Béglé Claude · Nationalrat · 2018-09-19
Béglé Claude · Nationalrat · Waadt · CVP-Fraktion · 2018-09-19
Wortprotokoll
La migration vers la Suisse a explosé dans les années 1960, avec l'arrivée d'Italiens, d'Espagnols, de Portugais, d'Allemands et de Français. Puis il y a eu ceux qui ont fui la guerre des Balkans dans les années 1990. C'était, là encore, des gens de culture européenne. La plupart de ces personnes ont appris notre langue, ont trouvé un travail, et se sont intégrées assez facilement.
Depuis les années 2010, la plupart des migrants viennent du Moyen-Orient ou d'Afrique. Certains fuient la guerre, la persécution; ils aspirent au statut de réfugié, tandis que d'autres cherchent à échapper à la pauvreté endémique. Et, contrairement à la précédente vague de migrants, ces personnes ont une culture plus éloignée de la nôtre. Une étude autrichienne parue en 2017 recense ces différences. Il en ressort que le choix du pays d'accueil est souvent le fruit du hasard, même si 50 pour cent des migrants pensent ne pas rentrer chez eux; que les liens sociaux ou linguistiques avec le pays d'accueil sont souvent ténus; que l'émancipation de la femme compte moins pour eux, et que la dimension religieuse peut s'avérer importante. Autant dire que l'intégration culturelle de ces personnes sera plus difficile. Il s'agit de les aider à se familiariser avec les codes, les habitudes, les procédures de notre société. A eux de faire l'effort de s'intégrer, tout en affrontant les préjugés tenaces émanant de larges couches de notre société.
Plusieurs mesures misent sur le bénévolat pour favoriser ce travail d'intégration, comme l'indique le Conseil fédéral dans son avis en réponse au postulat. Le programme de mentorat 2014-2016 a permis d'aider 2700 personnes à trouver un travail ou une formation avec le soutien du Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), ceci avec un budget de 2 millions de francs. Le programme pilote "Encouragement précoce de la langue 2018-2021", également financé par le SEM, compte aussi sur les bénévoles pour aider les requérants d'asile à atteindre un niveau basique en français en douze mois. Le programme "Contakt-citoyenneté" encourage les projets citoyens favorisant l'intégration culturelle des migrants; il est soutenu par le Pour-cent culturel Migros et la Commission fédérale des migrations.
Le projet "Dialogue en Route" permet à des jeunes spécialement formés d'instaurer un dialogue interreligieux dans des classes et différents groupes. Enfin, chaque canton dispose depuis 2014 d'un programme cantonal d'intégration, financé au deux tiers par la Confédération et pour un tiers par les cantons et les communes, et dont le budget annuel cumulé avoisine 115 millions de francs - ce n'est pas rien.
Beaucoup de choses sont donc en route. Mais l'ampleur de la tâche est telle que les mesures actuelles d'intégration méritent d'être renforcées. En effet, parmi les réfugiés reconnus, un sur deux est toujours sans emploi après dix ans. Cette proportion est de trois quarts pour les personnes admises à titre provisoire, le principal problème étant que ces personnes ne sont pas adaptées au marché du travail suisse. Cela pèse évidemment sur l'aide sociale. En 2016, plus de 85 pour cent des réfugiés et des demandeurs d'asile ont bénéficié de l'aide sociale, soit environ 81[NB]000 personnes, selon l'Office fédéral de la statistique. Ces personnes représentent [PAGE 1492] 30 pour cent du total des bénéficiaires de l'aide sociale, ce qui a été largement dénoncé par la Conférence suisse des institutions d'action sociale. Depuis décembre dernier, des mesures ont été lancées. Le SEM a mandaté un délégué pour promouvoir l'emploi des réfugiés auprès des entreprises. Un programme pilote permet depuis cette année à 1000 réfugiés et personnes admises à titre provisoire de suivre un préapprentissage.
Face à cet immense défi de l'intégration, je propose une petite action supplémentaire, essentiellement symbolique, la création d'un réseau d'ambassadeurs bénévoles de l'intégration, en l'occurrence des migrants ayant bien réussi à s'intégrer et pouvant servir d'exemple à d'autres. C'est une action qui a l'avantage d'aller dans le bon sens pour un coût quasi nul. Avoir des réfugiés bien intégrés, qui témoignent dans des classes, des associations, des entreprises, permettrait d'enclencher des cercles vertueux pour tous. Ils montreraient que suivre une formation porte ses fruits, que l'ouverture d'esprit de notre pays est à respecter, que s'engager pour des valeurs démocratiques en vaut la peine. J'ai la conviction qu'en montrant l'exemple on peut susciter des vocations, qu'on permet de surmonter les craintes, qu'on peut donner confiance.
En conclusion, avoir des ambassadeurs bénévoles de l'intégration ne saurait bien sûr constituer en soi seul la solution miracle pour résoudre le problème de l'intégration. En revanche, cela contribuerait à renforcer notre cohésion et à affirmer nos valeurs.