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Bendahan Samuel · Nationalrat · 2017-12-14

Bendahan Samuel · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2017-12-14

Wortprotokoll

Je vais commencer mon intervention en déclarant mes liens d'intérêts: je suis membre du conseil d'administration d'une banque cantonale et d'un organisme qui fournit des microcrédits.

Vous connaissez peut-être la tendance à l'économie de partage. Vous avez une perceuse, vous l'utilisez à peu près 0,0001 pour cent de votre temps, et, le reste du temps, elle est chez vous sans que vous vous en serviez, elle n'est pas utile. L'économie de partage consiste à dire: je peux mettre ma perceuse quelque part et quelqu'un d'autre peut la prendre et l'utiliser pour faire un trou. C'est une bonne chose! C'est un domaine dans lequel les banques étaient un petit peu en avance, parce que lorsque vous allez déposer votre argent et que vous ne l'utilisez pas, autrement dit qu'il dort à la banque, quelqu'un d'autre - c'est vrai - peut l'emprunter et l'utiliser parce qu'il en a besoin. C'est une partie du travail des banques.

Paradoxalement, l'initiative Monnaie pleine vise à revenir en arrière sur cet aspect du travail des banques. Elle vise à ce que l'argent que vous n'utilisez pas ne soit pas utilisé par quelqu'un d'autre, il doit rester chez vous, comme s'il était dans un coffre-fort. Il est un peu dommage d'avoir cette vision, parce que tant que vous n'avez pas besoin de votre argent, si quelqu'un d'autre l'utilise, il n'y a pas vraiment de mal à cela.

Mais il y a une autre chose importante à relever par rapport au système bancaire. Pourquoi les banques ont-elles adopté ce système avant les autres? Si vous avez besoin de votre perceuse alors que vous l'avez prêtée à quelqu'un d'autre, vous ne pouvez plus rien faire, vous ne pouvez plus l'utiliser. Mais, dans le cadre bancaire, si vous avez mis votre argent à la banque et que quelqu'un l'utilise alors que vous en avez aussi besoin, vous pouvez quand même prendre votre argent. Pourquoi? Parce que les banques ont suffisamment de clients pour permettre cela.

C'est pour cela que, depuis longtemps, les banques peuvent prêter une partie de l'argent qui est laissé en dépôt chez elle sans que cela soit dangereux pour leurs clients. Et c'est vrai: il n'y a pas zéro risque, mais la plupart des risques ont été écartés par des techniques comme la garantie des fonds propres et par le fait que les banques ne prêtent évidemment pas l'intégralité absolue de l'argent qui est mis en dépôt chez elles. Le système est donc relativement sain et ne rencontre pas beaucoup de problèmes aujourd'hui.

Je me permets donc de poser une question importante à toutes les personnes qui seraient tentées de soutenir l'initiative Monnaie pleine. J'aimerais que l'on se méfie, parce que, d'une certaine façon, on a tous un peu l'envie de dire que, la finance nous ayant fait un peu de mal ces dix dernières années, c'est à notre tour de lui fixer des limites. Finalement, les banques ne se sont pas toujours bien comportées, donc on y va, on s'attelle au problème. Mais qu'a-t-on comme information selon laquelle l'initiative Monnaie pleine réglera quoi que ce soit des problèmes actuels?

J'invite les personnes qui pensent que cette initiative extrêmement compliquée, extrêmement confuse, serait la solution, à expliquer pourquoi. Malheureusement, depuis le début de ces discussions, personne n'a été capable d'expliquer pourquoi l'initiative Monnaie pleine réglerait les problèmes majeurs de notre société, pourquoi, si on l'acceptait, il n'y aurait plus d'inégalité et les pauvres seraient moins pauvres. Pourtant, c'est cela le problème aujourd'hui.

J'invite toutes les personnes qui, dans un élan d'enthousiasme contre les dangers de la finance, auraient envie de voter oui, à retenir leur vote et à le garder à l'esprit pour l'initiative 99 pour cent, par exemple, qui part du principe que les problèmes d'aujourd'hui sont dus à la mauvaise répartition des richesses. Le problème, c'est qu'il y a beaucoup de richesses, mais que celles-ci sont mal réparties entre les riches et les pauvres. Or l'initiative Monnaie pleine ne s'attaque pas à ce problème. Elle s'attaque directement au système monétaire et financier en partant du principe suivant: c'est un peu comme si vous conduisez votre voiture [PAGE 2160] et que, tout à coup, sur la route enneigée, vous avez une panne. Vous constatez que vous avez une panne, mais vous ne comprenez pas ce qui se passe. Alors, au lieu de regarder d'abord si vous avez encore de l'essence dans le réservoir, vous allez chercher dans le système électronique, à savoir dans les aspects les plus compliqués de votre voiture.

Commençons par les choses simples! Aujourd'hui, la solidité du système bancaire suisse n'est certes pas parfaite, mais elle est suffisamment forte pour pouvoir garantir qu'on n'ait pas de problème, par exemple, de "bank run" où tout le monde irait chercher son argent à la banque en même temps et en faisant s'effondrer le système.

Les problèmes que voudraient résoudre les initiants ne sont pas de grands problèmes de société, alors que les vraies discussions que nous devrions avoir au Parlement, devraient porter sur ceci: comment faire, dans un pays aussi riche que la Suisse, pour garantir le pouvoir d'achat de tout le monde? Malheureusement, cette initiative ne permet pas de répondre à cette question. En outre, la difficulté avec l'initiative Monnaie pleine, ce n'est pas seulement qu'elle ne résout pas les problèmes qu'on a, c'est aussi, à mon avis, lorsqu'on lit le texte de l'initiative, qu'on ne voit pas quels problèmes elle pourrait résoudre. Je ne vois pas quels problèmes de ces dix ou vingt dernières années auraient pu être résolus ou lesquels durant les dix prochaines années pourraient être résolus avec l'initiative Monnaie pleine telle qu'elle est formulée.

Comme énormément de personnes, y compris les plus grands spécialistes, ne sont pas capables d'expliquer pourquoi cela réglerait ces problèmes, je vous invite à recommander de rejeter ce texte qui, à mon avis, est un saut dans l'inconnu. Je suis d'accord de faire des expériences, mais quand on en fait, il faut les faire en ayant une certaine dose de certitude que cela peut fonctionner. Ici, il n'y en a point.