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Mazzone Lisa · Ständerat · 2020-06-18

Mazzone Lisa · Ständerat · Genf · Grüne Fraktion · 2020-06-18

Wortprotokoll

Je ne reviendrai pas sur ce qui a été dit au sujet de la situation dans laquelle se trouve la presse aujourd'hui, de la façon dont Internet et la Toile absorbent et envoient à l'étranger les revenus de la publicité, qui disparaît des titres que l'on connaît et qu'on lit quotidiennement. Je veux apporter un point de vue plus jeune, puisque j'appartiens à une génération qui a grandi avec Internet, une génération qui est coutumière - voire qui a une accoutumance à cet instrument - d'Internet et des informations qui s'y trouvent.

Ce qui m'a impressionnée dans le message, qui m'a rassurée aussi, c'est le sondage qui a été réalisé sur le pouvoir d'opinion des différents médias. On y voit que le pouvoir d'opinion de la presse écrite n'a en réalité pas faibli chez les jeunes, au contraire. Il est même un peu plus élevé chez les moins de 30 ans que chez les 30 à 45 ans. Ce qui chute en revanche chez les jeunes - c'est générationnel -, c'est la télévision qui est remplacée par les grands médias en ligne. Il est donc assez intéressant de voir que la presse écrite demeure très importante dans la formation de l'opinion et pour s'orienter dans la grande jungle médiatique.

Depuis des années, la presse tente de développer un modèle économique qui lui permette de lutter contre la concurrence de la vaste Toile, contre la fuite de la publicité. Force est de constater qu'en Suisse romande, cela ne fonctionne pas. Un grand nombre de titres ont disparu. On peut penser à "L'Hebdo", on peut penser au "Matin" version papier, on peut penser encore à des journaux régionaux qui ont disparu pendant la crise du Covid-19. Et ce ne sont pas seulement des titres qui disparaissent, mais aussi la diversité d'opinion et la possibilité de forger un débat pluriel.

Quand je suis entrée en politique, la rédaction de la "Tribune de Genève" était répartie sur quatre étages. Elle n'en occupe aujourd'hui plus que deux. Mais plus que les étages, ce sont le nombre de journalistes et le contenu qui ont diminué, avec notamment des rédactions fusionnées et, donc, une qualité de la presse qui a changé.

Moins de journalistes, c'est moins de perspectives, moins d'approches différentes. C'est pour cela que je considère l'aide à la presse comme un instrument absolument indispensable, qui a fait ses preuves, mais qui malheureusement ne suffit pas. Il faut être conscient que, malgré toutes les mesures dont on parle aujourd'hui, aucune d'entre elles ne va combler les pertes qui sont encaissées actuellement par les titres. Il faut en être conscient. On est en train de parler de survie.

Pour autant, je ne considère pas que ce projet est un cadeau. Je pense que le message que nous envoyons est un message en faveur de la qualité, un message en faveur du journalisme. Nous attendons des éditeurs que ce soutien serve aux rédactions, qu'il serve aux contenus, qu'il permette aux médias de garantir la couverture des événements politiques et de la société, et de vraiment miser sur ce bien culturel qu'est l'information.

Concernant l'aide indirecte à la presse et son élargissement, il est important de dire qu'il est d'autant plus essentiel que le nombre d'exemplaires diminue - on l'a dit, il y a une contraction de la presse par abonnement - et donc que les coûts pour la distribution augmentent, ainsi que les tarifs. C'est un développement qui est absolument indispensable, simplement pour couvrir le renchérissement de ces coûts.

Dans ce domaine, je tiens à me réjouir de deux progrès qui ont été réalisés en commission. Le premier, c'est le principe de gradation: il s'agit de soutenir de manière différenciée les plus petits titres actuellement soutenus, les titres régionaux et locaux, et les plus grands, en apportant un soutien plus important aux plus petits. Cela permet aussi de pousser à maintenir la diversité de la presse, et d'empêcher la fusion de titres en encourageant à maintenir les titres dont le tirage se situe en dessous de 40[NB]000 exemplaires.

Je reviendrai ensuite à l'aide indirecte à la distribution matinale.

Le soutien à la formation, aux agences de presse ainsi que les investissements dans les technologies numériques me paraissent d'autant plus indispensables que l'Agence télégraphique suisse - notre plus fidèle auditeur, qui doit d'ailleurs nous écouter en ce moment -, est absolument essentielle pour garantir la diffusion de l'ensemble du contenu politique, y compris des débats qui ont peut-être moins d'éclat, mais qui sont tout aussi importants pour le public.

Reste la question de l'aide aux journaux en ligne. Pour moi, il est clair qu'Internet est une jungle, une jungle dont le contenu foisonne. Ce contenu est souvent gratuit et d'une qualité inégale. C'est le paradis des "fake news". Toutes les tentatives entreprises pour essayer de lutter contre elles et d'apporter de la véracité ne sont pour l'instant pas suffisantes pour garantir l'exactitude des faits. Donc, l'enjeu du volet consacré aux médias en ligne, c'est justement d'attirer le public suisse vers un contenu qui soit de référence, un contenu qui réponde à des codes déontologiques et qui se rapporte aux actualités de notre pays, y compris de nos communes et de nos régions; bref un contenu qui soit diversifié et qui nous soit propre.

Ce qui est clair, c'est que pour créer une information de qualité, on a besoin d'argent - ce n'est pas très étonnant et c'est heureux. Tant qu'on n'a pas atteint une masse critique suffisante, ces offres peinent à être rentables, et c'est un cercle vicieux, car elles ne parviennent pas, par conséquent, à se développer et à attirer de nouvelles personnes. Tout l'enjeu est de créer cette passerelle. C'est un pari pour notre avenir, et c'est pour cela que je soutiens le projet qui vise à considérer les médias comme faisant partie d'un système constitué d'éléments interdépendants qui s'imbriquent pour former les rouages d'un mécanisme.[GZ]

Je vous remercie d'entrer en matière sur le projet.