Gapany Johanna · Ständerat · 2022-03-02
Gapany Johanna · Ständerat · Freiburg · FDP-Liberale Fraktion · 2022-03-02
Wortprotokoll
Je suis aussi, comme notre collègue Jositsch, optimiste. Je suis surtout réaliste et je dirai non, tant à l'initiative qu'au contre-projet.
Vous le savez comme moi, la réalité n'est pas celle que l'on voit dans les publicités, ni celle qui est dépeinte par les initiants. Nous sommes en Suisse; un pays dans lequel un agriculteur qui veut agrandir sa porcherie est bloqué par des règles d'aménagement du territoire strictes depuis plus de dix ans, un pays dans lequel la formation des agriculteurs est constamment améliorée, un pays dans lequel les normes de protection des animaux sont parmi les plus exigeantes du monde, un pays qui se nourrit aussi en grande partie de produits qui viennent de l'étranger.
Je comprends les objectifs visés. Le bien-être des animaux est un but poursuivi par une grande partie des éleveurs, c'est une évidence. Or, avec cette initiative, la démarche et la solution sont malheureuses. Ce qui se passera est évident et nous l'avons constaté chaque fois que nous avons restreint les capacités de production. Cette initiative renforcera la consommation de produits importés et elle ne résoudra en rien la situation des animaux, dont les conditions d'élevage à l'étranger sont plus mauvaises que celles de notre pays.
Les chiffres ont déjà été donnés par mes prédécesseurs, je n'y reviendrai pas. On peut évidemment discuter des chiffres exacts, mais la tendance est claire: tant l'initiative que le contre-projet réduiront la production, c'est incontestable. Pourtant, ni l'un, ni l'autre ne réduira la consommation. [PAGE 51] Plutôt que produire moins, il vaut mieux encourager à consommer suisse, à consommer local. Ce n'est pas seulement le coeur qui parle, mais bien la raison. Dans le contexte actuel de risques d'approvisionnement, on voit bien à quel point la production indigène est importante, à quel point l'indépendance de notre pays en matière de production alimentaire peut constituer une force en cas de conflit. Prenons un seul chiffre: avec l'évolution souhaitée aussi par nos réformes politiques, le nombre d'exploitations agricoles a diminué. Durant les vingt dernières années, il est passé de 70[NB]000 à 50[NB]000. Des investissements considérables ont été consentis pour moderniser les infrastructures de production, pour améliorer les conditions des animaux, pour améliorer les conditions de travail.
Notre pays n'est bien évidemment pas parfait, mais il est en route pour trouver le juste équilibre entre le respect des animaux et la production de ce que nous mangeons.
Alors, renforcer les mesures actuelles, encourager les investissements, rendre les labels encore plus crédibles et plus attractifs, faire de notre loi sur l'aménagement du territoire un outil et non un frein pour agrandir les exploitations agricoles, c'est nécessaire. Mais, pour ces raisons, je vous invite à recommander le rejet tant de l'initiative populaire que du contre-projet direct. L'une est un non-sens complet qui renforcerait l'importation des produits et réduirait notre déjà trop faible indépendance en matière de production alimentaire. L'autre, le contre-projet, n'apporte rien de plus pour encourager la consommation de produits locaux, affaiblirait les labels actuels et réduirait notre taux d'autoapprovisionnement.