Borloz Frédéric · Nationalrat · 2020-03-09
Borloz Frédéric · Nationalrat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2020-03-09
Wortprotokoll
"Stop à l'îlot de cherté", voilà un titre accrocheur. Qui n'est pas d'accord avec cela? La Suisse est un îlot, évidemment, en tant que petit pays au milieu de l'Europe. C'est un pays quand même assez confortable, où le niveau de vie, en comparaison internationale, est un des plus élevé au monde. Cela implique bien entendu que le revenu - et je ne nie pas qu'il y a bien sûr beaucoup de personnes qui ont des problèmes dans notre pays, et qu'on doit continuer de s'occuper de cette problématique - et le niveau de vie moyens sont globalement plus élevés que dans d'autres pays. Si le niveau de vie et celui des revenus sont plus élevés, cela signifie que les charges - cela va de pair - sont aussi plus chères. En général, les loyers et nombre de produits en Suisse, en comparaison internationale, sont également un tout petit peu plus chers que dans les pays environnants.
J'ai écouté plusieurs de mes préopinants, et c'est vrai que j'ai du mal à trouver le lien entre l'agriculteur qui souhaiterait voir le prix du lait augmenter et le pharmacien qui aimerait acheter ses médicaments moins cher pour pouvoir les revendre moins cher à ses clients. Si chacun aimerait trouver une solution à cette problématique dans le cadre de cette initiative, cette solution peine en tous les cas à éclore des débats que nous venons d'écouter.
Comment imaginer - parce que c'est ce qu'il faudra faire pour avoir une meilleure concurrence entre les produits, comme l'a dit à peu près tout le monde parmi mes préopinants -, contrôler la concurrence? C'est quelque chose qui est plutôt contraire au fait, précisément, d'avoir plus de concurrence. On a de la concurrence dans un marché qui est le plus libre possible, et non dans un marché qui est précisément contrôlé. Cela ne peut nous conduire qu'à une seule chose, à savoir, évidemment, à une économie de marché. Or, ce n'est pas le système dans lequel nous nous trouvons aujourd'hui.
Et chaque fois que nous allons essayer de contrôler un peu plus la concurrence, nous serons forcément déçus des résultats. Je ne parle même pas de l'administration qu'il sera nécessaire de mettre en place pour contrôler les prix. Et évidemment que les résultats des contrôles de prix ne seront pas forcément favorables à celles et à ceux qui en attendent des résultats extraordinaires.
Cela n'a pas fonctionné en Allemagne, lorsqu'ils ont essayé de plafonner un certain nombre de prix. En outre, on s'aperçoit que si l'on souhaite que les produits importés soient moins chers que les produits vendus en Suisse, par exemple des médicaments qui, eux-mêmes, sont fabriqués en Suisse, alors toute la logique soulevée par cette initiative ne répond pas non plus aux problématiques évoquées dans les arguments liés à la vente de produits étrangers.
Je voulais me rapporter à Mme Hanhardt Redondo - je ne voudrais pas m'attribuer son texte -, qui parle d'un exemple à peu près similaire concernant le principe du "Cassis de Dijon". Je reviens très brièvement sur son propos. Elle dit, dans une analyse qu'elle a faite il y a quelque temps sur cette initiative: "tout comme pour ce qui concerne le principe du "Cassis de Dijon", présenté à l'époque comme le remède phare pour lutter contre la cherté et dynamiser la concurrence, et à propos duquel l'écoulement du temps a mis en évidence qu'il n'avait pratiquement eu aucun effet sur le niveau élevé des prix en Suisse, nous pouvons douter de l'effet du projet du Conseil fédéral".
Effectivement, dans le pays dans lequel nous nous trouvons, doté d'une économie de marché, on ne peut - je pense - contrôler ainsi la concurrence. Je ne pense pas que cela amène un quelconque résultat positif pour notre pays. C'est pourquoi j'aimerais vous inviter à recommander au peuple et aux cantons de rejeter cette initiative.
J'avoue aussi que le contre-projet me satisfait assez peu. Peut-être que, dans le souci de chercher un consensus dans notre bel hémicycle, je me convaincrai d'accepter ce contre-projet, à contrecoeur; mais je ne pense pas, dans tous les cas de figure, qu'il apporte une quelconque solution concrète aux problématiques de prix élevés, pourtant bien réelles, qui ont été soulevées.