Bourgeois Jacques · Nationalrat · 2019-06-20
Bourgeois Jacques · Nationalrat · Freiburg · FDP-Liberale Fraktion · 2019-06-20
Wortprotokoll
En préambule, je tiens à déclarer mes liens d'intérêts: je suis directeur de l'Union suisse des paysans.
Trop extrêmes, trop radicales, voilà ce que sont ces deux initiatives populaires - "pour une eau potable propre et une alimentation saine" et "pour une Suisse libre de pesticides de synthèse" - aux titres trompeurs. L'initiative "pour une eau potable propre" provoquerait avant tout, en cas d'acceptation, une refonte complète de notre politique agricole. Les exploitants agricoles ne pourraient prétendre aux paiements directs que s'ils prouvent qu'ils n'utilisent pas de pesticides et qu'ils nourrissent leurs animaux avec le fourrage produit dans l'exploitation. Mais sans l'aide de fongicides ou d'insecticides, comment voulez-vous protéger les plantes qui, conséquence du réchauffement climatique, doivent faire face à de nouvelles maladies et à de nouveaux ravageurs? L'acceptation de l'initiative ne mettrait pas seulement en péril notre production conventionnelle, mais également une bonne partie de la [PAGE 1256] production biologique, puisqu'elle veut bannir l'emploi de tout pesticide, qu'il soit de synthèse ou pas.
D'autre part, exiger que les effectifs d'animaux ne puissent être nourris qu'avec le fourrage produit dans l'exploitation sonnerait le glas de la production de volaille, d'oeufs et de porcs dans notre pays. Alors pourquoi vouloir interdire les échanges de fourrage entre les exploitants agricoles, des échanges auxquels il a été fait recours l'année dernière lors d'une période prolongée de sécheresse?
Ces initiatives auraient pour impact de réduire d'environ 40 pour cent notre production indigène, qu'il faudrait remplacer par des denrées alimentaires importées. Cela nous rendrait plus vulnérables au niveau de notre sécurité alimentaire et, cerise sur le gâteau, cela irait à l'encontre de notre politique climatique qui a pour objectif notamment de promouvoir le respect de la saisonnalité des produits et le renforcement du "manger local". Est-ce cela que nous voulons? Je ne le crois pas.
L'agriculture suisse travaille avec et non contre la nature, et en est parfaitement consciente. C'est pourquoi elle est déjà active, étant impliquée dans différents plans d'action qui portent leurs fruits: selon les statistiques de l'Office fédéral de l'agriculture, qui ont été évoquées hier encore, la quantité totale de produits phytosanitaires dits de synthèse utilisée a diminué de 27 pour cent depuis 2011. Dans le même temps, la quantité d'herbicides utilisée a diminué de 29 pour cent et, même en ce qui concerne le glyphosate, une réduction des quantités utilisées de 40 pour cent a été enregistrée. Il en va de même pour l'utilisation des antibiotiques, dont les quantités ont été réduites de 50 pour cent environ.
Sur le plan fédéral, le plan d'action Produits phytosanitaires, la Stratégie Biodiversité et la Stratégie Antibiorésistance sont en cours d'application et vont encore contribuer à réduire significativement l'utilisation de ces produits. Il n'est par conséquent pas nécessaire d'opposer un contre-projet indirect aux initiatives, surtout que le plan d'action Produits phytosanitaires déploie déjà ses effets puisque la moitié des mesures ont déjà été mises en oeuvre.
En ce qui concerne la qualité de nos eaux, il est vrai que certains cours d'eau méritent une attention particulière. Mais dans quel pays peut-on se targuer, si ce n'est en Suisse, de pouvoir boire l'eau du robinet sans crainte? Nous avons une qualité d'eau potable excellente. Les cantons et les communes veillent au grain, en délimitant les zones de protection des eaux souterraines.
En ce qui concerne la deuxième initiative populaire qui nous est soumise "pour une Suisse libre de pesticides de synthèse", elle va également fragiliser notre sécurité d'approvisionnement, renchérir les denrées alimentaires suisses, avec au passage un affaiblissement de notre pouvoir d'achat, et déstabiliser nos marchés et plus particulièrement celui du bio. En outre, elle est aussi non conforme à nos accords internationaux. Comment voulez-vous que toutes les denrées alimentaires importées respectent notre législation? C'est impossible à contrôler!
Chers collègues, pour toutes ces raisons, je vous invite à refuser clairement ces deux initiatives populaires qui auraient, en cas d'acceptation par le peuple, des incidences majeures dans nos assiettes. En automne 2017, le peuple a plébiscité à près de 80 pour cent des votants le nouvel article constitutionnel 104a sur la sécurité alimentaire, dont l'objectif est de garder en partie la main sur le contenu de nos assiettes. Veillons par conséquent à remplir ce mandat donné par le peuple souverain et disons clairement deux fois non à ces initiatives; ne les renvoyons pas à la commission pour leur opposer un contre-projet et suivons la ligne, les positions claires, aussi bien du Conseil fédéral que de la majorité de la Commission de l'économie et des redevances.