Lexipedia

Dandrès Christian · Nationalrat · 2020-06-03

Dandrès Christian · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-06-03

Wortprotokoll

J'aimerais remercier Messieurs Fischer et Brélaz pour la qualité de leur rapport, auquel j'ajouterai simplement le fait que la commission a également débattu de l'accueil extrafamilial, puisque le Conseil fédéral a adopté l'ordonnance qui met en oeuvre la demande du Parlement concernant les crèches. Il l'a fait avec un bémol, selon les socialistes, c'est que le dispositif se limite à compenser ce que les parents n'ont pas versé durant la période de fermeture. Or, le groupe socialiste, qui est à l'origine de ce crédit supplémentaire de 65 millions de francs, souhaitait un soutien à un peu plus long terme que ces stricts deux mois, et que cet argent serve aussi à garantir la qualité de l'encadrement pédagogique et l'accessibilité financière des crèches dans le futur.

J'aimerais maintenant faire quelques constats. Certaines mesures d'urgence, comme l'extension des conditions d'accès au chômage partiel, vont toucher ou ont déjà touché à leur fin, alors que la crise n'a pas cessé pour autant. On est effectivement au début d'une situation très difficile. Des entreprises commencent à licencier et les salariés vont subir une très forte pression sur leurs revenus et leurs conditions de travail. Cette pression sera accentuée encore par l'augmentation du taux de chômage. Face à cette menace, les salariés et les indépendants sont très mal outillés. Il faudra donc que le Parlement trouve des solutions. Il pourra pour ce faire s'inspirer des mesures qui ont été prises dans l'urgence par le Conseil fédéral, qui a mis en place, en quelques jours, un embryon d'assurance-chômage pour les indépendants, ainsi qu'un embryon d'assurance perte de gain en cas de maladie, et également un soutien à la production locale et donc, indirectement, à la protection du climat.

Mais il faut aller plus loin et revoir aussi des aspects du droit du travail. La Constitution nous commande d'agir pour garantir l'effectivité des droits fondamentaux dont fait partie la liberté syndicale. Sans droits syndicaux, les salariés ne sont pas en mesure de défendre leurs conditions de travail face à la crise, de lutter contre la sous-enchère salariale, de conclure ou de faire respecter les conventions collectives de travail.

De même, la procédure en cas de licenciements collectifs est presque une simple formalité en Suisse, contrairement à ce qui existe en France ou en Allemagne. Il y a donc un risque que les entreprises multinationales souhaitent procéder à des licenciements plutôt en Suisse, vue cette situation qui leur est favorable, plutôt que dans d'autres pays. Il faut donc permettre de renforcer le droit du travail pour que les salariés puissent défendre également leur poste.

Comme toujours, cette pression frappe plus spécifiquement les femmes. Il y aura un an dans quelques jours, des dizaines de milliers de personnes se sont mobilisées dans le cadre de la grève féministe pour réclamer notamment l'égalité salariale et une meilleure reconnaissance du travail domestique. Il est essentiel qu'aujourd'hui le Parlement puisse apporter des réponses dans le cadre de cette crise, qui doivent impérativement intégrer ces revendications.

J'aimerais dire quelques mots maintenant sur le financement des mesures destinées à lutter contre le Covid-19.

Pour le groupe socialiste, il est prématuré de vouloir trancher aujourd'hui cette question. Bien entendu, nous ignorons encore si la pandémie aura pour seule conséquence les effets induits par les mesures prises en Suisse et dans les principaux pays en relation commerciale avec la Suisse. La pandémie risque peut-être de servir de détonateur à la crise financière qui couvait depuis septembre 2019 au moins et dont l'origine remonte à la crise des "subprimes" de 2008.

Les socialistes soutiennent donc la proposition de ne pas inscrire le coût des mesures Covid dans le compte d'amortissement du frein à l'endettement. Ce dernier a pour but de prévenir des déséquilibres structurels, ce qui n'est pas le cas avec les mesures destinées à lutter contre le Covid-19.

Amortir les crédits supplémentaires en réduisant les budgets des prochaines années frapperait de manière doublement injuste les salariés. Tout d'abord, il faut rappeler que la Confédération a effectué des coupes budgétaires et des transferts de charges qui ont impacté les revenus directs et indirects des ménages. Ce sont notamment ces coupes qui ont permis de réduire la dette de la Confédération et donné cette marge de manoeuvre budgétaire dont on dispose aujourd'hui pour affronter la pandémie. En quelque sorte, la majorité de la population, les salariés, a donc déjà payé cette crise.

On ne peut naturellement pas en dire autant des entreprises et de certains de leurs actionnaires, qui ont bénéficié des [PAGE 622] trois dernières baisses d'impôts, alors que certaines de ces entreprises se sont d'ailleurs mises en difficulté elles-mêmes à cause de leurs politiques de versement de dividendes et de rachat de leurs actions.

Le groupe socialiste apporte donc un soutien critique à ce deuxième supplément au budget 2020 et continuera à s'engager, aux côtés des syndicats et des associations progressistes, pour à la fois mobiliser et défendre les conditions de travail, les salariés, les locataires et les retraités.