Lexipedia

Brélaz Daniel · Nationalrat · 2018-03-06

Brélaz Daniel · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2018-03-06

Wortprotokoll

Une motion de plus provenant de la Commission des finances, une motion de plus adoptée par 13 voix contre 12, c'est le forcing habituel du "moins d'Etat", comme diront certains, sauf pour moi.

Je voudrais tout d'abord vérifier quelque chose avec vous, à savoir si cette motion pourrait être considérée comme inutile puisque, effectivement, le Conseil fédéral a aujourd'hui déjà la possibilité, lors des négociations, de ne pas accorder la compensation du renchérissement. Alors pourquoi vouloir biffer toute disposition de ce genre? On peut estimer que, si la motion finissait par être acceptée, cela n'interdirait pas formellement au Conseil fédéral d'accorder la compensation du renchérissement dans des cas ciblés et avec l'accord du Parlement, l'intention étant que cela ne se produise jamais ou le moins souvent possible.

On a donc encore affaire à une situation où l'on veut montrer ses biceps: quand cela passe ici à la raclette, le projet casse ensuite au Conseil des Etats, mais on continue à creuser le même sillon. On est face au principe qui consiste à montrer, d'une part, que le personnel de la Confédération n'est pas vraiment estimé par la majorité des membres de la Commission des finances - mais pas de notre conseil, je l'espère - et à prétendre, d'autre part, que si, finalement, ces gens n'étaient pas là, cela irait tout aussi bien et qu'il faut leur donner le moins possible sur le plan salarial. Voilà un petit peu la philosophie de la majorité des membres de la commission.

En ayant géré une ville pendant 26 ans et demi, je sais que, de temps en temps, il faut prendre des mesures quand il y a de grosses difficultés financières, des mesures qui peuvent également toucher le personnel. Mais ce qui est certain, c'est que le faire de manière systématique, permanente et sans véritable utilité, uniquement pour montrer la non-estime qu'on a envers le personnel, est une faute politique grave pouvant conduire à la démotivation dudit personnel. Oh, cela ne se voit pas trop! Néanmoins, si on se retrouve dans le système dit soviétique, où l'on fait semblant de payer les employés qui font dès lors semblant de travailler, le rendement peut être nettement moins bon. Et bien sûr que dans cette optique, l'esprit de cette motion est complètement faux au regard d'une gestion moderne et efficace d'un personnel motivé, rendant les services qu'on lui demande à la Confédération.

Je voudrais encore préciser que lorsque cette motion a été traitée dans notre commission, alors que celle-ci venait d'étudier plus de 80 propositions de minorité dans le cadre de l'examen du budget 2018 que nous avions fini par mettre sous toit, on nous prédisait, comme d'habitude, des catastrophes financières. Les comptes 2017, que nous examinerons prochainement, démontrent que, une fois de plus, ces prédictions ne sont pas tout à fait confirmées.

Comme je l'ai déjà dit hier dans le cadre du traitement de la motion 17.3977 de la Commission des finances, "Modification de l'article 50 de la loi sur l'encouragement et la coordination des hautes écoles", qui a heureusement été balayée malgré le fait qu'elle avait obtenu un meilleur score que la présente motion au sein de la Commission des finances, les comptes et la planification financière de la Confédération montrent que, si on n'exagère pas très fortement avec des baisses d'impôts tous azimuts, la situation de ces prochaines années sera tout à fait raisonnable; ce ne sera pas une situation dans laquelle nous ferons face à des menaces.

Il s'agit donc d'un motif de plus pour ne pas accepter une motion qui, premièrement, est en grande partie inutile puisque, en cas de besoin impérieux, on peut aujourd'hui déjà ne pas compenser le renchérissement et qui, deuxièmement, constituera simplement un geste de plus pour essayer de démotiver le personnel de la Confédération.

Le bon sens d'un gestionnaire n'est pas d'encourager l'Etat dans l'Etat que devient parfois la Commission des finances, mais de réfléchir aux conséquences de ses actes. En ce sens, le groupe des Verts votera contre cette motion.