de la Reussille Denis · Nationalrat · 2020-03-11
de la Reussille Denis · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2020-03-11
Wortprotokoll
En préambule, permettez-moi de dire quelques mots sur les exportations de matériel de guerre. Les entreprises suisses ont exporté pour 728 millions de francs de matériel de guerre vers 71 pays l'an dernier, soit une hausse de 43 pour cent par rapport à 2018. Même si le SECO s'en réjouit, nous disons très clairement qu'il s'agit d'un commerce douteux, voire honteux. Nous savons bien qu'au niveau planétaire, la part de la Suisse dans ce commerce immoral est plus que minime. Il n'en reste pas moins que notre pays contribue à causer le malheur de millions de civils à travers le monde.
Si l'on nous rétorque que la majorité de ces exportations se font à destination de pays européens, nous n'oublions pas que plusieurs de ces pays sont engagés, dans le cadre de l'Otan, dans des guerres d'agression en Irak, en Syrie et, dans le passé, en ex-Yougoslavie. Ces mêmes pays d'où sont issus une grande partie des réfugiés qui, désespérés, tentent de trouver refuge dans nos pays, dans les pays qui produisent les bombes qui tombent sur leurs têtes et celles de leurs familles. Et nous n'oublions pas non plus que notre pays exporte - malheureusement! - de l'armement vers des pays comme l'Arabie saoudite, qui depuis des années maintenant sème la terreur et la désolation, notamment au Yémen.
Concernant le financement des producteurs de matériel de guerre, le Conseil fédéral argumente, pour s'opposer à l'initiative, que "les institutions de la prévoyance publique et professionnelle, à savoir les caisses de pension et les fonds de compensation AVS/AI/APG devraient renoncer à leur stratégie d'investissement dans des fonds bien diversifiés, qui repose déjà partiellement sur des principes éthiques". Or, il s'agit là de principes qui ne sont que très très peu, très partiellement éthique. Mais probablement que, une fois de plus, le Conseil fédéral, la droite de ce Parlement et nous, n'avons pas la même conception du mot "éthique".
Il y a dans notre pays des centaines de milliers de citoyens et de citoyennes qui ne sont pas d'accord que l'on investisse l'argent économisé pour leurs retraites dans des commerces plus que douteux. Que leurs motivations soient dictées par des raisons morales, par respect pour la dignité humaine ou encore par la sauvegarde de l'environnement, elles font honneur à l'humanité.
Le Parti suisse du travail - Parti ouvrier et populaire, que je représente, s'est engagé dans la récolte des signatures pour contribuer à faire aboutir cette initiative du GSsA et des Jeunes Verts, et nous nous engagerons pour qu'elle passe avec succès devant le peuple.
Quant aux institutions de prévoyance publique et professionnelle, si elles cherchent des stratégies d'investissement bien diversifiées, il existe de nombreuses possibilités dans des domaines très variés et bénéfiques tant à l'être humain qu'à l'environnement.
Cette initiative s'inscrit aussi dans un mouvement global vers davantage de transparence, notamment au niveau financier. Il est à relever avec satisfaction que la caisse de pension de la ville de Zurich, mais aussi celle de la ville de Lucerne excluent de leurs portefeuilles d'investissement les producteurs d'armes de guerre. Et c'est aussi le cas de la caisse [PAGE 316] de pension de la Confédération, Publica. Cette initiative est donc tout à fait applicable sans remettre en cause la santé financière des caisses de pension et institutions financières.
En termes de cohérence politique, nous sommes persuadés que notre pays ne peut pas promouvoir la paix et, en même temps, financer des producteurs d'armes de guerre. C'est donc avec conviction que nous soutenons cette initiative.