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Eggly Jacques-Simon · Nationalrat · 1999-12-09

Eggly Jacques-Simon · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 1999-12-09

Wortprotokoll

Ce n'est pas la première fois que l'on s'attaque au budget de la défense nationale. Cette fois-ci, on voudrait nous dire et nous faire croire que la présente initiative populaire est compatible avec l'air du temps, avec les nouvelles réalités, que ce serait plus réaliste et que notre défense nationale actuelle, avec son volume, avec son aspect militaire, serait en contradiction avec toute l'analyse politique lucide que l'on doit faire aujourd'hui. Et l'on se réfère notamment à la commission Brunner. C'est amusant, parce que l'on nous dit aussi que, de plus en plus, la sécurité aura lieu grâce à des collaborations, et les gens qui, au fond, nous disent: "Vous voyez, une défense autonome n'a plus de valeur", sont les mêmes qui nous disent par ailleurs: "Attention, la neutralité nous empêche de collaborer, par exemple, avec l'OTAN!" Voyez-vous, il y a toujours eu et il y aura toujours une bonne raison d'entamer le budget de la défense. Quand on n'aime pas, viscéralement, une tâche fondamentale, on trouve toujours des raisons de dire qu'on pourrait l'accomplir à beaucoup moins cher.

La vérité est beaucoup plus compliquée et, en même temps, beaucoup plus claire. Aujourd'hui comme hier, la Suisse a une responsabilité pour la sécurité et la stabilité en Europe, qui passe, dans la durée, par une capacité de défense de son territoire. C'est une constante qui traverse les périodes où cela paraît inutile ou même dérisoire. Il faut une volonté politique, il faut une continuité, il faut une garantie de qualité en matière de formation, d'armement et d'équipement. On nous parle du mur de Berlin. En 1988, qui aurait pensé que le mur de Berlin allait s'écrouler? On doit faire un effort dans la durée, car l'on ne sait pas de quoi sera fait sinon demain, du moins après-demain.

La vision de la sécurité, c'est vrai - j'étais dans la commission Brunner et j'en suis, ô combien, persuadé -, exige des adaptations: moins d'hommes, davantage de technologie. Mais rien ne dit - et la commission Brunner n'a pas dit ça - que cela coûtera moins cher, et que cela coûtera moins cher notamment en cas de coopération internationale de la part de la Suisse. Les ouvertures vers des opérations internationales exigent et exigeront aussi de la qualité. Mme Haering a développé tout à l'heure une dialectique qui est, à mes yeux, un piège intellectuel: l'air de dire que le contexte international va exiger tellement d'efforts civils, humanitaires, diplomatiques, que c'est ça la prévention, que c'est ça la sécurité. Mais c'est un piège intellectuel, car d'un autre côté, la paix en Europe exige, comme l'a dit un ancien ministre français à une séance où j'étais avec M. Ogi, conseiller fédéral, que quelquefois on établisse le droit sur la force. Le droit sur la force va de pair avec les engagements humanitaires, avec les engagements diplomatiques, et quelles que soient les perspectives de sécurité en Europe, il faudra non pas moins, mais peut-être même davantage d'éléments militaires. Si la Suisse s'engage dans cette coopération, elle devra faire et assumer sa part, comme les autres, dans les nouvelles conceptions comme dans les anciennes.

Mais pourtant, n'allons pas dire que le DDPS n'a pas fait d'efforts. Il a fait des efforts considérables. Depuis 1987, date de référence de l'initiative populaire, le budget militaire n'a pas cessé de baisser en valeur absolue et en valeur relative. Maintenant, nous sommes allés loin dans le sens de l'initiative, mais selon une planification, et non pas d'un coup, d'un seul, selon une idéologie qui veut prendre les apparences d'une argumentation raisonnable.

On nous dit aussi, dans cette initiative, qu'il serait bon de privatiser les emplois qui, actuellement, dépendent du domaine militaire. On pense notamment aux emplois qui dépendent des entreprises que nous avons en partie privatisées en changeant leur statut. Mais ces entreprises doivent continuer à assumer une tâche de fabrication d'armement pour la défense nationale, c'est leur obligation. Quant à leur reconversion, c'est toujours la même histoire: on croit qu'on peut reconvertir en économie, comme ça, à bien plaire, selon un certain volontarisme. La reconversion, elle, ne se décrète pas. Les emplois civils dépendent du marché et vous pouvez tourner la dialectique tant que vous voulez: avec cette initiative, la conséquence, c'est 5000 emplois à la corbeille. La gauche et les syndicats iront expliquer cela ensuite à leurs électeurs et à leurs adhérents.

La défense nationale, je vous l'ai dit, a fait le plus d'efforts. Si l'on compare avec les pays étrangers, on constate qu'aujourd'hui, les autres pays stabilisent leurs budgets, parfois même les augmentent, et on voudrait que la Suisse, qui n'a cessé de diminuer le sien, continue jusqu'en dessous du seuil critique.

Autre argument critique qu'on a entendu, notamment de la bouche de M. Banga: "La défense nationale se porte le mieux lorsqu'on a un consensus politique. Il faudrait donc intégrer la gauche, intégrer les socialistes dans l'appui à cette nouvelle politique. Cette initiative serait un moyen politique formidable d'intégrer la gauche au soutien à une défense nationale régénérée et à une politique renouvelée." Cela est à la limite du chantage politique. La nouvelle conception de la sécurité, j'y insiste encore, avec ses volets diplomatiques, ses volets humanitaires, ses volets de participation à des organisations internationales, n'entraîne pas du tout un choix qui impliquerait la suppression de notre effort de défense nationale. Il peut y avoir de nouvelles priorités, mais je doute fort que cela débouche sur une évidence de baisse de moitié du budget de la défense nationale. Ce que nous ferons moins ici, nous devrons le faire davantage là. Ce que nous ferons moins en matière d'effectifs, nous devrons le faire davantage en matière d'équipements. Ce que nous ferons moins en défense du territoire, nous le ferons plus en [PAGE 2449] actions de solidarité. Finalement, je crois qu'il faut voir la totalité de la vision, et pas seulement une vision partielle.

Cette initiative, sous couleur d'une sorte de vision intellectuelle raffinée, est bien, en réalité, dans la continuité d'un antimilitarisme qui sommeille et qui, à chaque période et à chaque époque, essaie de trouver sa voie et ses justifications. Cette initiative - et c'est ce qui me gêne - se pare de vertus intellectuelles et d'un masque d'esprit positif, alors qu'en réalité, en cas de succès, ce serait un mauvais coup pour l'économie, un très mauvais coup pour une politique de sécurité crédible et un signe politique d'affaissement d'une volonté séculaire d'indépendance, d'interdépendance et de coresponsabilité en Europe.

A cette initiative toute en trompe-l'oeil doit s'opposer un non sans ambiguïté, et c'est le non du groupe libéral.