Hêche Claude · Ständerat · 2017-09-13
Hêche Claude · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2017-09-13
Wortprotokoll
La majorité de la commission propose d'adopter la motion de la commission du Conseil national, qui vise à autoriser les aires d'autoroute à vendre et à servir de l'alcool. Dans le titre de la motion, on lit "afin qu'elles (les aires d'autoroute) puissent se battre à armes égales", j'ajoute "avec les stations-services et les restaurants situés après les sorties d'autoroute". Permettez-moi de trouver assez cynique de voir l'alcool être considéré comme une arme qui permet de se battre sur le marché de la concurrence. Et sur le marché de la santé ou sur le plan des accidents de la route, l'alcool représente quoi? Un dégât collatéral?
Permettez-moi de porter un regard quelque peu différent sur cette façon de penser les statistiques, la libre concurrence et la responsabilité individuelle en matière de sécurité routière. Un accident est toujours un accident de trop. Si un accident mortel est évité grâce à une alcoolisation diminuée, c'est une vie de gagnée.
Premièrement, examinons l'argumentation qui s'appuie sur la statistique. Il ne faut pas confondre cause et conséquence. Chaque fois qu'une mesure relative à la consommation d'alcool au volant a été édictée, le nombre d'accidents a diminué et, partant, de nombreux morts et blessés graves ont été évités. Aujourd'hui, certains souhaitent utiliser les résultats d'années de prévention et de limitation pour justifier le fait de faire machine arrière. Je ne trouve pas cela très sérieux.
Deuxièmement, examinons la question de la libre concurrence, qui est un argument économique trompeur pour deux raisons au moins. D'une part, il convient de relativiser la distorsion de concurrence entre une soixantaine d'aires d'autoroute et, par exemple, les plus de 1300 stations-services qui bordent les autoroutes ou les restaurants tenus par une entreprise familiale, des PME. D'autre part, qui sont les propriétaires des restauroutes? Ce ne sont pas des entreprises familiales, mais bien des propriétés au bénéfice d'une franchise de grands groupes. Il ne faut pas croire qu'on va aider les PME et renforcer les emplois dans la branche en acceptant cette motion. J'ajouterai encore que les aires d'autoroute ont d'autres avantages liés à leur quasi-monopole sur un secteur de route.
Troisièmement, examinons la question de la responsabilité individuelle, qui est avancée, comme souvent, pour éviter de prendre une position claire. Il n'est pas inutile de rappeler que, dans certains domaines, la responsabilité individuelle, comme la liberté, s'arrête là où commence celle des autres. Bien sûr qu'il est de la stricte responsabilité individuelle de consommer exagérément de l'alcool puis de prendre le volant et de s'écraser contre un poteau. Mais la responsabilité collective, la responsabilité de l'Etat, c'est de protéger l'enfant, le citoyen qui se trouveront peut-être sur la route d'un chauffard. Soyons cohérents et ne revenons pas sur des engagements qui ont fait leurs preuves.
Enfin, permettez-moi de relever que, depuis 1964, l'interdiction de la vente d'alcool sur les aires d'autoroute n'a dérangé personne, y compris le Conseil fédéral qui l'a soutenue fermement en 2002 déjà et encore en 2013. Souhaitons-nous réellement placer les intérêts économiques, la liberté individuelle au-dessus de la protection de la vie humaine?
Je vous invite donc à soutenir la proposition de la minorité et à rejeter la motion.