Marra Ada · Nationalrat · 2020-09-24
Marra Ada · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-09-24
Wortprotokoll
D'abord, un immense merci à la Jeunesse socialiste d'avoir lancé cette initiative et d'avoir récolté les signatures. Merci à elle d'être l'une des forces de proposition les plus importantes de cette dernière décennie. Elle avait déjà lancé la discussion sur les inégalités avec son initiative "1:12 - Pour des salaires équitables" et cassé un tabou très fort en Suisse, à savoir le niveau des salaires, dans un souci de cohésion sociale. Aujourd'hui, elle revient avec un problème qui touche non seulement la fiscalité, mais aussi la démocratie, à savoir la concentration des richesses.
Eh oui, nous sommes dans un débat classique marxiste, entre le capital et la force de travail. Souvent, on entend dans les milieux du capital que seul le néo-libéralisme garantit la démocratie. Eh bien, ici, j'affirme le contraire. Pourquoi? Je prends un exemple concret.
On a vu dans une commune vaudoise la construction d'un EMS selon le voeu d'un riche donateur, également constructeur de meubles. Mais peut-être que cette commune avait besoin d'une crèche ou d'une garderie. Quand des fortunes mondiales décident de créer des fondations privées et décident seules quelle recherche mérite d'être menée, quelle maladie d'être éradiquée, cela échappe au débat public et démocratique.
En Suisse, le 1 pour cent des plus riches accumule près de 50 pour cent des richesses. Nous avons un problème de redistribution des richesses. Entre 2006 et 2015, la distribution de cash aux actionnaires via les dividendes et les rachats d'actions en Suisse a doublé, passant d'un peu plus de 50 milliards de francs à plus de 100 milliards de francs, soit un accroissement de 5 milliards de francs chaque année en moyenne. Du côté de la population en revanche, les salaires réels ont baissé ou stagné. Alors, oui, il y a un problème de répartition et de cumul des richesses. Cette initiative ne fait pas la révolution, et son contre-projet non plus. Le système ne changerait pas réellement, mais cette initiative remet de l'ordre social.
Comment peut-on accepter que les gains réalisés sans effort soient moins taxés que le revenu du travail? Comment peut-on dire à quelqu'un qui a travaillé toute sa vie qu'il ne gagnera pas assez à sa retraite et que son propre pays, la Suisse, le pousse vers l'exil comme cela arrive si souvent? Alors oui, il ne faut pas avoir honte d'assumer de prendre l'argent là où il est, surtout s'il est gagné sans grande douleur. Il faut le redistribuer et il faut en donner le pouvoir aux collectivités publiques, aux gens, au débat démocratique.
Ne caricaturons pas non plus les choses, il n'y a pas non plus d'un côté les gentils travailleurs et de l'autre les méchants capitalistes. Il y a simplement un système qui favorise les deuxièmes. Pourtant, il y a parmi ceux-ci des gens qui se rendent compte de l'ineptie du système et qui demandent à être taxés plus fortement, notamment dans le monde anglo-saxon. Ils disent aux Etats: "Taxez-nous! Taxez-nous bien plus!" Il y a bien sûr parmi ceux-ci des philanthropes, mais il y a aussi des vrais libéraux, qui pensent que chaque génération doit repartir de zéro et qu'il ne faut pas accumuler l'argent de papa ou maman, que le cumul des richesses transmises entre générations ne relève pas d'une pensée libérale. S'en trouvera-t-il dans cette salle? C'est que nous verrons au moment des différents votes sur cette initiative.