Wermuth Cédric · Nationalrat · 2021-06-02
Wermuth Cédric · Nationalrat · Aargau · Sozialdemokratische Fraktion · 2021-06-02
Wortprotokoll
Nous avons beaucoup parlé ces derniers jours et mois de l'importance de la souveraineté démocratique de notre pays. C'est un débat que nous jugeons, comme socialistes, très important. Bien sûr, dans une Europe qui ne cesse de se rapprocher, la relation entre la souveraineté démocratique et l'unification européenne doit être constamment affinée. Le Parti socialiste a toujours salué le fait que ce débat soit mené avec soin et équilibre. La souveraineté démocratique est peut-être le bien le plus précieux qui doit être préservé dans une démocratie et ses institutions dignes de ce nom. Dans l'histoire de notre pays, c'est avant tout le mouvement ouvrier qui a lutté pour l'établissement et le renforcement de cette démocratie.
Dans notre pays, nous sommes toutes et tous particulièrement fiers de notre démocratie. Jouant sur cette fierté, certaines forces politiques ne manquent jamais de souligner l'importance de la défendre contre les ennemis réels ou supposés venant de l'extérieur. Ce qui est vraiment étonnant, c'est que ces mêmes forces, malheureusement majoritaires dans cette salle, ne soulignent jamais l'existence de l'influence des ennemis intérieurs de la démocratie. Ils ont tort, car la perte de souveraineté liée par exemple à Bruxelles est négligeable en comparaison à celle induite par la puissance des lobbys, ici même, en Suisse. Les grandes entreprises, les groupes d'intérêts économiques et leurs sbires exercent une influence aussi considérable qu'occulte. Pour bloquer des demandes légitimes, surtout de justice sociale et d'équité, ces milieux n'hésitent jamais à brandir des menaces de délocalisation, de suppression d'emplois et de désastres économiques. Dans cette salle, on suit toujours docilement leurs instructions, plutôt que de servir la population qui nous a pourtant élus.
Pour imposer cet avertissement de l'économie, ces groupes de pression n'hésitent pas un instant à infiltrer les partis de droite. C'est cette mainmise des riches et des plus puissants sur la souveraineté démocratique de notre peuple qui menace d'étrangler notre démocratie. La route de la servitude ne passe pas par les socialistes dans tous les partis, mais par les sbires des grandes entreprises dans presque tous les partis.
Ce n'est pas aujourd'hui que nous mettrons fin à ces dérives antidémocratiques. Mais, à défaut, nous pouvons au moins, avec votre aide, les rendre un peu plus visibles et donc responsabiliser un peu plus les partis.
Le combat qui peut prendre fin aujourd'hui est un combat de plusieurs décennies, que le groupe socialiste a mené et qui a longtemps semblé désespéré. Mais aujourd'hui, la pression de la rue est manifestement si forte que même le Parlement commence à bouger.
A titre personnel, je me souviens très bien qu'en 2010, la Jeunesse socialiste du canton d'Argovie avait lancé la première initiative cantonale sur la transparence - je l'avais rédigée de ma propre plume. Il s'agissait de la première, de la plus ambitieuse d'une longue série d'initiatives. Elle n'a échoué que de peu dans les urnes. Quelques années plus tard, elle a été suivie de dizaines d'autres tentatives dans toute la Suisse. Dans les cantons de Schwytz, de Fribourg et de Schaffhouse, elles ont été couronnées de succès.
On peut le tourner et le retourner comme on veut, le temps de la transparence dans le financement de la politique est finalement venu.
Mesurée à cette aune, notre initiative populaire fédérale sur la transparence est véritablement très modérée. En fixant à 10[NB]000 francs le seuil au-dessus duquel toute libéralité doit être divulguée, elle ne couvrira probablement qu'une fraction [PAGE 967] des donateurs, mais c'est quand même la fraction essentielle, car il s'agit de celles et ceux qui ont une véritable influence sur le cours du parti qui en bénéficie.
Néanmoins, le PS suisse, en collaboration avec l'association qui soutient cette initiative, est prêt à faire encore un pas envers vous. Nous l'avons déjà annoncé publiquement et en avons débattu tout à l'heure. Si le contre-projet, qui prévoit un seuil de 15[NB]000 francs suisses et des contrôles aléatoires, franchit tous les obstacles parlementaires, nous sommes prêts à nous engager à prendre acte de cette étape et à retirer l'initiative.
Laissez-moi m'adresser, pour conclure, à nos chères et chers collègues du Conseil des Etats. Gouverner, Mesdames et Messieurs, c'est prévoir. Réfléchissez donc très bien avant de voter. Si le contre-projet devait échouer, cette cachotterie ouvrirait la voie à une large acceptation de l'initiative populaire par le peuple. Je n'ai aucun doute là-dessus. Merci de votre soutien.