Page Pierre-André · Nationalrat · 2019-06-19
Page Pierre-André · Nationalrat · Freiburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2019-06-19
Wortprotokoll
"Sans eau, nous ne pouvons pas vivre." Je partage cette vérité, extraite des arguments de l'initiative pour une eau potable propre.
"La terre nous l'offre, propre et gratuite": quant à cette autre phrase des mêmes arguments de cette même initiative, non seulement je la partage, non seulement j'y souscris, mais plus encore j'aimerais dire, au nom du monde agricole, qu'il y manque la suite. Et tous les agriculteurs de notre pays en ont pleinement conscience. Ils travaillent déjà aujourd'hui à maintenir notre eau propre et potable, parce qu'ils connaissent bien la valeur de l'eau et son rôle. Voilà ce qu'il faut dire, en introduction à cette discussion autour de ces deux initiatives.
Oui bien sûr, elles ont le mérite de la noblesse de la réflexion. Mais elles manquent cependant totalement de réalisme, de pragmatisme et sont beaucoup trop extrêmes. Nous devons donc nous y opposer, et même sans leur opposer de contre-projets.
Comme souvent avec ce genre d'initiatives aux couleurs vertes, ou bleues maintenant, aux accents de protection de la nature et de notre environnement, les propositions qui y sont développées ont des conséquences sur la réalité que les initiants négligent totalement. Que ce soit l'initiative "pour une eau potable propre et une alimentation saine - Pas de subventions pour l'utilisation de pesticides et l'utilisation d'antibiotiques à titre prophylactique", ou l'autre initiative "pour une Suisse libre de pesticides de synthèse", ces deux textes sont trop extrêmes. Si elles devaient être appliquées, elles bouleverseraient notre agriculture suisse; elles compromettraient l'existence de nombreuses exploitations suisses. Mais encore elles limiteraient de façon draconienne la liberté de choix de l'industrie alimentaire, du commerce de détail et, finalement aussi, celle des consommateurs. Bref, elles iraient à contresens.
En particulier, l'initiative "pour une Suisse libre de pesticides de synthèse" présente les risques suivants. Certains produits phytosanitaires protègent les cultures contre les maladies; les interdire équivaut à renchérir le coût de production des denrées alimentaires comme à réduire l'autoapprovisionnement en denrées suisses. Les exigences ainsi fixées à l'agriculture suisse seraient les plus strictes au monde, la compétitivité de nos produits serait affaiblie et, donc, le tourisme d'achat encouragé.
Voyez-vous, il est nécessaire de garder présent à l'esprit ce que nous faisons déjà aujourd'hui, quels sont les plans d'action que nous développons, et quels sont les engagements que nous prenons, par exemple, avec notre Politique agricole 2022 plus. Tout cela, il ne faut pas l'oublier, et surtout ne pas le compromettre en ajoutant dans le cours de tous ces processus actuellement en route d'autres contraintes, d'autres obstacles qui en freineraient le développement.
Oui, aujourd'hui le monde agricole travaille sérieusement. Les préoccupations soulevées par ces deux initiatives sont aussi celles de nos paysans. L'Union suisse des paysans peut en témoigner - elle qui salue l'opposition que nous apportons à ces deux initiatives. Aujourd'hui, les plans d'action en matière de produits phytosanitaires et de biodiversité existent et déploient leurs effets: la qualité de l'eau en Suisse est excellente, et vous le savez.
Aujourd'hui, la stratégie contre l'antibiorésistance existe, comme existe la solution sectorielle prête à l'emploi pour un approvisionnement durable en aliments fourragers suisses. Et enfin, vous le savez puisque nous y travaillons ici au Parlement, notre Politique agricole 2022 plus tient compte de toutes ces problématiques et élabore des solutions pragmatiques qui ne mettent pas en danger le délicat équilibre de notre monde agricole. Tous ces instruments permettent aujourd'hui déjà d'atteindre les objectifs d'une agriculture durable - celle que souhaitent les deux initiatives. Adopter maintenant de pareilles initiatives, ou leur opposer des contre-projets, provoquerait la dispersion des forces; perdre du temps et de l'énergie à débattre autour de ces initiatives freinerait les actions en cours. Le monde agricole prend déjà des mesures et la diminution de l'emploi de produits phytosanitaires dans la production agricole a lieu depuis de nombreuses années. N'oublions pas que nous avons besoin de produits phytosanitaires pour soigner nos plants malades et vous fournir des produits de qualité et sains.
Voilà pourquoi la Commission de l'économie et des redevances de notre conseil vous propose de recommander le rejet pur et simple de ces deux initiatives sans leur opposer de contre-projet.
[VS]