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Béglé Claude · Nationalrat · 2018-03-15

Béglé Claude · Nationalrat · Waadt · CVP-Fraktion · 2018-03-15

Wortprotokoll

Les programmes de développement instaurés dans les pays pauvres permettent d'enclencher des modernisations. Mais il est clair que leur impact serait décuplé si, localement, il y avait davantage de personnes capables de prendre le relais. Mais pour cela il faudrait que les gens sachent au moins lire, écrire et compter, à savoir être au bénéfice d'une formation de base. Ce serait encore mieux s'ils pouvaient aussi recevoir par la suite une formation professionnelle de type dual, les préparant à un métier. Or il s'agit précisément d'un domaine où la Suisse a démontré une vraie compétence internationalement reconnue. La question posée est dès lors de savoir comment adapter ce savoir-faire aux conditions des pays moins développés pour en maximiser l'efficacité.

C'est ainsi que ce postulat, que le Conseil fédéral propose d'adopter, a pour but que la Direction du développement et de la coopération mette davantage l'accent sur l'éducation de base et la formation professionnelle dans les pays pauvres. La pauvreté engendre la pauvreté. C'est vrai en Suisse comme ailleurs. Aujourd'hui, 120 millions d'enfants, de six à quinze ans, ne vont pas à l'école, selon un rapport de l'Unesco de 2015. 30 millions d'entre eux sont du continent africain. Il s'agit principalement d'enfants ouvriers qui aident leurs parents, de filles à donner en mariage précoce ou d'enfants des régions en conflit, comme dans le nord du Mali, où 150 000 enfants ne vont pas l'école en raison de l'insécurité persistante.

Les conséquences en sont connues: ces garçons non scolarisés deviennent des adultes analphabètes, pour qui tout apprentissage professionnel s'avère ensuite difficile, voire impossible. Ces filles non scolarisées tombent rapidement enceintes et voient souvent leur vie cantonnée à la maternité et aux travaux domestiques. Le taux de natalité au Niger, un des pays les plus pauvres du monde, est ainsi de sept enfants et demi par femme. Il est clair qu'une population peu ou pas formée peinera à donner les impulsions nécessaires pour sortir le pays de la pauvreté.

Tout ou presque y fonctionne de manière rudimentaire, quasiment sans infrastructures, sans administration, sans production agricole, sans petites entreprises, etc. Dès lors, les jeunes de ces pays auront aussi du mal à imaginer leur avenir dans un contexte aussi peu stimulant, surtout lorsqu'ils voient sur l'écran de leur téléphone ce que les pays dits riches semblent pouvoir leur offrir. C'est pourquoi il faut aider ces pays à sortir du cercle vicieux de la pauvreté en favorisant l'éducation pour tous. Ce qui est, rappelons-le, l'un des 17 Objectifs de développement durable de l'Agenda 2030 de l'ONU.

L'éducation est aussi une priorité du message sur la coopération internationale 2017-2020, qui prévoit, comme l'a [PAGE 475] précisé le Conseil fédéral dans son avis, d'augmenter de 50 pour cent les moyens consacrés à l'éducation de base et à la formation professionnelle par rapport au message pour la période 2013-2016. Les enjeux sont énormes: scolariser tous les enfants; faire en sorte que tous les enfants scolarisés terminent leur cursus de base; faire en sorte que le niveau d'enseignement soit d'une qualité suffisante; offrir des possibilités de formation professionnelle débouchant sur un métier. Concrètement, il s'agit d'étudier comment adapter l'expérience du système suisse au contexte spécifique des pays en question. Cela concerne l'école obligatoire, en s'appuyant sur certaines compétences développées dans les écoles suisses tout en les adaptant aux conditions locales: gouvernance décentralisée, participation active des parents, forte capacité d'intégration d'enfants issus de groupes sociaux, culturels et linguistiques fort variés, programme complet stimulant les compétences cognitives, méthodologiques ou sociales des uns et des autres, établissement de passerelles afin de permettre à chacun de progresser à son rythme.

Ce tronc commun devrait se poursuivre par une formation professionnelle de type dual, en salle de classe et sur le lieu de travail, avec la forte adéquation d'un tel système aux besoins des entreprises locales. Les bénéfices attendus sont les suivants: au niveau social, cela permettrait d'augmenter le taux de scolarisation, d'uniformiser la qualité de la formation, de permettre aux jeunes femmes de s'intégrer dans la vie active et de renforcer la cohésion sociale entre les régions. Au plan économique, cela favoriserait le développement d'un tissu de PME locales, l'autonomie financière des agriculteurs et la baisse du chômage. On peut ainsi espérer un meilleur ancrage de la population sur place et donc moins de candidats à la migration.

La Direction du développement et de la coopération a lancé en mai 2017 une réflexion allant dans ce sens. En approuvant ce postulat, le Conseil national soutiendrait la mise en oeuvre du message sur la coopération internationale 2017-2020 et permettrait surtout de mettre en valeur l'une des compétences majeures de la Suisse: la scolarisation de base et la formation professionnelle.