Savary Géraldine · Ständerat · 2019-06-20
Savary Géraldine · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-06-20
Wortprotokoll
En France, il y a quelques années, une femme a eu l'audace de briguer la présidence de la République, et un de ses collègues ministres, du même parti, lui a adressé cette question absolument élégante et magnanime: mais qui va garder les enfants? Alors, on peut imaginer qu'avec ce projet d'initiative on pourra répondre à Laurent Fabius - je le dénonce, mais enfin c'est une chose connue: ce sont les pères et les mères qui pourront s'occuper des enfants.
Je ne résiste pas non plus au plaisir de citer notre actuel président de la Confédération, Monsieur Ueli Maurer, qui s'est peut-être exprimé de la même manière au Conseil fédéral, vu les prises de position de ce dernier, et qui a dit, il y a quelques années: dans la nature, c'est la vache qui s'occupe du petit veau. C'est un peu la même prise de position que celle du ministre socialiste Laurent Fabius.
J'aimerais vous rappeler, en tant que membre de la Commission de la science, de l'éducation et de la culture, qui traite aussi de sujets liés à la nature, que cette dernière peut nous enseigner plein de choses et qu'elle est également pleine de contradictions. Monsieur Maurer a cité les vaches; moi je citerai les manchots, qui eux partagent totalement l'éducation de leur oisillon. C'est un exemple naturel que je soumets à votre réflexion, puisque c'est le mâle qui couve l'oeuf pendant que la femelle va chercher la nourriture et, par la suite, ce sont les parents manchots qui s'occupent, à tour de rôle, de leur petit nouveau-né. La nature nous enseigne donc un certain nombre de choses et, en particulier, qu'un congé de paternité serait possible.
Ce qui est par ailleurs naturel à mes yeux pour un nouveau-né, c'est d'avoir ces deux parents lors de sa venue au monde. Ce qui est naturel aussi, c'est que le père et la mère puissent se répartir les joies, les bonheurs et les tâches qui naissent avec l'arrivée d'un enfant. Cela a été rappelé, les pères sont demandeurs: ils veulent s'occuper de leurs enfants. En effet, 90 pour cent des hommes en Suisse voudraient pouvoir être plus présents. [PAGE 566]
Et je me souviens, quand je suis arrivée à Berne - au Conseil national, d'abord -, avoir rencontré un collègue, avec des enfants beaucoup plus âgés, qui était surchargé de travail et qui m'avait dit souffrir vraiment de ne pas être plus présent pour ses enfants. Il était à tel point absent que son fils dormait sur le tapis de la salle de bain pour essayer de profiter de la moindre occasion pour voir son père.
Ce sont des mots qui m'avaient frappée, parce que c'est aussi la situation de nombreux pères, dans ce pays, de souffrir, véritablement, de ne pas avoir le temps de pouvoir s'occuper de leurs enfants.
Les mères sont aussi demandeuses de ce type de prestations sociales, de congé paternité, puisqu'ainsi elles pourraient éviter les périodes d'immense solitude que parfois elles traversent quand elles doivent s'occuper seules d'un enfant. Si l'enfant n'est évidemment pas en âge de demander quoi que ce soit, toutes les études montrent - cela a aussi été dit - que son développement sera plus harmonieux s'il a au début une présence aimante et alternée.
Le coût pour la société, tant pour l'initiative que pour le contre-projet, reste modeste. Pour l'initiative, c'est évalué par le Conseil fédéral à 420 millions de francs.
Je considère que si la Suisse ne prend pas de mesures en faveur d'un congé paternité ou ensuite, comme cela a été dit par Monsieur Comte, d'un congé parental ou, plus généralement, de mesures en faveur de la conciliation entre la vie professionnelle et la vie familiale, alors elle se prive de forces de travail et de compétences.
Si je devais être dans le même EMS que Raphaël Comte (Hilarité) - ce ne sera sans doute pas le cas, puisqu'il est plus jeune que moi -, mais enfin si par hasard nous nous retrouvions dans nos vieilles années à discuter effectivement de cette période politique que nous traversons aujourd'hui, nous pourrions dire que nous avons fait certaines choses positives. Mais on pourrait aussi dire que le bilan en matière de politique familiale ces dernières années n'est pas extrêmement positif. Le soutien aux crèches et garderies est présenté au Parlement tous les quatre ans; c'est donc quelque chose qui est assez précaire. Le congé maternité est un des plus modestes d'Europe. Le congé paternité, on en discute maintenant. Même la question de l'accompagnement des familles, de manière générale, est un sujet toujours très difficile à discuter ici au Parlement. Donc franchir cette étape avec un congé paternité, cela me semble être un signal absolument indispensable.
Or j'ai un peu l'impression aujourd'hui, quand j'entends les partisans de la minorité s'exprimer, qu'on est en train de faire un concours de modernité, de dire, au fond: "Ah non, le congé paternité, cela ne correspond pas à la modernité des couples d'aujourd'hui. Allons directement vers le congé parental!" Alors je vous prends au mot, chers collègues! Je suis très contente si vous vous engagez en faveur des couples modernes, des femmes qui travaillent, des hommes qui s'occupent de leurs enfants. Très bien, parfait, magnifique! Mais, comme cela a été aussi dit, franchissons d'abord cette étape!
Puis on ne peut pas, avec un congé parental, prendre le risque qu'on mette en concurrence le père et la mère pour une mise à disposition de leur temps vis-à-vis de leur enfant. Pour ma part, j'ai un peu l'impression avec votre modèle qu'on prendrait à la mère pour donner au père, ou qu'on prendrait au père pour donner à la mère. Ce n'est pas le modèle que nous devons mettre en oeuvre aujourd'hui.
Aujourd'hui, nous avons un congé maternité de quatorze semaines. Nous pourrions mettre en oeuvre un congé paternité de quatre semaines, soit vingt jours. Ce ne serait pas énorme. Franchissons cette étape, puis réfléchissons à un vrai congé parental qui permette véritablement aux pères et aux mères de consacrer leur temps à leur enfant.
Je vous invite donc quant à moi à recommander d'accepter l'initiative populaire. Le contre-projet est une demi-mesure qui est à mes yeux insuffisante. Mais, évidemment, je voterai en faveur du contre-projet. Je vous invite à soutenir l'initiative populaire, qui véritablement serait une bouffée d'oxygène pour les familles de notre pays.