Mazzone Lisa · Nationalrat · 2018-03-01
Mazzone Lisa · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2018-03-01
Wortprotokoll
"Quand on partait de bon matin, quand on partait sur les chemins, à bicyclette", chantait Yves Montand, et tout le monde reprenait en choeur. Mais ces chemins sur lesquels on partait à bicyclette, où sont-ils justement? Aux Pays-Bas, au Danemark? Certainement.
Dans les années 1970, les Pays-Bas se sont mobilisés, suite à de nombreux accidents, pour inverser la tendance qui s'était installée avec l'avènement de l'automobile. En 1990, le gouvernement, se montrant précurseur, adoptait déjà un plan "Vélo" à l'échelle nationale. Il diffusait même un spot télévisé pour vanter les mérites de la petite reine et convaincre les citoyennes et les citoyens d'opter pour ce moyen de transport. Pionnier toujours, il a lancé en 2006 les premières autoroutes à vélos, comme il les appelle, où l'on peut pédaler sans discontinuer sur une distance allant jusqu'à 15 kilomètres.
Au Danemark aussi, les chemins pour les bicyclettes fleurissent. Un réseau de superpistes cyclables, grand luxe, de 300 kilomètres, disposé en étoile depuis Copenhague est planifié et continue de se construire.
L'Allemagne aussi a agi au niveau national. Avec son premier plan "Vélo", en 2002, renouvelé en 2013, le gouvernement fournissait un kit de lancement, c'est ainsi qu'on l'appelait, aux localités qui affichaient une part de modale de moins de 10 pour cent et qui avaient besoin d'un coup de pouce. La Suisse aurait pu recevoir elle aussi son kit de lancement!
Le vélo est bel et bien une solution pour les déplacements quotidiens. Le vélo fait bel et bien partie intégrante d'une politique de mobilité qui "tient la route". Il est rapide, efficace, flexible, peu encombrant, bon pour la santé, ne pollue quasiment pas. En donnant ses lettres de noblesse à la petite reine et en lui offrant enfin un tout petit trône dans la Constitution, la Confédération sert le bien commun. Cela relève non seulement de l'intérêt des cyclistes, actuels et futurs, mais aussi de l'intérêt de l'ensemble de la société. Plus de cyclistes, c'est moins de bouchons, moins de pollution et des coûts de la santé publique qui baissent.
La décision que nous prenons aujourd'hui introduit un changement de paradigme. C'est une façon de passer à la vitesse supérieure, celle qu'on atteint justement sur les autoroutes à vélos que j'ai mentionnées. "Autoroutes à vélos", le terme est intéressant, car il rappelle que la promotion du vélo doit aussi être une tâche supracantonale.
En inscrivant le vélo dans la Constitution, la Confédération deviendrait responsable d'une politique cohérente d'encouragement du vélo dans toute la Suisse. En faisant sa promotion financièrement ou par des mesures d'aménagement du territoire, du développement des voies cyclables et des infrastructures cyclistes, en garantissant la qualité des réseaux cyclables, elle permettrait à toujours plus de personnes de partir sur les chemins, avec ou sans Yves Montand. [PAGE 129]
On le sait, chaque nouvel aménagement convainc de nouveaux adeptes. Construire des voies cyclables, c'est permettre à plus de personnes de rouler. Ainsi, les Pays-Bas et le Danemark présentent une part modale du vélo très élevée; ainsi la Suisse est encore à la traîne. Le vélo a bien sa place dans la Constitution, et ce n'est pas trop tôt. Les Verts se réjouissent qu'il y ait un compromis sur ce point et que l'article consacré aux chemins et sentiers pédestres soit complété pour y intégrer le vélo, car le réseau suisse de chemins de randonnée est exemplaire grâce à la décision populaire de 1987 qui visait à inscrire dans la Constitution une réglementation des chemins pédestres. Cette réussite doit être transposée au vélo.
Les Verts soutiennent l'initiative depuis le début, car elle est nécessaire pour poser un cadre, une mission constitutionnelle, pour permettre à la Confédération d'agir à l'échelle nationale. L'initiative a deux avantages: elle ne se contente pas des loisirs mais inscrit aussi le vélo comme une solution efficace au quotidien et ne se contente pas de la formulation "peut". Avec de la bonne volonté, on peut, justement, obtenir de également grands effets. Pas de miracle: si l'on veut développer l'utilisation du vélo, il faut s'en donner les moyens, et les moyens passent aussi, souvent, par le portemonnaie. Si l'on est proche de ses sous, il faut voir qu'il y a un retour sur investissement, plusieurs études montrant en effet que les investissements en faveur du vélo permettent de faire des économies substantielles en matière de santé publique.
A l'heure actuelle, le seul levier pour que la Confédération s'engage en faveur du vélo sont les projets d'agglomération. Il est donc temps d'attribuer une nouvelle compétence à la Confédération, c'est pourquoi les Verts vous invitent à soutenir tant l'initiative que le contre-projet et comptent énormément sur votre bonne volonté.