Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2002-09-23
Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2002-09-23
Wortprotokoll
Je pourrais vous dire que je ne prends la parole que pour que vous entendiez un peu de français durant ce débat! En réalité, j'ai aussi quelques autres choses à vous dire.
Au lendemain du vote négatif des Nidwaldiens sur le dépôt du Wellenberg, le groupe écologiste estime qu'il est désormais clair qu'on n'a aucune solution en vue pour le stockage des déchets faiblement ou moyennement radioactifs. On n'en aura probablement jamais parce que la population, manifestement, n'en veut pas. A ce propos, Monsieur le Conseiller fédéral, je vous ai entendu hier soir à la Télévision suisse romande. Je vous ai trouvé un peu pathétique et je dois dire que vous m'avez plongée dans la perplexité. En effet, vous avez d'une part clairement reconnu que le projet du Wellenberg est enterré; mais vous avez d'autre part lancé une espèce d'avertissement en disant, sauf erreur de ma part car je ne me souviens pas des propos exacts: "Nous avons maintenant une loi qui ne nous obligera plus à prendre l'avis des cantons concernés." Vous corrigerez si ce n'est pas juste, c'est ce que j'ai entendu. J'ai trouvé que c'était une anticipation un peu hasardeuse. Ce qui me rend perplexe, c'est que vous venez de dire que vous êtes tout à fait favorable au vote des citoyens et des cantons.
Nous n'avons pas de solution en Suisse pour stocker les déchets radioactifs, mais nous n'en avons pas non plus à l'étranger. Il ne faudrait en tout cas pas compter sur le retraitement du combustible irradié. On a déjà débattu longuement de son interdiction à l'article 9 et celle-ci a été malheureusement refusée à quelque voix près. Maintenant, nous n'avons plus que le moratoire à nous mettre sous la dent. Un moratoire de dix ans, est-ce que cela a du sens, vu qu'il est quasi certain qu'on n'aura pas plus de solutions dans dix ans, ou plutôt dix ans après la fin des contrats en cours?
En effet, le retraitement des déchets et du combustible irradiés est une technique très polluante, discréditée et dangereuse, à tel point qu'on ne se demande plus aujourd'hui pourquoi les écologistes sont contre, mais pourquoi le lobby nucléaire y tient tellement. Pour en revenir - puisqu'on a plusieurs propositions de minorité à l'article 104 - à la durée de vie des centrales qui, pour la minorité Sommaruga à l'alinéa 1bis, est liée à la condition qu'une solution soit trouvée pour le stockage des déchets, le groupe écologiste est très clair: il n'y a pas de solution, et même s'il y en avait une, la durée de vie d'une centrale ne devrait pas dépasser quarante ans.
Mühleberg, par exemple, qui est la plus ancienne centrale de Suisse, a des problèmes récurrents liés à des fissures dans l'enveloppe du réacteur. On persiste à la réparer par des armatures pour la consolider. En Allemagne, une telle centrale serait désaffectée. Or au contraire, le Conseil fédéral lui a accordé l'autorisation d'augmenter sa production de 10 pour cent et a prolongé son permis d'exploiter jusqu'en 2012. Elle aura alors cinquante ans! Nulle part il n'y a d'expérience d'une durée d'exploitation de cinquante à soixante ans!
On peut rappeler d'ailleurs que le nombre des incidents des centrales a doublé en 2001. Des incidents, d'accord. Mais c'est justement l'accumulation de petits incidents imprévus qui peuvent enclencher une chaîne d'événements conduisant à une catastrophe majeure. Dans son message (p. 2549 du texte français), le Conseil fédéral écrit: "Il est évident que les centrales nucléaires bâties il y a 30 ans (comme celles de Beznau et de Mühleberg) ne seraient plus construites ni autorisées sous la même forme à l'heure actuelle."
Pour éviter de faire de notre pays un laboratoire d'essai pour vieilles centrales, il y a deux choses simples à faire: soutenir [PAGE 1337] la proposition de minorité Wyss à l'article 104 alinéa 1er qui prévoit une durée de vie des centrales nucléaires limitée à quarante ans, et approuver l'initiative "Sortir du nucléaire".
C'est ce que le groupe écologiste vous recommande de faire. Le moratoire de dix ans peut sans problème être ajouté à cette liste des tâches urgentes à accomplir.