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Béglé Claude · Nationalrat · 2018-09-26

Béglé Claude · Nationalrat · Waadt · CVP-Fraktion · 2018-09-26

Wortprotokoll

J'ai déposé en septembre 2016 ce postulat dont le but est d'étudier le soutien à la création d'une formation de "fablab manager" - drôle de nom! Dans sa réponse, le Conseil fédéral indique que les établissements de formation sont les mieux à même de juger des besoins d'enseignement et que l'offre est suffisante. Je voudrais toutefois insister sur les enjeux de la fonction de "fablab manager", qui vont bien au-delà d'une formation purement technique.

Rappelons tout d'abord que les fablabs sont des lieux magiques pour l'innovation. Historiquement, les fablabs sont nés il y vingt ans au Massachussets Institute of Technology, l'université de référence mondiale en termes de technologies de pointe. L'essor de ces laboratoires de fabrication est directement lié à celui du numérique, à l'apparition des machines à commande digitale telles que les machines de découpe au laser, les fraiseuses à contrôle numérique ou les imprimantes 3D. Ces machines simplifient considérablement la conception et la réalisation de toutes sortes d'objets en bois, plastique, métal ou carton. On trouve ces machines dans les fablabs pour fabriquer des prototypes, reproduire des pièces détachées cassées, créer des sculptures, etc. Ces ateliers ont la particularité d'être ouverts à tous, aussi bien aux bricoleurs du dimanche qu'aux inventeurs, aux entrepreneurs ou aux designers.

Aujourd'hui le réseau international des fablabs ne cesse de croître et on en compte 1316 dans le monde, dont 183 aux Etats-Unis, 162 en France, 140 en Italie, mais seulement 18 en Suisse. Les fablabs sont très intéressants, car ils renforcent la culture de l'innovation industrielle. En Suisse les choses bougent. La Haute Ecole pédagogique Vaud met à disposition un fablab mobile pour les écoles. En Valais, un partenariat regroupe les écoles techniques autour du fablab de Sion. Le plus grand fablab de Suisse a été inauguré à Bienne en 2017, mais il occupe seulement 300 mètres carrés.

Parallèlement, certaines entreprises industrielles ont créé leur propre fablab, notamment en France avec Renault, Airbus, Air Liquide ou Bouygues. A chaque fois, l'objectif est de stimuler l'innovation en sortant les employés de leur routine, en simplifiant les relations entre chercheurs et managers, en créant des maquettes pour mieux convaincre, en raccourcissant les délais de mise sur le marché. Ainsi l'enjeu des fablabs, pour ces entreprises, n'est plus de créer des objets, mais, par exemple, de changer l'état d'esprit par rapport à l'innovation, de pousser les experts à demander de l'aide et à interagir, de remettre les outils dans les mains des ingénieurs ou d'encourager la créativité et la polyvalence des employés. Autrement dit, l'innovation ne repose plus uniquement sur l'équipe de recherche et développement mais sur chaque collaborateur de l'entreprise. C'est pourquoi, si l'on veut vraiment tirer parti de cette nouvelle dynamique de l'innovation, il faut que la Suisse ait une vraie formation de "fablab manager".

La Suisse offre de bonnes formations techniques, nous le savons tous, comme celles mentionnées par le Conseil fédéral dans sa réponse: MAS en design créé par l'EPFL et l'Ecole cantonale d'art de Lausanne, deux bachelors en design de la Haute Ecole zurichoise et de la Haute Ecole de Lucerne. Signalons aussi un très bon master en "interaction design" à l'Université de la Suisse italienne à Lugano. Mais avoir une bonne formation technique ne suffit pas, il faut aussi être un manager. Plus que de prodiguer des conseils techniques, il faut pouvoir encadrer des utilisateurs aux profils très divers, enseigner les nouvelles technologies, gérer les finances du fablab, maîtriser les questions d'assurance liées aux machines, etc.

Aux Etats-Unis, le MIT propose une formation de "fablab manager". En France, le diplôme de métier de facilitateur attire de nombreux candidats, des salariés qui souhaiteraient implanter un fablab dans leur entreprise, des consultants de l'innovation, des gérants de fablab qui souhaiteraient se professionnaliser. En Suisse, tous les fablabs fonctionnent actuellement sur une base purement bénévole. C'est pourquoi, je pense que la Suisse aurait tout intérêt à renforcer son offre dans ce domaine à la fois dans les formations existantes et avec une formation spécifique incluant les aspects du management.

En conclusion, je retire mon postulat sous sa forme actuelle, je vais le mettre à jour, compte tenu des nouvelles mesures prises entre-temps et présenterai une nouvelle proposition en vue de stimuler l'innovation de façon concertée entre Confédération, cantons, hautes écoles et secteur privé.