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Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2002-12-10

Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2002-12-10

Wortprotokoll

Jusqu'ici, je tenais le Touring Club Suisse pour un club politiquement correct, sinon fréquentable. Mais quand j'ai lu en avril 2002 le courrier qui nous a été adressé à tous, dans lequel on traitait les opposants au deuxième tunnel du Gothard d'"écologistes fondamentalistes", d'"incendiaires" à l'oeuvre dans une politique xénophobe et populiste, je me suis dit que le culte de la voiture lui fait décidément perdre la tête. Quant au triomphalisme jubilatoire de la majorité de la commission, qui, par un tour de passe-passe financier, prétend pouvoir s'offrir tout, le tunnel, les autoroutes à six pistes et le trafic d'agglomération, il me paraît manquer singulièrement d'humilité et de sagesse. Le débat qui se déroule dans cette salle me fait aussi penser que, décidément, le climat se dégrade et pas seulement du point de vue météorologique.

Au nom d'une mobilité forcenée, effrénée, érigée en valeur absolue, l'initiative et son contre-projet aujourd'hui bâtard consacrent le triomphe des transports routiers. 30 mètres carrés sont bétonnés chaque minute; c'est un peu moins qu'autrefois, mais c'est inéluctable. Durant ces 25 dernières années, une surface grande comme le lac Léman a disparu sous le béton. Cette stratégie du rouleau compresseur me désole d'autant plus qu'elle détruit le résultat des efforts accomplis pour construire patiemment une politique des transports cohérente, visant le développement durable, sanctionnée par toute une série de votes populaires: "Rail 2000", initiative des Alpes, NLFA, RPLP. Tout ce qu'on croyait acquis, la volonté de mettre en oeuvre le Protocole de Kyoto, la lutte contre l'effet de serre, les économies d'énergie, et pourquoi pas la fiscalité écologique, tout cela risque de voler en éclats au gré d'une euphorie routière anarchique et dépensière. C'est désespérant! Même les bonnes idées du Conseil fédéral, qui voulait soustraire - enfin - des trésors accumulés pour les routes quelques francs pour le trafic d'agglomération, se perdent dans un fatras indigeste d'aménagements routiers, qui vont créer d'ailleurs plus de problèmes qu'ils n'en résoudront.

On nous dit que c'est au nom de la sécurité et de la rentabilité, ou de la performance. Alors, parlons-en. La sécurité, c'est quoi? Ce n'est pas de construire des boulevards pour qu'on puisse cultiver une illusion de puissance au volant de sa voiture! Ce n'est pas de construire des pistes qui appellent toujours plus de trafic! Le souci de la sécurité consiste surtout à épargner aux populations les nuisances sonores qui engendrent le stress, le CO2 qui nous vaut des changements climatiques aux conséquences désastreuses et dont le coût est estimé pour ces prochaines décennies à plusieurs centaines de milliards de francs. Viser la sécurité, c'est aussi limiter les émissions de particules fines qui sont responsables du décès prématuré de 1760 personnes en une année et de 24 000 bronchites aiguës. [PAGE 2031]

Quant à la rentabilité, son estimation change du tout au tout quand on prend en compte les coûts externes non comptabilisés du trafic automobile privé, à savoir la protection contre le bruit, les atteintes à la santé, l'entretien des bâtiments et les dégâts causés à la nature. Selon le message du Conseil fédéral, ces coûts sont évalués à 6,8 milliards de francs par année, et à 3 milliards de francs pour les chemins de fer.

En conclusion, je dirai qu'il y a quelque chose de révoltant à laisser croire que l'argent peut couler à flots pour les routes, alors qu'on est en train de violer délibérément des règles limitatives qu'on a mises en place pour les autres dépenses.

Permettez-moi encore une toute petite note personnelle. L'autre jour, j'ai reçu une lettre d'une dame qui se dit écologiste de longue date et qui était extrêmement fâchée contre moi parce qu'elle me reprochait de défendre les étrangers, alors que notre pays, disait-elle, est en train de se bétonner à un rythme accéléré et qu'on n'a plus de place pour accueillir des gens. Eh bien, je voudrais bien la faire venir dans cette salle pour qu'elle voie de quel côté se trouvent les bétonneurs et qu'elle comprenne que ce ne sont pas les requérants d'asile!

Pour toutes ces raisons, je vous demanderai de voter non à l'initiative populaire et au contre-projet de la majorité de la commission.