Lexipedia

Bendahan Samuel · Nationalrat · 2017-09-25

Bendahan Samuel · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2017-09-25

Wortprotokoll

Il y a bien longtemps, on n'achetait quasiment que des biens. On pouvait acheter une pomme, et il était normal que l'on paye une pomme lorsqu'on voulait manger une pomme. Tout à l'opposé, aujourd'hui, nous sommes dans une économie des services, dans une économie de l'information. A ce moment-là, le mode de financement d'une telle économie est complètement différent. Paradoxalement, la redevance que nous cherchons aujourd'hui à discuter et que certains veulent supprimer est l'exemple type du mode moderne de financement des activités de demain. Demain, nous consommerons des choses qui ne coûtent rien à multiplier, mais qui coûtent beaucoup à produire. Pour faire cela, il faut des mécanismes de financement comme celui de la redevance. Evidemment, on peut discuter la question de savoir si c'est une redevance unique ou progressive et quelle est la manière de la percevoir. Mais la manière avec laquelle nous finançons les médias audiovisuels aujourd'hui est une façon moderne de concevoir l'économie de demain, qui sera une économie où l'intelligence prendra de plus en plus de poids par rapport à la consommation de ressources finies.

Alors, je ne comprends pas pourquoi dans ce monde, dans le monde futur dont nous n'arrêtons pas de discuter notamment ici, on veut supprimer la redevance radio et télévision. Pour la remplacer par quoi? Les personnes qui sont les tenants de la simplification administrative veulent tout compliquer puisque, si on supprime quelque chose de simple - payer une redevance pour financer le service public -, on se retrouvera avec des dizaines et des dizaines de chaînes de radio et de télévision qui devront trouver des dizaines de modes de financement. Imaginez le nombre de transactions financières supplémentaires, de discussions administratives lourdes supplémentaires, coûteuses, alors que l'on cherche à avoir un système simple!

Nous aurons de plus un système dans lequel nous ne défendrons plus la production locale dans un domaine dans lequel nous sommes forts, car je crois en la qualité de la diversité de nos médias. Or le terrain médiatique sera ouvert à plein d'acteurs étrangers qui n'ont pas forcément comme objectif de venir défendre la qualité de l'information, mais de tirer du profit de l'information simple. Et n'oublions pas une chose fondamentale: nous n'arrêtons pas de vanter notre pays comme le pays de la compétence et de l'intelligence, par conséquent comment peut-on accepter de détruire une force aussi grande qu'est l'intelligence de nos médias, l'intelligence des personnes qui créent et diffusent l'information, alors que cela aussi est un des enjeux de demain? Les métiers, les compétences dont nous sommes aujourd'hui fiers risquent de disparaître parce qu'il n'y aura plus les moyens de les financer alors que la valeur qu'ils apportent aujourd'hui à la société est indiscutable.

En lisant le texte de l'initiative, on comprend bien où se situe le problème. Je comprends la colère de celui qui se dit: "Je dois payer une redevance, mais tout ce que je paye, je ne le consomme pas forcément." Je comprends la difficulté, mais il ne faut pas céder aux voix qui disent que payer tous ensemble ne peut pas être bien pour tout le monde à la fois.

Quelqu'un demandait pourquoi les entreprises devront payent la redevance. Parce que c'est grâce à la qualité de l'information qui est donnée dans notre pays que les entreprises peuvent avoir le succès qu'elles ont aujourd'hui, que nous sommes le pays le plus riche du monde, le pays qui est toujours, dans les classements internationaux, le premier en termes de bonheur. Parce que nous avons aussi une bonne qualité de l'information et des médias. Il vaut la peine de payer pour cela et que nous payions ensemble pour cela.

N'écoutons pas les voix des personnes qui veulent démanteler non seulement le système des médias de service public, mais aussi de très nombreuses petites radios privées. Parce que si nous supprimons la redevance, nous condamnons des dizaines de sources d'informations locales. Qui informera sur les événements locaux? Qui saura ce qui se passe autour de chez lui? Comment savoir ce qui se passe dans notre région, dans notre village, s'il n'y a pas des gens dont c'est le métier d'être journaliste, dont c'est le métier de donner l'information?

N'écoutons pas les voix qui souhaitent faire taire le service public et qui souhaitent tarir son financement pour supprimer la chose la plus importante dans cette société où on n'arrive plus à discerner le vrai du faux. Les "fake news", les faits alternatifs sont tous ces éléments qui font que nous n'arrivons plus à savoir ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas. Mais il existe des professionnels qui peuvent faire ce travail et il est important de soutenir ces métiers, de soutenir l'ensemble des médias, de service public et les autres, pour qu'ils bénéficient ensemble de parts de la redevance.

N'écoutez pas les voix qui cherchent à affaiblir l'éclat du joyau de notre pays: sa magnifique démocratie.