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Reynard Mathias · Nationalrat · 2018-03-14

Reynard Mathias · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2018-03-14

Wortprotokoll

J'ai le plaisir de partager le temps de parole, au nom du groupe socialiste, avec mon collègue Jacques-André Maire, comme nous venons tous deux de cantons particulièrement touchés par cette affaire, mais aussi très attachés au service de Car postal.

Il serait trop simple, dans cette affaire, de limiter la responsabilité de ces irrégularités à quelques dirigeants de Car postal. Le problème est beaucoup plus grave et concerne la logique de course au profit de la Poste. Cela est évidemment lié à la culture d'entreprise et au style de gestion imposé par la direction du géant jaune, qui croit diriger une multinationale, comme le rappellent d'ailleurs les salaires des dirigeants et leurs bonus. Cette vision a eu des conséquences importantes, concrètes ces dernières années: démantèlement des prestations, nette détérioration des conditions de travail, notamment pour les chauffeurs de Car postal d'entreprises partenaires, ou encore suppressions d'emplois massives dans le secteur du réseau postal.

Mais il serait trop facile de s'en laver les mains et de pointer du doigt la seule directrice de la Poste. C'est aussi de la responsabilité du politique, de notre responsabilité à tous, du Conseil fédéral évidemment, ainsi que du Parlement. Nous sommes, comme élus du peuple suisse, les propriétaires de la Poste et fixons les grandes orientations stratégiques et les objectifs de l'entreprise. En effet, en plus de la législation relative au réseau postal, la Confédération assigne tous les quatre ans des objectifs stratégiques à la Poste. C'est le politique, justement, qui a choisi d'exercer une forte pression au moyen d'exigences de rentabilité. Ainsi, chaque année, la Poste verse 200 millions de francs de dividendes à la Confédération. Les objectifs financiers fixés par la Confédération exigent de la Poste qu'elle "réalise un rendement conforme à la branche dans tous ses secteurs d'activité".

Il ne s'agit pas de s'opposer à ce que la Poste fasse des profits, si c'est pour les réinvestir et innover. Mais la recherche du profit à tout prix et des bénéfices record doit cesser. La Poste a un rôle de service public et des secteurs comme les transports régionaux ou le réseau postal ne devraient pas être soumis à une logique de rentabilité. L'affaire Car postal peut légitimement nous faire craindre des astuces comptables similaires touchant le réseau postal, afin de légitimer des fermetures d'offices par des déficits artificiellement gonflés dans ce domaine. Il y a dix ans, rappelons-le, l'autorité de régulation postale avait constaté de telles pratiques et des adaptations avaient alors été exigées.

En résumé, pour le groupe socialiste, il convient de remettre la population au centre, et non l'optimisation des bénéfices. L'affaire Car postal doit entraîner un changement de mentalité tant à la Poste qu'au Parlement et au sein du Conseil fédéral. Les récentes acceptations de motions contre le démantèlement du réseau postal dans les deux chambres nous prouvent que le vent est en train de tourner. Nous n'avons pas besoin de moins de gouvernance et de moins d'implication politique dans les entreprises liées à la Confédération; il serait en effet encore plus difficile d'agir si c'étaient des fournisseurs privés de prestations similaires qui étaient aux manettes. Nous avons besoin de plus de gouvernance, de plus de service public, d'un retour du politique de façon que celui-ci reprenne le dessus sur les logiques de course au profit.