Klopfenstein Broggini Delphine · Nationalrat · 2021-03-17
Klopfenstein Broggini Delphine · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2021-03-17
Wortprotokoll
Les auteurs de l'initiative "Oui à la protection des enfants et des jeunes contre la publicité pour le tabac (enfants et jeunes sans publicité pour le tabac)" ont raison. Oui, la Confédération et les cantons doivent promouvoir la santé des enfants et des jeunes, notamment en interdisant toute forme de publicité pour les produits du tabac qui leur est adressée. Comment comprendre aujourd'hui le Conseil fédéral, qui met dans la balance d'un côté la santé des jeunes et des enfants et de l'autre celle de l'économie, faisant par là triompher la santé de l'industrie du tabac?
Sur le plan éthique et éducatif d'abord, on le sait, l'excès de publicité à un effet pervers sur les enfants et sur les jeunes, préparant ainsi le terrain viral de la surconsommation, en soi déjà un phénomène problématique, mais qui l'est d'autant plus que la consommation de tabac porte atteinte à la santé. C'est deux fois la peine; l'agression est double, et on pourrait même dire triple. Car, au-delà de l'effet dévastateur de la publicité pour un produit nocif, de surcroît sur la santé de nos propres enfants, il y a aussi l'effet dévastateur sur l'environnement dont on ne parle certainement pas assez.
Selon une analyse scientifique publiée en 2018 dans la revue "Environmental Science and Technology", on apprend que la production des 32,4 millions de tonnes de tabac brut cultivé en 2014 dans le monde et utilisé pour la production de 6 billions de cigarettes a entraîné l'émission de quelque 84 [PAGE 553] millions de tonnes d'équivalent CO2, ce qui correspond à 0,2 pour cent des émissions mondiales. Et l'étude d'ajouter que la production de tabac est responsable d'une consommation de carburants fossiles de 21 millions de tonnes, soit à peu près la consommation d'énergie totale de la Hongrie. Autrement dit, et pour y voir plus clair encore, on peut comparer l'empreinte carbone du fait de fumer un paquet de cigarettes par jour à celle de la consommation de 8 kilogrammes de viande. En plus de l'impact environnemental lié aussi à la monoculture de tabac dans des régions du monde dont les surfaces pourraient aussi être affectées à d'autres choses, notamment à la production de denrées alimentaires, il y aussi un effet que l'on connaît bien ici, celui du "littering".
On le sait et surtout on le voit, les mégots jonchent les trottoirs, il y en a sur les plages, le bord des rivières. C'est probablement le déchet qu'on jette le plus souvent dans la nature. Il finit dans les eaux pluviales quand il n'est pas traité par les stations d'épuration et atteint les cours d'eau. Un seul mégot peut polluer à lui tout seul jusqu'à 500 litres d'eau. Je le disais, c'est la triple peine: la publicité pour des produits nocifs pour la santé ou l'environnement - qu'il s'agisse du tabac, de l'alcool, de produits sucrés, de compagnies aériennes ou même de voitures - devrait être purement et simplement interdite, et ce d'autant plus quand on prend en otage nos enfants.
Le Conseil fédéral décide dans ce dossier de soutenir l'industrie du tabac tandis que l'Etat et notre système de santé payent les pots cassés. Quel mauvais calcul! Le groupe des Verts, au contraire, vous encourage à calculer juste et à soutenir cette initiative populaire.