Eggly Jacques-Simon · Nationalrat · 2000-03-14
Eggly Jacques-Simon · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2000-03-14
Wortprotokoll
Comme le rapporteur de langue française, j'ai été particulièrement heureux du vote du canton de Genève dimanche dernier. En effet, les auteurs de l'initiative cantonale "Genève, République de paix" auraient voulu que Genève affirmât sa vocation particulière spécifique pour la paix en se désolidarisant du reste de la Confédération et de sa politique de sécurité, qui, elle, aurait été marquée par un esprit de guerre. Cela, du point de vue confédéral, du point de vue éthique et du point de vue logique, était inacceptable. Le peuple genevois l'a compris et nous en sommes heureux.
Il a compris que, par exemple, la Genève internationale, qui joue un rôle diplomatique, qui joue un rôle humanitaire, cette Genève-là s'appuie sur la politique de sécurité de la Suisse dans son ensemble. Cela n'est pas un hasard si c'est le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports qui a soutenu le Centre de politique de sécurité, qui a soutenu la création du Centre international de déminage humanitaire et qui demain, veut être le support du Centre pour la paix.
Dans ce débat, je crois que la pensée centrale est la suivante: la paix est indivisible. L'effort pour la paix est indivisible. Il y a naturellement la coopération au développement. Il y a naturellement l'aide humanitaire. Il y a naturellement l'approche diplomatique, la possibilité, pour la Suisse, au sein de l'OSCE ou ailleurs, de concourir à la prévention des conflits. Il y a, à certains moments, ce que l'on pourrait appeler le droit sur la force, le droit pour la paix. Car enfin, le monde étant ce qu'il est, il arrive, à un moment donné, qu'il faille de la fermeté pour pouvoir ouvrir les chemins de la paix, sans quoi c'est éternellement la guerre et la violence.
On a vu aussi, ce n'est pas nouveau pour la Suisse, elle l'avait espéré au temps de la SDN, que l'idéal, c'est la sécurité collective. La sécurité collective, c'est un espoir, un rêve et en même temps un effort sans cesse recommencé et jamais, jamais accompli. Mais la Suisse doit assurément participer aux efforts collectifs, avec sa vocation particulière certes, mais elle doit y participer pleinement.
Ainsi, il ne peut plus s'agir pour la Suisse de simplement se spécialiser, Monsieur Gysin, dans ce que vous appelez l'approche civile. On ne peut pas non plus séparer l'approche civile de l'approche militaire. Il y a une conjugaison, il y a une connection. La question est de savoir quelle est l'articulation, à quel degré la Suisse doit s'engager pour respecter sa politique de neutralité.
Je crois que nous devons accepter cette vision d'ensemble. Cela ne veut pas dire qu'il faille tomber dans l'amalgame. Ce n'est pas parce que nous avons maintenant cette conception ouverte que, comme l'ont dit ceux qui sont contre l'entrée en matière ou pour le renvoi, ce serait un engrenage fatal pour l'adhésion à l'OTAN, que ce serait un engrenage fatal pour participer aux actions offensives, aux actions de guerre. Point du tout! Nous pouvons parfaitement, dans la continuité de notre politique - car il n'y a pas de rupture, il y a une [PAGE 201] continuité avec une ouverture, qui prend en compte les nouvelles réalités - participer aux actions collectives, mais sans participer aux actions offensives.
C'est en faisant confiance au Conseil fédéral - j'y reviendrai à propos de la proposition de minorité Haering -, en laissant une marge d'appréciation suffisante au Conseil fédéral, mais dans l'esprit de la politique extérieure suisse telle qu'elle a été affirmée et réaffirmée en décembre dernier lors du débat sur le rapport sur la politique de sécurité de la Suisse, c'est dans cet esprit que le groupe libéral entre en matière sur les deux projets avec conviction, avec confiance et avec espoir.