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Amaudruz Céline · Nationalrat · 2021-03-03

Amaudruz Céline · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2021-03-03

Wortprotokoll

Lors de sa séance du 26 février 2021, la Commission de l'économie et des redevances a discuté, longuement et sans relâche, non seulement des mesures mais surtout des assouplissements souhaités. A plusieurs reprises, des propositions ont été faites, des motions ont été adoptées, des lettres ont été adressées au Conseil fédéral, sans pour autant que les requêtes exprimées aient été entendues.

C'est la raison pour laquelle la commission a décidé de procéder par voie de déclaration, et ce conformément à l'article 32 de son règlement. Le Conseil national va ainsi, aujourd'hui, inviter instamment le Conseil fédéral à assouplir les mesures de protection contre le coronavirus.

La majorité de la commission est consciente du fait que la situation sanitaire impose des décisions et autres mesures incommodantes, mais nous devons nous livrer à une analyse politique. Cela nous contraint à prendre en compte d'autres facteurs que le "seul" aspect sanitaire. C'est l'ensemble de la stratégie de lutte contre la maladie que nous devons évaluer. Il est essentiel que les diverses obligations et restrictions s'insèrent dans un cadre général compréhensible afin d'emporter l'adhésion du plus grand nombre.

Force est de constater que l'hostilité à certaines mesures grandit, alors que seule leur acceptation peut nous conduire au succès. Dès lors qu'on ne comprend pas son but, toute mesure est considérée comme une chicane inutile, une contrariété vide de sens. Dès lors qu'on révèle des incohérences, dès lors que des lits aux soins intensifs sont disponibles en grand nombre, des mesures contre les libertés individuelles et la liberté économique sont tout simplement insupportables pour la population. L'incompréhension nous saisit, par exemple, lorsque l'on voit des colonnes de skieurs attendant les remonte-pentes, lorsque l'on voit des centaines de personnes entassées sur les quais, alors que l'ouverture des restaurants, des terrasses est interdite.

Le Conseil fédéral a certes consulté les cantons, mais il n'a tenu aucun compte des réponses reçues, s'entêtant à limiter sa réflexion aux seules recommandations de la task force Covid-19.

On pouvait se limiter à un tel horizon au début de la crise. Mais, sur la durée, cela n'est pas supportable. J'imagine volontiers que nous sommes nombreux dans cette assemblée à avoir été approchés par des particuliers et des organisations, qui tiennent à nous faire savoir à quel point la situation qu'ils traversent est dramatique, et elle l'est! Nous ne pouvons pas faire comme si nous n'avions rien vu, rien entendu, auquel cas nous faillirions à notre responsabilité.

C'est pourquoi la majorité de la commission vous propose d'adresser au Conseil fédéral les cinq recommandations que je vais énoncer.

Première mesure: changement de stratégie, intensification des tests et des vaccinations, incitation à la vaccination, plus d'ouvertures et moins d'interdictions.

Deuxième mesure: suppression immédiate de la règle des cinq personnes, y compris dans les locaux fermés. [PAGE 75]

Troisième mesure: réouverture des entreprises de restauration, ainsi que des établissements actifs dans le domaine de la culture, du divertissement, des loisirs et du sport dès le 22 mars 2021. Le Conseil fédéral est chargé d'établir des mesures de protection nécessaires s'il ne les délègue pas aux cantons.

Quatrième mesure: utilisation modérée des terrasses pour la consommation de mets à l'emporter immédiatement permise pour les cantons.

Cinquième mesure: élaboration immédiate d'une stratégie de réouverture apportant une certaine sécurité en matière de planification pour les manifestations culturelles et sportives de grande ampleur.

On ne compte plus les professionnels que les mesures ont ruinés, qui avaient investi l'essentiel de leurs biens dans leur entreprise. Les jeunes en formation, apprentis ou étudiants, peinent à acquérir les connaissances nécessaires à leur carrière. La vie associative agonise. De nombreux sportifs d'élite ou populaires sont privés d'entraînement ou de compétition, ce qui provoque une baisse de niveau. Les évènements culturels - festivals de musique entre autres - ont disparu du paysage.

Tout cela ne saurait perdurer. Nous avons assez sacrifié sur l'autel du Covid-19. Il ne faut pas le laisser nous priver de la vie. Pour un futur mal défini et peut-être lointain, nous sommes en train de renoncer à notre présent. Placer le curseur au bon endroit entre nécessité sanitaire et nécessité sociale est un choix politique. En tant que parlementaires, c'est notre rôle d'en débattre et de faire des propositions.

La majorité de votre commission est consciente des limites d'une telle déclaration. Mais elle a valeur de symbole, de signal éminemment plus clair que des lettres et d'alternative à une inscription dans la loi qui pourrait être controversée. Elle se veut le reflet du sentiment populaire, la manifestation tangible par laquelle notre conseil exprime compréhension et empathie envers celles et ceux qui souffrent.

Nos propositions sont la traduction dans la pratique des attentes de la population auxquelles le Conseil fédéral est resté sourd jusqu'ici. La mise en oeuvre de nos propositions constitue une condition essentielle en vue d'organiser une cohabitation supportable avec le virus dans la mesure où il va peser encore longtemps sur nos existences.

La minorité de notre commission estime qu'il ne nous appartient pas d'influencer le Conseil fédéral et met en garde notre conseil contre les risques potentiels de vouloir prendre les commandes. La minorité de la commission vous propose donc de rejeter la déclaration dont nous débattons.