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AB 23324

Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2002-06-20

Wortprotokoll

Le groupe écologiste est très déçu du projet de loi que le Conseil fédéral nous présente comme contre-projet indirect aux deux initiatives populaires.

Comme le mouvement antinucléaire qui se bat avec constance, avec raison et avec succès depuis plus de trente ans, comme une proportion de plus ne plus importante de la population, il est même extrêmement déçu que le Conseil fédéral ait renoncé à s'engager dans la voie de sortie du nucléaire. L'Allemagne l'a fait, sa dernière centrale fermera en principe ses portes en 2021. L'Autriche, la Belgique, la Suède ont également pris cette décision.

Au contraire, la loi que nous présente le Conseil fédéral, loin de remplir cette attente, apparaît comme une loi de promotion nucléaire ou plutôt, je devrais dire, comme une loi de sauvegarde d'un parc de vieilles centrales rafistolées.

Contrairement aux initiatives, ce projet de loi n'esquisse aucune perspective d'avenir, ne prend aucune option pour une alternative au nucléaire, ne prend pas en compte les risques d'aujourd'hui et fait semblant que le problème des déchets peut être résolu techniquement, alors que tout le monde voit bien que les populations concernées s'opposent avec constance à les recevoir chez elles. Nous reviendrons lors de l'examen de la loi sur cette question des déchets, ainsi que sur la sauvegarde des droits des citoyens que ce projet menace.

Mais, pour l'heure, j'aimerais m'arrêter un instant sur la question des risques. Je ne voudrais pas reparler de Tchernobyl, ni du 11 septembre 2001, sauf peut-être pour noter que la sécurité totale que prétendent assurer les exploitants par rapport à la chute d'un avion sur la centrale nucléaire de Gösgen, par exemple, se teinte de nuances quand on les interroge un peu plus à fond. Ils admettent alors que la centrale nucléaire de Gösgen résisterait, pour autant que l'avion la percute à une vitesse raisonnable! C'est une recommandation à faire aux éventuels terroristes!

En fait, ce qui me frappe surtout, c'est que les incidents dans les centrales ont doublé en 2001 et qu'on en a compté 18 rien qu'en Suisse. Des incidents sans gravité, me dira-t-on. Bien sûr! Mais tous les experts s'accordent à dire que ce sont des petits incidents imprévus ou une série de défaillances et de manoeuvres inappropriées qui peuvent déclencher une chaîne d'événements menant à une catastrophe majeure.

Très récemment, la centrale américaine de Davis-Besse a frôlé la catastrophe. Une fuite d'acide borique, découverte par hasard, avait rongé le couvercle de la cuve sous pression du réacteur sur 15 centimètres de profondeur. Un centimètre de plus, et c'était le trou et le désastre! Or, chez nous, les centrales de Beznau sont exactement du même type. Sous la pression de la rentabilité économique, les exploitants de Davis-Besse ont remis en route leur réacteur, après un bricolage en guise de réparation.

Chez nous, dans la perspective de la libéralisation du marché de l'électricité, il n'est pas certain non plus que les investissements en faveur de la sécurité soient privilégiés. Comme le disait un représentant des producteurs dans un colloque, à l'avenir, les centrales suisses pourraient bien être "aussi sûres que nécessaire, mais pas aussi sûres que possible".

Un autre point qu'il nous importe de souligner, c'est l'importance que revêt, à nos yeux, l'évaluation globale de la [PAGE 1066] possibilité et des avantages qu'il y a à se passer du nucléaire. Les exploitants articulent le chiffre de 62 milliards de francs que coûterait l'abandon du nucléaire. A nos yeux, c'est une hypothèse irréaliste, car injustement fondée sur l'idée que le remplacement des 40 pour cent d'électricité nucléaire produits actuellement ne se ferait que par du solaire et de l'énergie éolienne. C'est comme si l'on disait, à cause de la vache folle, qu'il faut remplacer la viande de boeuf par du caviar. Or, il faut voir qu'il y a d'autres sources d'énergie disponibles, sans compter les économies. Par exemple, si 20 pour cent des chaudières à mazout étaient remplacées par des installations de couplage chaleur-force avec pompe à chaleur, la moitié du courant nucléaire serait déjà remplacée.

En conclusion, le groupe écologiste estime que les deux initiatives populaires "Moratoire plus" et "Sortir du nucléaire" constituent la meilleure solution pour faire admettre une fois pour toutes que les centrales nucléaires sont une erreur du développement technologique moderne. Vu que des centrales existent cependant, il estime qu'une base légale est nécessaire, alors que celle-ci n'existe pas encore aujourd'hui.

Par conséquent, le groupe écologiste soutiendra les propositions de minorité Schmid Odilo (projet 1) et Wyss (projet 2) ainsi que la proposition de la minorité I (Teuscher) de renvoi au Conseil fédéral (projet 3).

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