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Bendahan Samuel · Nationalrat · 2018-12-12

Bendahan Samuel · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2018-12-12

Wortprotokoll

Je déclare mes liens d'intérêts: je suis président d'une société coopérative d'habitation qui s'appelle Le Bled et qui est active dans la ville de Lausanne.

La spéculation dans le domaine immobilier est particulièrement néfaste, et je vais vous expliquer pourquoi. C'est en définitive pour des raisons qui sont souvent invoquées par la droite, à savoir le besoin de véritable concurrence dans un domaine comme le marché de l'immobilier. La véritable concurrence, ce n'est pas simplement une situation dans laquelle les mêmes acteurs se font concurrence et constituent une espèce de faux cartel, mais c'est une réalité de différents types d'acteurs qui peuvent proposer ensemble des produits différents, et c'est le droit pour les consommateurs de choisir dans quels types de logement ils veulent pouvoir vivre, plutôt que d'être à la merci de quelques investisseurs qui font la même chose, c'est-à-dire maximiser leur profit.

Le problème, aujourd'hui, c'est que l'on a affaire à un monopole, ou en tout cas à une situation de position très dominante d'acteurs qui détiennent, avec de l'argent, des propriétés. Où cela va-t-il nous mener? Eh bien, je connais quelqu'un, dans un autre pays que le nôtre, qui, à cause du pouvoir énorme des gérances, a dû, pour obtenir un appartement, donner non seulement les informations que l'on donne ici en Suisse, mais encore plus. Cette personne a ainsi dû fournir son relevé de compte bancaire, muni de tous les détails - chaque ligne, chaque dépense - parce qu'il fallait que la gérance puisse voir exactement comment cette personne vivait; elle a aussi dû transmettre des lettres des gérances précédentes qui disaient qu'elle était une personne qui paie bien son loyer, qu'elle était quelqu'un de bien. En fait, si les gérances privées à but lucratif en venaient à détenir le marché, nous ne bénéficierions plus du tout du droit de nous loger, alors qu'il s'agit d'un droit fondamental pour nous, d'avoir un toit. Et quand je dis "pour nous", je fais référence à l'ensemble de la population de notre pays. [PAGE 2141]

L'initiative met en oeuvre ce droit en permettant à de nouveaux acteurs d'émerger et de proposer des logements meilleurs. Ces logements, ce sont notamment ceux des coopératives d'habitation ou les logements d'utilité publique. Ce qui est fou, c'est que si on dit non à cette initiative, on dit non à plus de logements pour moins cher et de meilleure qualité. Comment peut-on dire non à cela? Pourquoi l'initiative permet-elle de proposer des logements meilleurs? Parce que si nous n'encourageons pas des acteurs porteurs de valeurs à construire des logements, il n'y a pas que le problème que des gens n'arrivent pas à se loger, mais il y a aussi celui que les logements sont faits de manière beaucoup moins rationnelle. Aujourd'hui, les acteurs comme les sociétés coopératives ou d'autres acteurs à but d'utilité publique sont particulièrement attentifs à l'écologie, à la densification du bâti. Cela a un impact non seulement sur la politique du logement, mais aussi sur la politique des transports.

Les logements que proposent les coopératives d'habitation, que proposent des acteurs d'utilité publique, sont réfléchis autrement. Ils permettent par exemple de loger la population âgée, de créer plus de mixité sociale, de mélanger propriétaires et locataires. En fait, ce à quoi vous renoncez en proposant le rejet de cette initiative, c'est à l'innovation, c'est à la capacité pour de nouveaux acteurs de proposer autrement et de proposer mieux. Cela revient à garder les choses à l'ancienne, à encourager un monopole qui fait qu'aujourd'hui les locataires représentent un pouvoir extrêmement faible sur le marché du logement.

Si nous avons une sensibilité pour ce que seront les besoins futurs, nous devons permettre à ces nouveaux acteurs d'émerger. En gros, du point de vue économique, ce que vise cette initiative, c'est une seule chose: donner aux non-riches le droit d'entreprendre dans ce pays, donner la possibilité à des gens qui veulent construire du logement, qui veulent s'engager dans ce domaine de le faire même s'ils ne sont pas millionnaires ou milliardaires. Ce droit d'entreprendre est la première noblesse de cette initiative dans un pays libéral comme le nôtre.

De plus, il y a un autre aspect: donner à chacune et à chacun le droit de se loger de façon juste, à un prix correct. Je ne sais pas si vous avez regardé cela attentivement, mais vous connaissez tous ce phénomène: les taux des intérêts hypothécaires baissent, mais les loyers ne baissent pas. Par contre, quand les taux hypothécaires augmentent, boum! les loyers explosent. Nous avons une situation dans laquelle les locataires se sentent tellement faibles face aux propriétaires qu'ils n'osent même pas revendiquer suffisamment leurs droits aujourd'hui. Permettre à des acteurs respectueux des locataires, plus démocratiques d'émerger et de réaliser des projets de qualité, dont on sait qu'ils seront souvent mieux que les projets qui sont proposés par ceux qui ne cherchent que le profit à travers eux, ne fera qu'améliorer la concurrence. Je pense que vous êtes d'accord dans cette salle pour dire que la concurrence, ici, serait une bien bonne chose.