Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2019-09-25
Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-09-25
Wortprotokoll
Le texte de l'initiative est clair et limpide: "la libre circulation des personnes cesse d'être en vigueur dans les douze mois qui suivent l'acceptation" de l'initiative par le peuple et les cantons; "la Suisse règle de manière autonome l'immigration des étrangers"; "aucun nouveau traité international ne sera conclu et aucune autre nouvelle obligation de droit international ne sera contractée qui accorderaient un régime de libre circulation des personnes à des ressortissants étrangers." Pendant une année, le Conseil fédéral pourrait tenter de négocier avec l'Union européenne pour que l'accord actuel sur la libre circulation des personnes cesse d'être applicable et, surtout, pour le modifier. Mais le temps imparti serait d'office trop court et aucun accord ne pourrait être trouvé. Il suffit de se rappeler les difficultés actuelles concernant les discussions sur l'accord-cadre ou toute la problématique que connaît l'Europe avec le Brexit. Il faut laisser du temps au temps, et l'initiative de l'UDC ne nous en laisserait pas. La clause guillotine s'activerait et les accords bilatéraux mourraient de leur belle mort.
Il est bon de rappeler que les accords bilatéraux concernent entre autres la recherche, l'agriculture, les marchés publics, les transports terrestres, le transport aérien ou encore la suppression des obstacles techniques au commerce et, donc, aux exportations. La Suisse ne pourrait conclure de nouveaux accords.
Le texte précise encore que la Suisse réglera "de manière autonome l'immigration des étrangers". La belle affaire! le retour aux contingents des années 1950!
Cette initiative a en tout cas le mérite d'être claire et ses conséquences évidentes. C'est un texte encore plus transparent que celui que le peuple suisse avait accepté de justesse en 2014, dont on subit toujours les conséquences aujourd'hui avec un dossier complexe dont on peine parfois à voir l'issue.
L'UDC, pourtant parti gouvernemental, donc un parti normalement censé contribuer à trouver avec les autres partis des solutions consensuelles pour répondre aux intérêts supérieurs de l'Etat, poursuit au travers de cette initiative son grand rêve, celui d'une Suisse devenue un îlot replié, recroquevillé sur lui-même, seule au milieu du reste du monde, dans ce monde où pullulent de dangereux étrangers qui veulent profiter de nous. Pourtant, notre pays jouit actuellement d'une situation extrêmement favorable et profite de son commerce extérieur, de son tourisme, de ses bonnes relations avec l'étranger.
Il bénéficie de tous les avantages de son ouverture sur le monde - croissance économique, stabilité politique, niveau de vie élevé, situation de paix -, la Suisse étant de fait protégée au milieu de l'Europe et du monde occidental par la puissance économique et militaire déployée par les pays qui nous entourent. La Suisse tire profit de ses relations avec les autres, gagne un franc sur deux à l'étranger et jouit d'une situation tellement stable qu'elle attire les investisseurs étrangers, car l'investissement recherche la stabilité et notre situation actuelle rassure. Il suffit d'imaginer ce qui se passe au Royaume-Uni actuellement pour bien comprendre que la fin des accords bilatéraux, la fin de la libre circulation des personnes, pourrait conduire à des difficultés inimaginables et à une période de troubles et d'instabilité. Voulons-nous d'un Brexit à la sauce helvétique?
Une grande majorité du peuple suisse, échaudée par l'expérience du 9 février 2014, devrait logiquement s'opposer à ce texte et j'ai l'intime conviction que même les plus fins stratèges de l'UDC ne souhaitent pas le succès de leur initiative. Ils recherchent juste ce type de débat pour alimenter la xénophobie latente qui couve dans l'esprit d'une partie du peuple suisse et cela à des fins purement électoralistes.
Il est vrai que nombreuses sont les personnes dans notre pays que les questions migratoires irritent. Certaines se sentent laissées sur le bord de la route et supportent mal cette concurrence de l'étranger, une concurrence ressentie souvent comme une menace. Je pense en particulier aux habitants des régions frontalières et aux personnes près de la retraite, qui ont perdu leur emploi. Il est de notre devoir d'apporter des réponses claires à nos concitoyennes et concitoyens sujets à ces sentiments.
Le Conseil fédéral vient de décider d'aider les personnes en fin de carrière professionnelle qui sont en difficulté par l'introduction d'une rente-pont. En réponse à l'initiative populaire de 2014, notre Parlement a décidé d'offrir aux personnes cherchant un emploi et vivant en Suisse une certaine préséance dans l'accès, par les ORP, aux informations sur les postes de travail à disposition. C'est un pas, mais il faut certainement en faire plus.
Ce que je sais, c'est que dans ma région, le Jura, la question des frontaliers est récurrente et, sur ce sujet, j'ai l'habitude de répondre aux personnes inquiètes qu'en fait aucune personne frontalière ne vient travailler sur sol suisse sans qu'un patron établi en Suisse ait décidé de l'employer. Pour contrer ce phénomène, il faut des salaires minimums et un renforcement des mesures d'accompagnement à la libre circulation des personnes. Sur ces thèmes, l'UDC ne propose rien.
J'estime qu'il est également de la responsabilité morale des patrons, de celles et ceux qui engagent, d'assumer un rôle déterminant et de clairement privilégier les personnes qui habitent sur le territoire suisse, qu'elles soient suisses ou étrangères.
C'est une initiative pour rien, une initiative dangereuse, une initiative purement électoraliste, et elle mérite la réponse que nous allons lui donner.