Berset Alain · Bundesrat · 2019-06-20
Berset Alain · Bundesrat · Freiburg · 2019-06-20
Wortprotokoll
C'est vrai, il a été rappelé dans la discussion que l'Organisation mondiale de la santé s'est fixé pour objectif d'éliminer en grande partie l'hépatite virale d'ici 2030. Près de 200 pays, dont la Suisse, se sont mis d'accord à ce sujet en 2014, et nous nous engageons pour atteindre cet objectif. Sur le fond, Monsieur Müller, il n'y a pas de différence avec ce que vous dites: nous partageons l'avis que vous émettez dans l'interpellation. Nous avons conscience de l'importance de la lutte contre l'hépatite virale en Suisse, c'est la raison pour laquelle toute une série de choses se passent déjà.
Pour l'hépatite B, nous avons tout d'abord la prévention, qui s'appuie globalement sur la vaccination: c'est la mesure la plus efficace dans ce domaine, parce qu'une personne atteinte doit être traitée toute sa vie pour contenir le virus. Pour l'hépatite C, la Confédération concentre ses efforts sur les personnes à risque: on sait que cette maladie se transmet essentiellement par le sang, et que c'est parmi les consommateurs de drogue que l'on trouve le nombre de transmissions le plus important - le partage de seringues est une cause fréquente de transmission. En matière de prévention, on met donc l'accent sur la sensibilisation et la réduction des risques chez les consommateurs de drogue. En plus, nous mettons en oeuvre des stratégies et des programmes spécifiques non seulement dans le domaine des addictions, mais aussi en lien avec le VIH et d'autres infections sexuellement transmissibles, même si l'on sait que ce type de transmission d'hépatite C est plutôt rare.
Depuis 2014, un changement important est intervenu: les personnes atteintes de l'hépatite C peuvent être guéries, et ce grâce à de nouveaux médicaments disponibles en Suisse: 14[NB]000 personnes dans notre pays ont déjà été traitées. C'est dans ce cadre que la Confédération doit s'efforcer d'identifier et de traiter les personnes infectées par l'hépatite C au moyen de mesures spécifiques pour les différents groupes cible que j'ai mentionnés. Un exemple que je peux vous donner est le subventionnement de projets de sensibilisation de médecins généralistes qui s'occupent de consommateurs de drogue.
Il y a effectivement un montant de 300[NB]000 francs qui est consacré à ce but et des ressources allouées à ce but et elles correspondent à un peu plus d'un poste à plein temps à l'OFSP. Mais il ne faut pas oublier qu'en parallèle, évidemment, le traitement de l'hépatite C a coûté ces dernières années environ 100 millions de francs par année.
Il nous semble également que ces mesures portent leurs fruits, Monsieur Müller, puisque les principaux indicateurs de la maladie - on pense notamment au nombre de nouvelles infections - sont stables ou en baisse depuis des années.
Est-ce qu'on pourrait en faire plus? Est-ce que le dépistage systématique de l'ensemble de la population serait une bonne mesure? D'abord, il faut dire que ce serait quelque chose d'unique dans notre système de santé: il n'y a pas de maladies virales pour lesquelles on procède à des dépistages systématiques de l'ensemble de la population. Cela n'existe pas.
Pour l'hépatite B, quelque chose de spécifique se fait déjà pour les femmes enceintes. Celles-ci sont "screenées" pour ce cas. Mais sinon, il n'y a pas de dépistage systématique, et ce non seulement pour des raisons d'efficience de la mesure, mais aussi parce que nous sommes un pays qui fait partie de ceux qui connaissent un nombre relativement réduit de personnes infectées par les virus de l'hépatite.
Cette pathologie n'est évidemment pas négligeable, bien au contraire. C'est naturellement un gros problème pour les personnes touchées - en 2015, on estimait que 40[NB]000 personnes étaient infectées par le virus de l'hépatite C - et il se trouve que la majorité de ces personnes sont déjà diagnostiquées. Donc, aller au-delà de la catégorie des personnes à risque, au-delà de celle des personnes qui peuvent le faire à tout moment, et faire un dépistage systématique de la population nous paraît créer un précédent. Ce serait une nouvelle étape dans notre politique de santé que nous ne souhaitons pas franchir pour des raisons, je le disais tout à l'heure, d'efficience et aussi parce qu'un modèle de l'Université de Genève - nous regarderons cela en détail - a montré que, par rapport à la pratique actuelle, le dépistage de l'ensemble de la population ne réduirait pas davantage le nombre annuel de décès d'ici à 2030.
Voilà donc les raisons pour lesquelles nous ne souhaitons pas aller dans cette direction.
Le débat nous est connu, Monsieur Müller, puisque, depuis 2014, depuis que le médicament existe, une association s'engage pour le dépistage systématique. Celle-ci communique de manière publique. J'ai déjà rencontré des représentants de cette association avec lesquels j'ai eu un échange il y a quelques années.
Manifestement, le débat doit se poursuivre. C'est un débat important en termes de santé publique. C'est chaque fois l'occasion pour nous d'expliquer pourquoi il est efficient et correct, de ce point de vue - parce que nous avons bien pesé l'ensemble des éléments -, de ne pas procéder, exceptionnellement pour le cas de l'hépatite, à des dépistages systématiques.
Enfin, comment communiquerions-nous? Que faudrait-il dire à la population si on commençait à faire un dépistage systématique? On devrait en parallèle mettre en place une communication pour dire qu'il ne faut pas trop s'alarmer. Le signal envoyé serait quand même un signal particulier qu'il faut avoir en tête.
C'est la raison pour laquelle, encore une fois, nous souhaitons en rester à la pratique actuelle. Mais j'ai bien pris note que ce débat va se poursuivre à l'avenir.