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Mazzone Lisa · Ständerat · 2020-06-18

Mazzone Lisa · Ständerat · Genf · Grüne Fraktion · 2020-06-18

Wortprotokoll

Je me permets de répondre à M. Minder en décalé. Il nous demandait tout à l'heure de quoi nous avions peur. Je vais vous le dire. Quand on demande à des jeunes, à Genève, qui est la présidente de la Confédération, ils nous répondent "Emmanuel Macron". Quand on leur demande qui est Ignazio Cassis, ils nous répondent que c'est un joueur de foot. Voilà le risque auquel on est confronté.

J'estime que s'il y a un endroit où l'on doit faire de la politique régionale, c'est ici, au Conseil des Etats. C'est ici, dans notre conseil, qu'on peut assurer que toutes les régions soient couvertes et puissent recevoir une presse suffisamment diversifiée. Car la richesse de la Suisse est aussi l'un de ses obstacles du point de vue économique, puisqu'elle est plurielle, qu'elle se divise en régions linguistiques, en cantons. C'est aussi un public extrêmement petit, ce qui rend le marché très difficile. La question qui se pose ici est de savoir à combien doit s'élever l'enveloppe: 40 ou 60 millions de francs.

Il faut savoir qu'à quelques exceptions près, la distribution matinale dont on parle - soit la livraison du journal à 6 heures 30 sur le pas de votre porte - est une réalité extrêmement répandue. C'est le cas à Genève, mais aussi à Fribourg où "La Liberté" est livrée pour deux tiers en distribution matinale. En Valais, cela a été dit, "Le Nouvelliste" est livré à plus de 80 pour cent en distribution matinale. Voilà pour les exemples romands. Il y a encore l'exemple schaffhousois qui est mentionné dans le rapport: les "Schaffhauser Nachrichten" sont distribuées à 90 pour cent en distribution matinale.

Qu'est-ce que cela veut dire? Cela veut dire que ces journaux ne touchent aucune aide sur la part qui est livrée en distribution matinale, ils ne sont pas soutenus. Concrètement, pour [PAGE 608] les titres qui sont actuellement soutenus - qui ont donc un tirage inférieur à 40[NB]000 exemplaires -, c'est la moitié des exemplaires qui n'est pas couverte par l'aide indirecte à la presse. Pour les autres quotidiens, c'est un quart des exemplaires seulement qui est couvert par l'aide à la presse.

Et pourtant, le fait de recevoir son journal aux aurores, sur le pas de sa porte, est une attente qui est exprimée très clairement par les lectrices et les lecteurs. C'est une attente parce que, aujourd'hui, à l'heure du numérique, le journal que l'on reçoit à midi ou à midi trente avec la Poste est déjà éculé et dépassé au moment où il arrive. L'enjeu est donc de pouvoir conserver les lectrices et les lecteurs avec une offre qui répond à leur demande. Parce qu'il ressort aussi que de nombreux abonnés notifient aux journaux en question que leur abonnement n'est plus intéressant s'ils se retrouvent à le lire le soir.

Alors c'est un casse-tête pour ces titres. Ils doivent maintenir ce service de distribution matinale pour conserver leurs lectrices et leurs lecteurs, mais ils ne bénéficient que de peu d'aide indirecte à la presse en tant que soutien pour la distribution par la Poste. Du coup, la grande difficulté, c'est qu'ils se retrouvent confrontés à des difficultés économiques. Et ils ont besoin d'être aidés comme les autres.

Alors certains diront aujourd'hui que tout doit être numérique, mais la réalité du terrain est autre. Les lecteurs continuent à demander leur journal en papier. Les journaux développent leur offre en ligne, mais la majorité des lectrices et des lecteurs continuent à demander à recevoir leur exemplaire papier.

Pour réussir à faire la transition, c'est-à-dire à faire passer les lectrices et les lecteurs vers une offre en ligne au cours des dix prochaines années, comme c'est prévu dans le message, c'est absolument essentiel de les conserver. En effet, une fois que les lecteurs sont perdus, on n'arrive plus à les faire revenir. A cet égard, une carte dans le rapport sur la distribution matinale est très intéressante, parce qu'on y voit l'importance de cette distribution: cela touche énormément de titres et de régions. Je la tiens d'ailleurs à disposition si cela intéresse certaines ou certains d'entre vous. Or tous ces exemplaires qui sont distribués plus tôt ne voient pas la couleur d'un soutien à la distribution.

Le transport, c'est 20 pour cent des coûts des éditeurs. Si on enlève ailleurs, on touche très vite à la substance, au contenu, parce que, en réalité, on est dans l'artisanat du journalisme qui est de façonner un journal. C'est pour cela qu'il est essentiel d'apporter ici un soutien.

