Lexipedia

Sommaruga Carlo · Ständerat · 2020-09-21

Sommaruga Carlo · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-09-21

Wortprotokoll

Je partage complètement les préoccupations exprimées par nos collègues Hegglin et Knecht. En effet, j'avais été, à l'époque, sensibilisé par les boulangers genevois quant à la situation de l'ensemble des boulangers suisses face à la concurrence étrangère et à la vente du pain d'origine étrangère et produit à l'étranger. J'ai donc déposé, lors de la session d'automne 2019, une motion, alors que j'étais encore conseiller national, pour défendre la production de pain suisse, à savoir le pain fait en Suisse avec des céréales suisses. Je proposais, par cette motion, l'introduction d'un label pour ce pain exclusivement suisse, un peu dans le sens de ce qui vient d'être introduit en France, avec le label "Boulanger de France" qui a été mis en vigueur en janvier de cette année.

Nos collègues, que ce soit M. Hegglin ou M. Knecht, ont indiqué la nécessaire protection des boulangers suisses et de leur savoir-faire contre l'insoutenable concurrence, notamment en raison de la production industrielle qui nous provient de l'étranger. Ils ont donc souhaité prendre le problème par l'autre côté, à savoir par l'indication du pays d'origine de production du pain, alors que moi je proposais quelque chose pour indiquer quel était le pain suisse.

Je me réjouis donc que la commission, tout en rejetant la motion Hegglin Peter qui a été entre-temps retirée, propose dans sa motion la reprise de l'exigence d'indication visiblement écrite quant au pays de production du pain mis en vente en Suisse. Cela permettra, j'en suis certain, d'amener à réfléchir, au moment de l'achat du pain, et de prendre conscience qu'il est important de soutenir la production de pain local plutôt que de pain importé.

Comme je le mentionnais dans le développement de ma motion, chaque année en Suisse, une soixantaine de boulangeries, tenues par des petits patrons indépendants, mettent la clé sous le paillasson. Selon un mot d'un commentateur, c'est l'érosion silencieuse d'un monde et d'un savoir-faire. En effet, les artisans boulangers sont mis sous pression par la grande distribution, par les stations-services et surtout par les importations toujours plus importantes de produits finis surgelés de certains pays de l'Est européen. La possibilité pour les distributeurs de pain de se fournir à bas prix dans certains pays comme la Pologne ou la Roumanie a cassé le marché local. Par exemple, les croissants produits dans ces pays peuvent être commandés au prix de 11 centimes, alors que les coûts de production en Suisse sont supérieurs à 1 franc. Les produits à des prix très bas sont importés par camion ou même par avion avec un bilan CO2 catastrophique. Cela se fait sans que les consommatrices et les consommateurs ne soient informés de manière détaillée. Ces consommatrices et consommateurs sont trompés d'ailleurs par l'odeur de la cuisson du pain flottant dans les lieux de vente, pensant que ce qui cuit dans le four est un produit local, alors que c'est un produit enfourné congelé, ayant parcouru plus de 1000 kilomètres avant d'arriver chez la consommatrice ou le consommateur.

Si, aujourd'hui, il n'est pas possible de remettre en cause les importations en raison des accords de l'OMC ou de ceux nous liant à l'Union européenne, il faut une transparence totale pour favoriser le choix responsable des consommatrices et des consommateurs en faveur du pain produit localement, permettant le maintien de l'emploi, du savoir-faire et la réduction de l'impact négatif sur l'environnement.

Je vous invite donc à adopter la motion de la commission.