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Hêche Claude · Ständerat · 2018-06-14

Hêche Claude · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2018-06-14

Wortprotokoll

Soutenir la presse écrite et locale est pour moi une évidence et une urgence. Les journaux dits traditionnels font la richesse et la diversité des opinions du pays. Or, l'actualité récente nous prouve une fois encore à quel point ils sont en danger. Notre devoir est de les soutenir de manière intelligente, coordonnée et, surtout, efficace. Le journalisme de qualité est en péril, et il faut trouver des moyens de lui apporter un soutien qui soit équitable, quel que soit le média utilisé, pour autant qu'il réponde en particulier à des critères de qualité. Il ne s'agit donc nullement de maintenir des titres sous perfusion, mais de leur donner les moyens de lutter à armes égales dans le monde médiatique.

Mais - il y a un mais - il ne faut pas prendre de raccourcis "hasardeux" pour y arriver. L'interprétation du résultat d'un vote est à mes yeux un exercice périlleux, qui repose parfois plus sur des composantes subjectives que sur des faits objectifs. Le seul fait indéniable qui ressort de la votation sur l'initiative "No Billag", c'est le refus net et tranchant de supprimer la redevance radio et télévision. Rien ne permet de dire qu'il faut partager cette redevance, ce gâteau en quelque sorte, puisque bien des garnitures lui ont déjà été enlevées.

Il a déjà été décidé, et cela a été rappelé par l'auteur de la motion, de limiter le produit de la redevance à 1,2 milliard de francs. L'effort demandé n'est pas négligeable. Sous prétexte d'une interprétation du résultat de la votation, nous ne pouvons pas nous permettre d'extrapoler la volonté des électrices et des électeurs en essayant de couper encore plus dans les montants attribués. Prendre sur la part réservée à la SSR et aux télévisions et radios locales pour donner plus à la presse écrite reviendrait à aggraver la situation des deux domaines.

Mais nous nous rejoignons sur le fond: la presse écrite doit être soutenue. Il faut cependant trouver l'argent sans prendre au collègue d'à côté. Il y a des pistes, et les derniers comptes de la Confédération nous prouvent que nous avons encore une marge de manoeuvre. La presse écrite est soumise à des distorsions de concurrence et, dans cette logique, c'est l'aide indirecte à la presse qui devrait être augmentée. Et cette augmentation doit être significative pour donner enfin aux journaux locaux et régionaux les moyens d'offrir de la qualité, et sur papier et sur les supports numériques. Reconnaître le rôle de service public de la presse écrite est un besoin immédiat et fondé sur la réalité, dans les régions comme la mienne, mais également dans les Grisons et en Valais, je dirai même partout dans notre pays. Toutes ces régions doivent en plus payer leur éloignement des centres par des prix plus élevés. Prendre en compte ces données nécessite un investissement conséquent de notre part, et je puis vous assurer que la démocratie joue dans ce domaine une carte importante.

Mais pour pouvoir mener une vraie réforme, qui est urgente - et je suis d'accord avec l'auteur de l'interpellation -, pour arriver à une modification qui tienne compte des besoins de la presse écrite, il faut modifier les dispositions légales ou en créer sans toucher à la Constitution. Ainsi, nous atteindrons notre but commun en empruntant un cheminement clair et respectueux de notre législation.

En résumé, je suis d'accord à cent pour cent sur l'objectif final, mais je ne suis pas d'accord sur le moyen d'y arriver tel qu'il est préconisé dans la motion. On ne peut pas couper la poire en deux, on doit simplement ouvrir le porte-monnaie fédéral.