AB 283900
Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2021-06-09
Wortprotokoll
Je m'adresse à vous comme plus jeune parlementaire de Suisse romande pour dire haut et fort que je ne veux pas de l'augmentation de l'âge de la retraite des femmes, ni de quiconque. Je m'adresse à vous pour vous assurer qu'il n'y a pas de conflit entre les générations, mais un conflit entre les ambitions de notre société à l'égard de nos aînés.
En tant que jeune femme, je sais ce qu'il en aurait coûté à ma mère, qui a pris sa retraite cette année, si elle avait dû travailler une année de plus.
En tant que jeune femme, je sais que les rentes sont trop faibles et ce que cela représente comme inquiétude pour nos parents et grands-parents et comme charge potentielle pour nous.
En tant que jeune femme, je sais qu'une année de travail en plus, c'est une année de retraite en bonne santé en moins, non seulement pour mes proches, mais aussi plus tard pour moi-même.
En tant que jeune femme, je vois les inégalités qui se dressent tout au long de mon chemin, comme j'ai vu ma mère et ma grand-mère les affronter, comme je vois ma petite soeur les affronter dans son parcours professionnel: inégalités salariales, inégalités dans les retraites, charge de travail non rémunéré bien plus grande, obstacles pour obtenir ou conserver une place de travail ou un taux de travail approprié, conditions de travail qui ne permettent pas toujours de rester en poste, notamment avec le harcèlement sexuel qui n'est toujours pas correctement combattu.
En tant que jeune femme, je sais compter, autant que les groupes bourgeois, et je vois bien que l'argument de la démographie qui forcerait - théoriquement - à augmenter l'âge de la retraite est un mythe qu'il faut absolument combattre. Car il est clair que tout le monde ne voit pas sa durée de vie s'allonger, et encore moins augmenter son nombre d'années de vie en bonne santé. Les différences de revenu ont en effet une influence sur la santé. Les personnes à faible revenu ont une santé moins bonne que les personnes à haut revenu. C'est donc justement ces personnes à bas revenu qui pourront le moins prendre une retraite anticipée, alors que les personnes à haut revenu, qui meurent moins vite, profitent plus longtemps des prestations de la retraite, tout en recevant des pensions de retraite plus élevées. Ainsi, l'espérance de vie ne peut pas être un facteur déterminant pour l'âge de la retraite. Si on augmente l'âge de la retraite, on l'augmente aux dépens de la classe moyenne, des classes travailleuses.
Il s'agit en fait d'une question de perspectives, car les prestations d'aujourd'hui peuvent être financées - si c'est ce que nous voulons politiquement. Mais comme l'AVS est une assurance sociale, solidaire, dont les coûts bureaucratiques sont faibles, elle n'intéresse ni les personnes à haut revenu, ni les gestionnaires de fortune, ni les assurances. C'est pourquoi ces groupes, avec la complicité de la droite de notre Parlement, tentent de réduire les prestations de l'AVS, des prestations cruciales pour les personnes à petit ou moyen revenu.
Augmenter l'âge de la retraite des femmes n'est pas une solution pour financer durablement l'AVS, car c'est une voie coûteuse, compliquée et vouée au rejet du peuple. Cette proposition vise simplement à imposer peu à peu une rhétorique selon laquelle l'augmentation de la durée de vie implique, automatiquement, l'augmentation de l'âge de la retraite de tout le monde. Le but est bien sûr de l'augmenter à terme à 66 ou 67 ans pour toutes et tous.
Si la majorité de ce Parlement voulait vraiment trouver une solution pour l'AVS, l'augmentation de l'âge de la retraite ne serait pas la seule solution envisagée. Et les mesures de compensation ne seraient pas aussi chiches. Un petit mot à ce sujet. Rien ne compense vraiment l'augmentation de l'âge de la retraite des femmes. Ce terme est un abus de langage pour faire passer la pilule. Il s'agit d'acheter une partie plus ou moins grande du corps électoral, des personnes qui vont en bénéficier, avec un montant plus ou moins grand d'argent qui compenserait les mois de temps de travail en plus, ou pour le dire autrement, les mois de rente en moins. Ainsi, AVS 21 est un projet d'augmentation du temps de travail et de diminution des prestations et rien ne compensera cela.
Le groupe des Verts a ainsi déposé plusieurs propositions de minorité afin de permettre aux femmes touchées de plein fouet par cette révision de ne pas perdre trop de la rente à laquelle elles auraient droit. Ce sont des tentatives visant à augmenter les rentes des femmes touchées ou le nombre d'années de ces générations qui recevraient une "compensation". En ce sens, nous soutiendrons toutes les propositions de minorité à l'article 34bis, sauf évidemment la minorité VI (de Courten), non pas parce que cela rendrait la réforme acceptable, mais parce qu'elle serait moins terrible pour les femmes, si d'aventure elle était acceptée. Je vous demande [PAGE 1190] de montrer le même respect à ces femmes qui seraient touchées durement par cette réforme et de choisir également la version la plus généreuse. Mais avant tout, je vous demande de soutenir la proposition de minorité Gysi Barbara, de manière à ce que cet âge faussement dit de référence ne soit pas accepté et que soit rejetée une augmentation de l'âge de la retraite qui anticipe une augmentation pour tout le monde, qui est inacceptable.