Cottier Damien · Nationalrat · 2021-09-30
Cottier Damien · Nationalrat · Neuenburg · FDP-Liberale Fraktion · 2021-09-30
Wortprotokoll
Le groupe libéral-radical remercie le Conseil fédéral pour son action claire, rapide et déterminée face à la crise en Afghanistan. Monsieur Molina, vous avez dit tout à l'heure que c'est dans la crise que se montre le caractère, eh bien le Conseil fédéral a fait preuve de caractère. Il a choisi des priorités claires en commençant par l'évacuation de nos concitoyens et des collaborateurs de la DDC et de leurs familles, cela dans des conditions extrêmement difficiles.
Ensuite, il s'est engagé avec force en faveur de ce qui constitue la priorité absolue aujourd'hui: l'aide humanitaire sur place. Selon les Nations Unies, avant même les événements de ces dernières semaines, plus de 18 millions d'Afghans avaient besoin d'une aide d'urgence. C'est plus de deux fois la population de notre pays. 3,5 millions de personnes ont été déplacées à l'intérieur de ce pays, dont 600[NB]000 depuis le début de l'année. Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies a souligné que de nombreuses familles n'ont aujourd'hui pas assez à manger; il craint une famine pour un tiers de la population du pays. Oui, il y a urgence.
En visite sur place, tant le haut-commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, M. Filippo Grandi, que le président du CICR, M. Peter Maurer, ont souligné les besoins très importants en termes humanitaires. Si les services publics et l'économie de l'Afghanistan, déjà très mal en point, s'effondrent complètement, il y aura alors encore davantage de souffrances, d'instabilité et de déplacements forcés, à l'intérieur du pays, mais aussi vers l'extérieur et, à terme, vers l'Europe.
Il ne faut pas répéter l'erreur tragique de 2015 où, faute d'aide humanitaire en suffisance, de nombreux réfugiés se sont lancés sur les routes, ce qui a causé de grandes difficultés et de grandes souffrances.
Il faut s'engager de manière décidée. La Suisse le fait avec un crédit de 33 millions de francs en 2021 et de 27 millions prévus pour l'année prochaine. La Suisse a pu apporter sa contribution lors de la conférence de Genève des Nations Unies il y a quelques jours.
S'agissant des visas humanitaires et des demandes d'asile ou d'un autre statut de protection en Suisse: oui, bien sûr, s'il y a des personnes qui ont réussi à fuir l'Afghanistan et qui demandent un visa humanitaire ou déposent une demande d'asile en Suisse, notre pays devra appliquer la loi, telle qu'elle est prévue, sans fixer de chiffres supérieurs - comme le demandent nos collègues de gauche -, ni d'ailleurs de chiffres inférieurs. Il devra donc appliquer la loi telle qu'elle existe et sa tradition humanitaire, tout simplement. Et bien évidemment que si le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) demande que nous prenions un contingent de personnes particulièrement vulnérables dans le cadre d'un programme de réinstallation, alors la Suisse, comme elle le fait toujours, devra étudier sérieusement cette demande, selon les critères usuels, et cela en coordination avec d'autres pays européens. Car, contrairement à ce que nos collègues de la gauche de l'hémicycle semblent penser, la Suisse n'a pas la possibilité - et d'ailleurs elle n'a pas la vocation - d'accueillir seule toute la population en souffrance d'un pays comme l'Afghanistan. D'ailleurs, je relève qu'on parle beaucoup de l'Afghanistan car c'est une situation tragique et actuelle, mais on oublie de parler de beaucoup d'autres pays qui sont dans des situations tout aussi dramatiques et qui ne font pas la une des médias, mais dont la population mérite aussi d'avoir la même protection en cas de demande déposée en Suisse. Donc, il ne faut pas traiter deux situations semblables ou similaires de manière différente.
La Suisse devra répondre à une telle demande du HCR, si elle lui est adressée, en utilisant les contingents qui existent déjà - il y a 1600 personnes qui sont prévues pour les[NB]deux[NB]années en cours, et 1900 pour les deux prochaines années -, voire en envisageant d'augmenter de tels contingents si cela est nécessaire. Et il va de soi que la question du contrôle de sécurité des personnes concernées est cruciale, particulièrement lorsqu'elles proviennent de cette région - on ne peut pas prendre la sécurité de la Suisse à la légère.
Mais, aujourd'hui, il faut constater qu'il est très difficile de sortir d'Afghanistan, et que ce n'est pas un phénomène migratoire auquel nous assistons en premier lieu, mais à une crise humanitaire dans le pays. Agissons donc là où cela est le plus utile et le plus urgent. Bien sûr, il y aura de nombreuses autres questions à discuter dans cette crise, des questions difficiles - politiques, diplomatiques, sécuritaires, migratoires, sanitaires notamment -, mais la priorité absolue aujourd'hui, c'est l'aide et l'accès humanitaires.
Nous invitons le Conseil fédéral à poursuivre sur sa ligne et à continuer à plaider pour l'accès humanitaire, pour le respect du droit international humanitaire et des droits de l'homme, et à mettre bien sûr les bons offices diplomatiques de la Suisse à disposition, si ceux-ci sont demandés, pour faciliter un processus politique dans la région.