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Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2019-12-09

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-12-09

Wortprotokoll

La surveillance de son espace aérien représente pour chaque Etat une mission régalienne. Il incombe à la Suisse d'exercer cette souveraineté et de s'en donner les moyens. Mais l'évaluation des menaces, de leur probabilité et de leur plausibilité représente une question centrale, le fondement de toute décision. Sans oublier la question du prix et un nouveau paramètre qui s'invite dans le débat: la question climatique. Un peu avant le milieu du siècle passé, la folie des hommes a plongé notre continent dans l'horreur et la barbarie. Les pays européens ont décidé de construire ensemble - les ennemis d'hier en tête - une Europe de la paix au travers de la création d'organisations qui ont rapproché les peuples et les Etats. Citons le Conseil de l'Europe, l'Union européenne ou encore l'OSCE. Ces pays sont allés encore plus loin en instaurant une structure militaire de défense commune, l'Otan, qui a eu pour mission durant toute la période de la guerre froide de faire contrepoids au bloc de l'Est pour sécuriser le continent européen.

L'Europe connaît, si l'on excepte l'embrasement pour des raisons internes, il y a vingt ans, de l'ex-Yougoslavie et les tensions aux confins de l'Europe entre l'Ukraine et la Russie, la plus longue période de paix de son histoire. Une paix qui est le résultat de l'esprit de collaboration politique et économique, des alliances nouvelles et du développement des valeurs démocratiques et du respect des droits de l'homme. N'oublions pas l'Otan, le bouclier qui protège notre continent. L'Otan a certes perdu certains de ses repères, notamment le monde bipolaire de la guerre froide qui représentait sa première justification. Il n'en reste pas moins que cette organisation représente aujourd'hui encore une force militaire incomparable.

J'aimerais reprendre ici les propos récents de Pascal Boniface, géopoliticien qui fait autorité en France. La soi-disant menace militaire russe n'en est en fait pas une. La Russie, même si elle a redressé la tête, n'en reste pas moins un pays doté de moyens militaires sans commune mesure avec ceux de l'Otan, tout particulièrement dans les capacités nécessaire à livrer des combats aériens. Imaginer à moyen terme ou même à long terme, et le Conseil fédéral en convient dans ses rapports sur la politique de sécurité, une guerre traditionnelle qui pourrait toucher notre pays est une hypothèse quasiment improbable. Pourtant, ce que l'on nous propose, c'est d'armer le pays avec des avions de chasse de la dernière génération.

On parle même des F-35, un avion de guerre et d'attaque furtif, à peine détectable - en fait le meilleur aujourd'hui sur le marché. Cela paraît aberrant, car les véritables dangers qui menacent notre pays sont ailleurs. Ce sont les dangers liés au réchauffement climatique: inondations, sécheresses, incendies, éboulements dans les régions alpines; dans le domaine de la sécurité proprement dite, on relèvera toute la problématique "cyber", la criminalité et, surtout, le terrorisme. Pour faire face à ces dangers, il faut d'autres moyens conséquents que l'on peine à prioriser.

Les avions de chasse de dernière génération les plus performants que nous promet le Conseil fédéral offrent deux possibilités d'engagement où leur rôle serait primordial et pour lesquelles ils seraient irremplaçables. La première, ce serait l'attaque - attaquer un pays voisin, déclencher un conflit. Cela ne serait à l'évidence en aucune manière dans les intentions de notre pays qui tient à sa neutralité. La seconde résiderait dans l'attaque délibérée d'une autre nation contre nous, avec d'importantes forces aériennes, ce qui permettrait d'envisager et d'engager un combat aérien contre l'envahisseur. Cette hypothèse relève de la politique fiction, car il faudrait d'abord désigner cet ennemi mystérieux. De plus, comment oublier la situation géostratégique de notre pays qui est de fait un peu le passager clandestin de l'Otan? Contre une attaque massive d'avions de combat, une alternative intelligente réside dans un système de défense sol-air performant, ou alors il faudrait pour se défendre seul envisager un nombre d'avions de combat très conséquent, ce qui est au-dessus de nos moyens.

Je limite les situations où ces "superavions" de combat pourraient nous servir, car de fait la possibilité de pouvoir disposer d'avions de chasse de dernière génération est quasiment l'exclusivité d'Etats souverains. Les autres personnes ou organisations susceptibles de menacer par les airs notre pays, par exemple des terroristes, ne disposent pas de tels moyens et ils recourent pour l'essentiel à des méthodes différentes, qui peuvent néanmoins causer des dégâts conséquents.

La menace terroriste existe et notre espace aérien est l'un des points faibles de notre défense. De toute manière, la Suisse doit assumer la surveillance de son espace aérien et intervenir pour aider un avion en détresse ou identifier toute une série d'aéronefs. C'est pour cette raison que nous considérons que des moyens doivent être alloués pour accomplir les missions de police du ciel.

Les menaces crédibles envers notre pays correspondent pour l'essentiel à des attaques perpétrées avec des missiles balistiques ou de croisière, ou par des drones ou des aéronefs, par exemple un avion détourné. Les missiles à longue portée, en particulier les missiles balistiques, représentent un risque concret, car certains groupes ou Etats terroristes disposeraient d'engins d'une portée de 3000 kilomètres, soit la distance nous séparant du Proche-Orient. Or, dans ces différents scénarios d'attaques, clairement, les avions de chasse les plus performants ne sont pas forcément le meilleur outil pour nous protéger.

La pierre angulaire de la défense de notre espace aérien doit résider dans un système de défense sol-air le plus performant possible, avec les dernières armes à disposition, par exemple le système Patriot associé à des méthodes relevant également de la défense sol-air de courte portée de type Stinger. Il faudra choisir les armes les mieux adaptées à la situation particulière de notre pays, notamment eu égard à son profil montagneux, associées à des moyens technologiques permettant la détection très précoce des attaques et le traitement immédiat et efficace des données. Cela représenterait une sorte d'assurance pour notre pays, non seulement face [PAGE 2162] à des attaques avec des missiles ou autres, mais également face à une invasion quelconque, très hypothétique comme dit précédemment.

La police aérienne nécessite des moyens aériens afin de participer à l'identification d'un aéronef ou d'une menace quelconque dans l'espace aérien. Pour cela, vu qu'il s'agit quasiment toujours, en temps de paix, d'objets volants non supersoniques, des avions de chasse légers peuvent faire l'affaire. Il en existe sur le marché, leur prix est nettement moins important, la pollution qu'ils engendrent réduite, le bruit émis plus supportable et leurs coûts d'exploitation sans commune mesure avec les coûts des avions les plus sophistiqués.

Ces différents arguments sont la base de la réflexion du Parti socialiste, qui est favorable à l'acquisition de nouveaux avions de combat, et qui va donc entrer en matière sur le projet, mais demandera le renvoi du dossier au Conseil fédéral pour la réalisation d'un concept plus logique, plus économique, plus respectueux de l'environnement et répondant mieux aux défis sécuritaires touchant notre pays.

Je termine, Madame la présidente, un instant! (Hilarité partielle) En substance, nous soutenons l'acquisition d'avions de combat légers, engagés pour la formation des pilotes et l'essentiel des tâches de police aérienne, ce qui permettrait de ménager nos F/A-18 dont l'utilisation pourrait être prolongée et qui resteraient à disposition dans certains cas particuliers, ainsi que l'acquisition d'un système de défense sol-air et de détection radar très performant, cela pour la moitié du prix approximativement. Merci de soutenir nos propositions.