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Reynard Mathias · Nationalrat · 2017-09-14

Reynard Mathias · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2017-09-14

Wortprotokoll

L'initiative "Oui à la suppression des redevances radio et télévision" demande l'abolition des redevances versées à la SSR ainsi qu'aux 34 autres diffuseurs de radio et de télévision titulaires d'une concession dans notre pays.

Cette initiative extrémiste signerait la mort de la diversité des médias en Suisse et d'un service public de qualité dans toutes les régions du pays.

Un bref tour d'horizon des conséquences semble nécessaire: L'initiative dite "No Billag" signifie en premier lieu la mort immédiate de la SSR. C'est donc tout d'abord la perte de 13 500 emplois directs et indirects dans notre pays, auxquels doivent encore s'ajouter la disparition d'emplois dans les médias régionaux. C'est la fin d'un service public de qualité - qui peut évidemment toujours être discuté et amélioré -, mais qui n'a rien à envier aux médias des pays voisins. C'est la fin également d'un principe essentiel, qui est dans l'ADN de la Suisse: [PAGE 1384] la cohésion nationale, qui a pour corollaire l'équivalence des prestations entre toutes les régions de notre pays. Il n'y a pas aujourd'hui, dans ce domaine, de citoyen de seconde zone en fonction de la région linguistique ou de la richesse du canton. Grâce à une répartition solidaire qui tient compte des régions linguistiques minoritaires, la SSR assure un service public équivalent sur tout le territoire national, avec ses 7 studios principaux et ses 17 studios régionaux. Inutile de dire qu'avec la suppression de la redevance, les rares opérateurs privés qui resteront se concentreront sur les zones les plus peuplées et les plus riches de notre pays.

La disparition de la SSR porterait un coup terrible au vivre ensemble et à la cohésion de la Suisse. Un pays qui n'arrive pas à parler de lui-même connaît un sérieux problème.

Le service public joue également un rôle essentiel pour la démocratie, pour une information de qualité, objective, et qui permette le débat d'idées et la formation de l'opinion publique. Dans notre démocratie directe, nous avons besoin d'un quatrième pouvoir fort et indépendant des groupes d'intérêts. Cela est sans doute encore plus indispensable pour faire face aux faits alternatifs - "alternative facts".

Mais limiter le débat à la SSR serait une erreur. Les dégâts collatéraux d'un oui à l'initiative seraient irréparables pour le monde du sport, celui du cinéma ou encore celui de l'art. Les responsables des principaux festivals et événements artistiques, que ce soit d'humour, de musique ou d'autres arts, le disent: la SSR, comme partenaire qui assure leur visibilité, est indispensable à leur survie.

Prenons trois exemples concrets: le cinéma, le sport et la musique. Ces vingt dernières années, grâce au Pacte de l'audiovisuel, la SSR a investi plus de 400 millions de francs dans le cinéma suisse et a coproduit plus de 2000 films, documentaires, ou encore téléfilms, courts-métrages et films d'animation. Parallèlement, la SSR soutient de nombreux festivals de cinéma, dont évidemment le Festival de Locarno, celui de Fribourg, Visions du réel à Nyon, le Festival international du film fantastique de Neuchâtel, pour ne prendre que quelques exemples tessinois ou romands.

La RTS soutient également fortement la musique suisse, par la diffusion de 18 heures de musique suisse chaque jour, toutes chaînes confondues. A cela s'ajoute l'enregistrement de 500 concerts par année en Suisse romande, ainsi qu'un soutien à divers événements, comme la Schubertiade.

Quant au sport, soyons clairs: "No Billag" signifie la fin du sport en libre accès. Il suffit déjà de comparer les offres actuelles: un abonnement à la seule Bundesliga coûte presque aussi cher que la redevance actuelle. Si l'on désire s'abonner aux matchs de football et de hockey sur glace de notre pays, les offres actuelles dépassent déjà largement le prix de la redevance. En somme, on paiera plus pour moins de prestations. Les fans de sport, dont je fais partie, savent également que la SSR est partenaire de nombreuses manifestations et fédérations sportives et qu'elle joue un rôle de promotion du sport pour tous, en offrant d'ailleurs une tribune aux sports minoritaires et aux manifestations sportives de nos régions. Elle nous permet également de suivre systématiquement les athlètes suisses dans les grandes compétitions internationales.

Voilà les exemples de quelques prestations qui ne pourraient être maintenues sous cette forme en cas de oui à l'initiative.

Enfin, on a souvent dit dans ce débat qu'il ne s'agissait pas d'une initiative "No Billag", mais plutôt d'une initiative "No SSR". Ce n'est pas tout à fait exact. Si son acceptation entraînerait évidemment la disparition de la SSR, elle tuerait également toutes les radios et télévisions régionales qui vivent de la redevance, soit 25 radios privées régionales et 13 télévisions régionales. Pour prendre l'exemple du canton du Valais, soyons tout à fait clairs: les élus valaisans qui voteront oui à cette initiative soutiennent la mise à mort de Canal 9/Kanal 9, de Rhône FM, de Radio Chablais et de Radio Rottu Oberwallis, et ils devront l'assumer! Le même constat peut être effectué dans toutes les régions et dans tous les cantons.

Il n'y a pas à hésiter une seule seconde pour appeler à rejeter et cette initiative et son contre-projet.