Bauer Philippe · Ständerat · 2020-06-08
Bauer Philippe · Ständerat · Neuenburg · FDP-Liberale Fraktion · 2020-06-08
Wortprotokoll
Je vous dévoile tout d'abord mes liens d'intérêts: je suis président de la Convention patronale de l'industrie horlogère et, surtout, je viens de l'Arc jurassien, région tournée vers l'industrie mécanique, en particulier vers la mécanique de précision et la microtechnique. C'est une région où on aime le travail bien fait.
Aujourd'hui dans l'Arc jurassien, sur les 50[NB]000 collaborateurs conventionnés de l'horlogerie - voire les 56[NB]000 ou 57[NB]000, si l'on y ajoute les non conventionnés -, entre 35[NB]000 et 40[NB]000 souffrent d'une réduction de leur horaire de travail. Dans l'industrie des machines, du côté de Swissmem - qui regroupe un peu plus de 200[NB]000 collaborateurs -, les trois quarts approximativement sont en réduction de l'horaire de travail.
On nous annonce par ailleurs une grave crise dans l'Arc jurassien qui pourrait ressembler à celle des années 1970 avec une perte d'un tiers, voire de la moitié, des places de travail. Or, l'initiative populaire et le contre-projet empêcheraient les entreprises de diversifier un peu leur champ d'activité. C'est en effet à cela qu'elle revient en définitive. Par le biais de cette initiative et du contre-projet, on dit à l'industrie mécanique, aux entreprises horlogères, aux entreprises actives dans la micromécanique qu'elles doivent renoncer à diversifier leur production, qu'elles doivent rester dans une économie circulaire où les décolleteurs de la vallée de Tavannes, où les polisseurs du Locle travaillent uniquement pour les entreprises horlogères.
Cette restriction de la diversification est de nature à augmenter encore la crise horlogère. Surtout, lorsqu'on parle de 5 pour cent du chiffre d'affaires. Pensez à ce que cela représente pour une PME qui fait environ un million de francs de chiffre d'affaires par année, c'est-à-dire à peu près 80[NB]000 francs par mois, et qui a six ou sept collaborateurs. Cela signifie que si cette entreprise accepte une commande de plus de 4000 francs par mois - par exemple dans le cadre d'un projet de "rétrofitage" militaire, mais cela pourrait concerner aussi la réfection des véhicules Duro que nous avons acceptée, ou encore une entreprise qui produit des micromoteurs, utiles aussi, c'est vrai, au secteur de l'armement -, donc si sur les 80[NB]000 francs, 4000 francs proviennent du secteur militaire, l'entreprise n'aura plus accès aux prêts de la Banque nationale, selon les termes de l'initiative.
Je crois qu'aujourd'hui nous devons clairement dire non. Cela suffit, notre économie ne peut pas s'offrir le luxe de renoncer à ce genre de contrats. L'économie de l'Arc jurassien, l'économie de la mécanique, nos entreprises horlogères ne peuvent pas s'offrir cette absence d'accès à un certain nombre de crédits.
C'est pour cela que je vous conjure de proposer au peuple et aux cantons de refuser cette initiative et de ne pas entrer en matière sur le contre-projet.