Glauser-Zufferey Alice · Nationalrat · 2017-12-05
Glauser-Zufferey Alice · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2017-12-05
Wortprotokoll
Je déclare mes liens d'intérêts: je suis une paysanne fâchée, soucieuse de l'avenir des familles paysannes et qui doit décider quelle position prendre quant à cette nouvelle initiative sur la souveraineté alimentaire.
Certes, le résultat de la votation sur l'initiative de l'Union suisse des paysans du 24 septembre dernier nous a été favorable, mais, Monsieur le conseiller fédéral, vous n'en avez pas tenu compte et vous nous avez roulés dans la farine en misant sur le fait que les paysans étaient tellement naïfs qu'ils croyaient encore que les paroles valaient de l'or et que, une fois dites, elles seraient respectées.
Vous nous avez bien dit qu'il n'y aurait pas d'accord de libre-échange avant que cela ne soit utile. A quoi cela aura-t-il servi que les consommateurs nous soutiennent en votation, nous assurant de notre importance pour la Suisse, pour l'alimentation de la population et la conservation du paysage? A quoi sert d'y croire puisque, lorsqu'il s'agira de fixer les conditions-cadres à ces décisions, les conditions d'exportation des machines, les relations internationales et la diminution de la protection douanière seront plus importantes pour le Conseil fédéral?
La paysannerie nourrit actuellement la population à près de 49 pour cent en taux d'approvisionnement net, ce qui est loin des 55 pour cent demandés le 24 septembre. Le solde restant est fourni par les marchés étrangers, qui - on le sait - ne sont pas soumis à nos standards de production, de protection de l'environnement et des animaux. On sait, par exemple, que les farines étrangères importées contiennent des traces de ce fameux glyphosate dispersé sur les blés peu avant la moisson.
Pour vous, Monsieur le conseiller fédéral, le monde est à l'ouverture, mais nous, nous exigeons de maintenir des protections douanières, car c'est ce que veut notre population, attachée à la qualité de nos produits, et c'est une question vitale pour nous. A quel point tenez-vous compte de l'actualité, Monsieur le conseiller fédéral? Savez-vous que les accords de l'OMC sont bloqués depuis des années et que pensez-vous du "Brexit"?
Toutes les organisations paysannes nous le répètent: nous ne résisterons pas à l'ouverture des marchés, car, par rapport aux produits étrangers, la production indigène sera toujours plus chère dans notre pays, qui est un îlot de cherté et de hauts salaires. Les prix pour le consommateur ne diminueront pas, preuve en est le principe du "Cassis de Dijon", qui n'a pas fait baisser les prix mais plutôt la qualité des produits.
Par ailleurs, quel avenir et combien d'années voulons-nous donner aux jeunes agriculteurs qui nous font l'honneur de reprendre nos exploitations? Nombre de celles-ci devraient disparaître selon la "Vue d'ensemble du développement à moyen terme de la politique agricole" adoptée par le Conseil fédéral, qui tire déjà des plans sur la comète pour réduire le nombre d'exploitations sous le méchant nom de "changement structurel". Selon les extrapolations du Conseil fédéral, sur 1700 exploitations transmises chaque année, près de 1300 cesseraient leur activité, avec les dommages collatéraux inhérents que cela suppose, comme l'abandon progressif et rapide des régions décentrées puisque les familles ne [PAGE 1953] pourront plus y travailler. Si des exploitations agricoles pourront se restructurer et fusionner avec leurs voisines dans les régions de plaine, comment notre conseiller fédéral en charge de l'agriculture peut-il se persuader que des entreprises industrielles réussiront mieux que des exploitations familiales, adaptées à la topographie des régions de montagne, où la mécanisation et la standardisation ne peuvent être de mise? Que dire des secteurs économiques et des professions qui se situent en amont et en aval de la chaîne de valeur agricole, comme les garagistes, les vétérinaires, les agronomes? Ces derniers verront leurs clients paysans disparaître et leur chiffre d'affaires diminuer et seront aussi touchés, bien qu'ils soient pourvoyeurs d'emplois dans la région.
Il est dangereux, pour ce secteur sensible, de trop vouloir expérimenter en matière de politique agricole. Edicter des ordonnances et prendre des décisions toujours nouvelles sur le dos des paysans est néfaste, ceci sans autre besoin réel que de tirer des leçons d'un rapport douteux. A vouloir faire travailler nuit et jour les paysans entre la ferme et des activités accessoires pour des salaires ne couvrant pas le prix de production en Suisse, les paysans seront finalement usés et dégoûtés. Il est connu, dans la branche, que lorsqu'un paysan arrête son métier, il ne le reprend pas. Nous pourrons alors regretter leur présence pour le tourisme, pour la santé des consommateurs, pour la souveraineté alimentaire et, peut-être, pour la souveraineté de la Suisse.
En définitive, l'initiative d'Uniterre pourrait être une alternative au rapport du Conseil fédéral.