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Savary Géraldine · Ständerat · 2018-06-14

Savary Géraldine · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2018-06-14

Wortprotokoll

Le 30 octobre 2017, l'Agence télégraphique suisse (ATS) et Keystone ont fusionné pour former, à partir du 1er janvier 2018, une nouvelle entité baptisée Keystone-ATS. L'agence de presse Austria Presse Agentur, la plus importante d'Autriche, est alors entrée dans le capital de la nouvelle société pour en devenir le plus grand actionnaire. Le 8 janvier dernier, sans coup férir, la direction de l'entreprise annonce que près de 40 emplois sur un total de 150 seront supprimés. Y a-t-il des explications, à ce moment-là, pour justifier qu'un quart des postes environ soient supprimés? Y a-t-il une nouvelle stratégie de développement de l'entreprise? Y a-t-il des collaborations avec d'autres acteurs médiatiques? Y a-t-il des partenariats annoncés? Y a-t-il des offres nouvelles pour les clients? De la formation continue, plutôt que des licenciements, est-elle envisagée pour les collaborateurs? Y a-t-il la garantie, parallèlement à l'annonce faite en début d'année, que les régions linguistiques minoritaires seront toujours aussi bien couvertes par la nouvelle entreprise? Un certain nombre de questions importantes ont été posées au moment de l'annonce des licenciements, et toutes les questions que je viens d'énoncer, qui trouvent leur origine à ce moment-là, restent à ce jour sans réponse.

A cette cure d'amaigrissement s'ajoutent celles des rédactions des médias de presse dans à peu près toutes les régions du pays ainsi que la disparition brutale de titres au Tessin ou en Suisse romande. Je pense en particulier à l'annonce très récente de l'arrêt de la publication de l'édition imprimée du quotidien "Le Matin", après 125 ans d'existence. Ce journal, à peu près tous les Romands le lisent tous les jours ou très régulièrement; c'est un journal qui a fait partie de nos vies, de nos quotidiens. Or nous n'avons pu que prendre acte de la disparition de ce titre qui existe depuis 125 ans.

A l'aune de ce que je viens de vous dire, mon postulat paraît extrêmement dérisoire, tout comme d'ailleurs paraissent dérisoires les interventions politiques possibles pour faire en sorte que la diversité médiatique se maintienne.

Ce qui est en jeu ici, indépendamment de mon postulat, c'est la diversité des médias et des opinions; c'est la pluralité des identités et des cultures; c'est la multiplicité des points de vue; c'est l'indépendance des médias face aux pressions politiques, ainsi que l'existence d'une profession, celle de journaliste. On peut considérer que, avec la situation de l'ATS, la fermeture du Matin, l'affaiblissement d'un certain nombre de rédactions, qui sont des lieux où les journalistes apprennent leur métier, celui d'informer, de raconter le monde, de le rendre accessible et compréhensible à la population, si la qualité des médias en Suisse reste bonne - il faut quand même le souligner -, on se demande comment l'avenir de cette profession pourra se construire.

Concernant l'ATS, mon postulat charge le Conseil fédéral d'analyser deux pistes. La première, c'est d'octroyer une contribution à l'ATS, par le biais d'une ordonnance, moyennant un contrat de service public avec, sans doute, un montant supérieur à celui qui a été évoqué par le Conseil fédéral. La seconde piste, c'est d'analyser l'idée de faire de l'ATS une agence des médias suisses en lui octroyant un mandat de service public sur le même modèle et/ou en collaboration avec la SSR/SRG.

La réponse du Conseil fédéral est très claire. Il rappelle qu'il travaille déjà sur la question de l'ordonnance et qu'il va lancer, tout prochainement, la consultation concernant la loi sur les médias électroniques et, dans le cadre de cette consultation puis dans le cadre du travail et des discussions parlementaires, on aura sans doute l'occasion de discuter, de réfléchir, de débattre et d'évoquer des pistes en matière de soutien aux médias dans notre pays.

A mes yeux, demander une étude supplémentaire par le biais de ce postulat n'est pas indispensable. Je considère que le Conseil fédéral travaille déjà sur le sujet, qu'il présentera des propositions dont nous pourrons nous saisir. Pour ces raisons et en tenant compte de la réponse du Conseil fédéral, je vous propose de retirer mon postulat.

Je souhaite toutefois conclure ma brève intervention, en considérant - je le répète - que les moyens à disposition du monde politique sont quand même très limités. Je trouve toujours intéressant et parfois étonnant que, au moment où un journal disparaît, au moment où il y a des réductions de postes, le monde politique est chaque fois sollicité pour donner son avis, alors que les moyens que nous avons à notre disposition sont - je le répète - modestes.

Je pense qu'on devra à terme tenir un vrai débat avec la population. Pourquoi ne pas modifier la Constitution fédérale pour y inscrire le principe d'une aide directe? Il y a d'ailleurs des projets qui vont dans ce sens. On est véritablement dans un paysage médiatique en plein bouleversement. Si on souhaite pouvoir continuer à faire notre travail en ayant un contact avec la population, avec la contribution de journalistes bien formés qui connaissent leur métier, qui expliquent la politique et qui décrivent la pluralité des opinions, on devra avoir un vrai débat, très large, sur l'avenir de nos médias en Suisse.

Donc je retire mon postulat. Je me réjouis du débat au sujet de la loi sur les médias électroniques. Je remercie le Conseil fédéral pour sa réponse.