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Mazzone Lisa · Nationalrat · 2017-09-12

Mazzone Lisa · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2017-09-12

Wortprotokoll

"Un geste envers l'avenir de notre pays et le renforcement de la responsabilité de la jeunesse ainsi que son intégration dans notre communauté de destins." Voici comment le conseiller fédéral Burkhalter a décrit le droit de vote à 16 ans en 2014. Des paroles auxquelles je souscris pleinement. Il n'est d'ailleurs pas le seul à reconnaître le potentiel du droit de vote à 16 ans, puisque des institutions, qui sont pourtant peu connues pour leur progressisme, à savoir l'Eglise catholique et l'Eglise évangélique réformée, accordent le droit de vote dès 16 ans sur le plan paroissial. Voilà de quoi nous inspirer! Comme quoi ce n'est pas l'âge de l'institution qui détermine l'âge du droit de vote. On va arrêter là avec les arguments d'autorité, parce que les arguments de fond sont bien suffisants.

Dans vingt ans, la moitié des personnes qui auront le droit de vote aura 60 ans et plus, selon certaines études. Est-ce que cela ne vous inquiète pas? A savoir que des décisions portant sur le long terme, qui construiront notre avenir, seront prises par une majorité de personnes quasiment ou déjà à l'âge de la retraite. Nous parlons de décisions relatives à la formation, au marché du travail, à la protection de l'environnement, de décisions qui doivent nous permettre de nous projeter. Nous courrons ainsi le risque que les actifs se voient imposer des décisions par une majorité qui arrive à la retraite ou qui y est déjà.

Il faut voir aussi que cette proposition n'est pas isolée. Le canton de Glaris connaît déjà le droit de vote à 16 ans, et des débats ont lieu dans plusieurs cantons de manière régulière - d'ailleurs, dans celui de Neuchâtel, une initiative populaire a été déposée dans ce sens. D'autres pays connaissent aussi le droit de vote à partir de 16 ans sous des formes différentes, que ce soit l'Autriche, l'Allemagne, l'Ecosse, l'Argentine, le Brésil ou Cuba. Il va de soi, il est important de le préciser, que les enjeux nationaux doivent pouvoir être empoignés par les jeunes, puisque c'est aussi au niveau national que des [PAGE 1286] décisions prépondérantes pour notre avenir - la protection de l'environnement, le marché du travail ou le lien intergénérationnel - sont prises.

La participation des jeunes est en berne, et d'ailleurs il y a peu de jeunes à Berne. C'est une remarque qu'on entend souvent, et c'est un fait qui est souvent déploré par un grand nombre de politiciennes et de politiciens.

Tout le monde s'en préoccupe, néanmoins les mesures peinent à suivre. Or, le droit de vote à 16 ans permet justement de rapprocher les cours d'éducation civique suivis par les jeunes de l'exercice direct du droit de vote, c'est-à-dire que les jeunes en question auront suivi des cours d'éducation civique dans le cadre de leur scolarité et seront immédiatement amenés à recourir à leur droit de vote. On a vu aussi l'exemple de l'Autriche, où, dans le cadre de l'élection présidentielle, les jeunes de 16 et de 17 ans, qui bénéficiaient pour la première fois du droit de vote, ont été plus nombreux à aller voter que des jeunes un peu plus âgés qu'eux. Aussi, plus on acquiert tôt le droit de vote, plus on aura envie de l'utiliser. On sait en outre que les premières habitudes de vote sont prépondérantes pour la mobilisation des personnes par la suite.

Pourquoi 16 ans? L'âge de 16 ans est un moment charnière dans la vie des jeunes. De nombreux jeunes entrent en effet sur le marché du travail à cet âge tandis que ceux qui n'y entrent pas font des choix quant à leur orientation professionnelle. C'est aussi le moment où les jeunes obtiennent leur majorité sexuelle, peuvent choisir leur confession, ont le droit d'ouvrir un compte en banque, tandis qu'ils doivent s'acquitter du paiement de l'impôt s'ils touchent un revenu. Dans beaucoup de cantons, l'âge de 16 ans rime aussi avec la fin de la scolarité obligatoire. On estime donc que, à 16 ans, l'école publique a transmis aux jeunes la capacité de porter un regard critique sur la société, de comprendre les enjeux de notre monde, les enjeux qui nous animent et qui nous permettent de prendre ici des décisions pour notre pays. Entre 16 et 18 ans, les jeunes ne suivront pas nécessairement de formation supplémentaire et il est dès lors important qu'ils puissent utiliser leur droit de vote dès 16 ans sur la base des qualifications acquises dans le cadre de leur programme scolaire.

Il est clair - je l'admets volontiers - qu'il s'agit d'une initiative parlementaire maximaliste dans la mesure où elle propose de ne pas séparer le droit de vote et l'éligibilité. Cette proposition tient au fait que ces deux droits, selon moi, ne devraient pas être séparés - c'est d'ailleurs la conclusion à laquelle était déjà arrivée par le passé la commission du Conseil des Etats, qui avait discuté de propositions de ce type qui ne visaient qu'un seul des deux droits. Toutefois, je suis tout à fait ouverte à la discussion et, si vous acceptiez de donner suite à l'initiative parlementaire au stade de l'examen préalable, nous pourrions discuter de la forme finale à donner à cette proposition d'abaissement de l'âge du droit de vote à 16 ans.

C'est pour ces raisons que je vous remercie de donner suite à cette initiative parlementaire.