi des contacts directs et bilatéraux entre les consultations, c'est le premier point. De plus - je vais essayer d'être aussi clair que possible alors que je ne peux pas vraiment l'être -, on dit toujours que le Conseil fédéral observe, surveille, suit avec attention, etc. C'est vrai! Mais il ne fait pas que cela. Simplement, dans un tel cas, il y a un temps pour la discrétion et un temps pour la diplomatie publique, or, il s'agit maintenant du temps pour la discrétion. Je ne dirai donc rien sur ce cas, dans l'intérêt des relations entre l'Arabie saoudite et la Suisse et dans l'intérêt de la personne.
Concernant l'évolution dans la région, l'escalade des tensions dans les pays du Golfe est préoccupante. Il y avait beaucoup de tensions, de crises un peu partout dans cette région, mais une situation relativement calme dans les pays du Golfe. Maintenant, il y a une tension de plus qui n'est pas complètement déconnectée des autres, et qui n'arrange pas du tout la situation. Il faut alors tenter de trouver la clé - et, là aussi, il faut être très clair: la clé se trouve à l'intérieur de ces pays, on ne peut pas régler ce genre de problèmes de l'extérieur.
Le message que nous avons envoyé, c'est que nous restons abordables, que nous sommes très disponibles et que nos bons offices sont toujours offerts. Je suis toutefois convaincu qu'il faut surtout soutenir les efforts de médiation des acteurs régionaux.
Le Koweït, en particulier, a indiqué très clairement qu'il voulait trouver une solution, et c'est sur le plan régional que la solution sera trouvée. Notre message, y compris le mien dans mes contacts directs avec certains de mes homologues, c'est de dire que la Suisse est à disposition pour apporter de l'aide. Mais il faut être très clair, je le répète: c'est vraiment dans la région même que la solution sera trouvée. Je suis d'avis que c'est possible mais difficile: la situation est délicate, elle est tendue et dans une phase particulièrement dangereuse.
Dans ce domaine également, le Conseil fédéral continue de suivre avec attention, d'observer la situation, et peut-être parfois de faire un peu plus sans le dire. (Hilarité partielle) [PAGE 473]