Walder Nicolas · Nationalrat · 2020-06-08
Walder Nicolas · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2020-06-08
Wortprotokoll
Les lobbies des multinationales ont gagné une étape. En séance de conciliation, ils ont réussi à faire enterrer le dernier véritable contre-projet à l'initiative pour des multinationales responsables. En fait, les dés étaient jetés bien avant le début de la séance, sachant que les partis de droite - PDC, UDC et PLR - avaient bien sélectionné leurs parlementaires participant à cette séance afin de s'assurer que le contre-projet du Conseil national ne puisse pas être retenu. Le suspense fut donc de courte durée, jusqu'à ce que le contre-projet alibi du Conseil des Etats l'emporte. Un contre-projet qui décharge les grandes entreprises ayant leur siège en Suisse de toute responsabilité lorsqu'elles commettent des crimes contre l'environnement et les droits humains; un contre-projet qui n'inclut ni incitations fortes, ni obligations, ni même sanctions dignes de ce nom; un contre-projet qui se contente d'exiger des multinationales de vagues promesses et une brochure sur papier glacé. C'est dommage, car la version du Conseil national aurait non seulement amené à retirer l'initiative, mais surtout incité toutes les multinationales à prendre des mesures pour limiter les atteintes aux droits humains et à l'environnement. Cela aurait permis de dire aux Colombiens, aux Congolaises et aux Indiens que la Suisse n'entend pas cautionner plus longtemps les graves violations des droits humains et les dégradations de l'environnement dont ils et elles sont les témoins au quotidien. Cela aurait redonné à la Suisse une légitimité et une crédibilité lorsqu'elle évoque à l'international les droits humains et la lutte contre les changements climatiques. Au final, l'histoire jugera ce choix fait par la Conférence de conciliation de privilégier l'immobilisme, tout en étant pleinement consciente des enjeux pour des millions de vies humaines à travers le monde.
Aujourd'hui, les Verts vous appellent à refuser le contre-projet alibi qui vous est soumis afin de ne pas vous rendre complices de cette escroquerie, qui vise à faire croire à la population qu'on agit, alors qu'on bétonne le statu quo. Ce contre-projet est le résultat d'une double lâcheté: celle de ne pas oser imposer aux multinationales d'assumer leurs responsabilités et celle de ne pas oser défendre le statu quo face à [PAGE 734] la population, en préférant s'abriter derrière un contre-projet vide de substance.
Les Verts ne se prêteront pas à cette mascarade et vous appellent à rejeter ce contre-projet.