Le groupe de travail, qui était composé de la Poste, des éditeurs et d'autres acteurs du domaine de la distribution, est arrivé à la recommandation qu'il faut 60 millions de francs pour introduire ces rabais pour la distribution matinale. Il n'est pas arrivé à ce chiffre par hasard. C'est le résultat d'un objectif précis, à savoir équilibrer le soutien entre la distribution matinale et la distribution postale, tout en gardant la distribution par la Poste plus attrayante. Avec les soutiens octroyés, la distribution par la Poste reste plus attrayante que la distribution matinale.

Je tiens à répéter ici que, grâce à la gradation que nous avons introduite en commission, les montants se déclinent entre un montant plus bas pour les grands titres et un montant plus grand pour les petits titres, ce qui permet là encore d'avoir un impact très direct sur la diversité de la presse.

Donc on parle d'un rabais d'environ 25 centimes pour les titres dont le tirage est de moins de 40[NB]000 exemplaires - tels qu'"Arcinfo", "La Côte", "Le Quotidien jurassien", "Le Temps", le "Walliser Bote" ou encore le "St. Galler Tagblatt", pour n'en mentionner que quelques-uns. Il est clair que cela devient intéressant en comparaison avec la distribution postale pour laquelle le rabais est aujourd'hui fixé à 27 centimes.

Avec une enveloppe de 40 millions de francs, en revanche, le rabais tombe respectivement à 10 et 17 centimes pour les grands et les petits.

Pour les titres à bas tirage, la différence entre 40 et 60 millions, entre 17 et 25 centimes - donc de 8 centimes - rapportée au nombre d'exemplaires est conséquente. Elle est même déterminante, parce qu'il s'agit de titres qui tirent le diable par la queue. Il faut être très clair, il s'agit de titres qui connaissent des difficultés financières. Si on compare ce rabais à celui accordé pour la distribution par la Poste, avec les 20 millions supplémentaires et la gradation acceptée à l'instant, on a une différence substantielle, parce que le rabais pour la distribution par la Poste pour les petits s'élèvera alors à environ 35 centimes, alors que celui pour la distribution matinale s'élèvera à environ 25 centimes. Donc cela restera toujours et très clairement beaucoup plus intéressant de choisir la Poste.

En revanche, ceux qui utilisent déjà aujourd'hui la distribution matinale, et qui ne reçoivent aujourd'hui pas de subventions pour cette distribution matinale, vont pouvoir être soutenus et assurer leur pérennité. Des titres tels que ceux que j'ai mentionnés, comme "La Liberté", "Le Nouvelliste", évidemment "La Tribune de Genève" aussi, y trouvent un intérêt. Ce n'est pas pour aller prendre des autres parts de marché, c'est simplement pour garantir leur pérennité financière.

Le problème actuel, il est très important de le relever, est que le nombre d'abonnés total se contracte. Distribuer chaque exemplaire devient plus cher, vu qu'il y en a moins. Les journaux se trouvent actuellement dans une situation où ces prix-là augmentent. Ils ont donc d'autant plus besoin d'avoir un soutien supplémentaire apporté à la distribution matinale, lequel corresponde à un ordre de grandeur qui soit dans la cible par rapport aux enjeux économiques devant lesquels ils se trouvent. Je le répète, toutes les mesures que nous sommes en train d'introduire ne couvrent pas les pertes que ces titres encaissent.

Avec 40 millions de francs, nous allons plutôt soutenir avant tout les grands titres basés chez nos collègues zurichois. Avec 60 millions, nous allons plutôt soutenir la diversité de la presse, via les cercles vertueux que j'ai mentionnés.

Il y a un autre argument que je trouve important, après avoir eu l'occasion de m'entretenir avec plusieurs responsables de journaux. Avec une telle aide, qui serait conséquente et s'approcherait de l'aide actuelle à la distribution postale, il pourrait être intéressant pour certains titres - là par exemple où la distribution matinale est très peu répandue, comme dans les cantons de Vaud, du Tessin ou du Jura - de développer davantage la distribution matinale et d'offrir ce service aux lectrices et aux lecteurs pour les fidéliser.

C'est pour ces raisons que je vous invite à soutenir cette proposition de minorité.

J'ai exposé les grands contours. Il me semble encore important de relever que, grâce à cette nouveauté introduite au niveau de la distribution matinale, on va aussi améliorer les conditions de travail dans les entreprises qui apportent les journaux le matin. On fixe en effet des conditions-cadres qui sont favorables, et qui me semblent absolument essentielles, en relation notamment avec la grande discussion autour de l'aide indirecte pour la distribution postale et celle pour la distribution matinale.